215 – LES FOUS DE DIEU

Posted on décembre 9, 2011 par

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Les racines culturelles de tous les peuples de la terre sont nourries par leurs croyances religieuses, même s’ils s’en défendent. Mais les religions dominantes ont tendance à devenir totalitaires.

  Dès que l’on regarde d’un peu près la religion des autres, nous ne manquons pas d’avoir un œil suspicieux ou moqueur. Nous avons vite fait de penser qu’une autre religion que la nôtre est constituée de croyances démodées, de superstitions d’un autre âge et de cérémonies folkloriques. Nous jugeons même avec beaucoup de condescendance ces peuples de la vallée du Nil, de la Grèce antique ou de Rome qui élevaient des temples à toute une panoplie de dieux et de déesses que nous contemplons avec des yeux d’ethnologues amusés.

L’occidental regarde avec une certaine incompréhension et surprise les vagues humaines qui déferlent sur les lieux de culte Hindouistes ou les pèlerins qui se bousculent à La Mecque. Le Catholique qui entre dans un temple Protestant ou dans une synagogue est totalement dépaysé. Il promène un regard étonné et distant car il se sent en terre étrangère. Il est soudain plongé dans une autre culture que la sienne et mesure, là plus qu’ailleurs, toute la distance qui le sépare des Protestants ou des Juifs. Observez aussi de quel œil amusé et circonspect les asiatiques visitent nos églises ! Ils déambulent dans un autre monde, dans le territoire du sacré, où toute attitude malencontreuse peut être considéré comme un sacrilège.

Ceux d’entre nous qui se prétendent agnostiques ont néanmoins une religion d’origine qui constitue leur ciment familial et culturel. Celui qui ne manque pas une occasion de fustiger sa propre religion d’origine, et même de l’affubler de tous ses sarcasmes, ne tolérera pas la moindre moquerie de la part d’un adepte d’une autre religion. Nous sommes dans le domaine hypersensible du symbole sacré. Aucun citoyen ne peut tolérer que l’on piétine son drapeau, ni que l’on raille la religion de ses ancêtres. C’est comme si on lui crachait au visage.

Les guerres de religion sont en fait, soit des guerres pour le pouvoir dans lesquelles la religion est un alibi, soit des guerres dans lesquelles une culture se sent menacée et bafouée. Montesquieu, qui fut un fin connaisseur de l’âme des peuples, écrivit cette remarque : « On n’offense jamais plus les hommes que lorsqu’on choque leurs cérémonies et leurs usages. Cherchez à les opprimer, c’est quelquefois une preuve de l’estime que vous en faites. Choquez leurs coutumes, c’est toujours une marque de mépris ». C’est ce mépris qui fait naître la haine. L’histoire des religions est une suite ininterrompue d’intolérances, d’inquisitions, de dogmes et d’interdits qui ont souvent conduit aux pires massacres « au nom de Dieu ».

Notre époque n’échappe pas à la haine. La religion Catholique s’est assagie et tente de faire son mea culpa de toutes ses exactions passées. C’est elle qui, aujourd’hui, est pourchassée et martyrisée, en Egypte, en Irak, au Pakistan et ailleurs. Certains courants de l’Islam ont hélas pris le relais de l’intolérance, de même que les Juifs orthodoxes au sein de la société israélienne. Les Européens doivent se prémunir de ces excès avec force et détermination, mais, dans le même temps, ils doivent le respect.

  Or, il est un autre courant, tout aussi dangereux, qui parcourt l’occident, et c’est là où je voulais en venir. Je veux parler des intégristes de la laïcité qui se font les apôtres du cynisme et du rationalisme. Ils usent leur énergie à fustiger les religions, à s’en moquer, à les mépriser et même à les combattre. Ils écrivent des pamphlets et publient des caricatures qui offensent les adeptes des religions concernées. Par conséquent ils concourent à attiser la haine, et c’est généralement ce qu’ils récoltent en retour. Ils sont aussi condamnables que les fous de Dieu puisqu’ils participent à leur folie et ils la nourrissent.

Toutes les religions sont probablement aussi stupides, par leurs dogmatismes, leurs interdits et leurs tabous. Néanmoins, que cela plaise ou que cela déplaise, elles constituent les racines de l’humanité. Il n’est pas exagéré de dire que mépriser une religion, c’est mépriser l’homme, c’est se mépriser soi-même. Dans un discours, le 3 juin 1956, André Malraux le visionnaire eut cette remarque : «  La nature d’une civilisation, c’est qu’elle s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. » Dans le même temps, il faut cependant savoir se protéger des religions trop envahissantes qui veulent se répandre de gré ou de force. Il peut être tout aussi dommageable de mépriser une religion que de se laisser dominer par elle. Les religions dominantes sont toujours une menace pour les libertés…

L’occident est soudain confronté à l’arrivée de l’Islam sur son territoire et il doit avant tout faire respecter ses propres lois et coutumes, avec la plus grande fermeté. Puis, dans le même temps, il doit respecter les croyances des autres. Dans le même discours de 1956 André Malraux poursuivit : « C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains… les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. Le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam ». Plus de cinquante ans après, l’occident est toujours aussi démuni et aveugle, par déni de la réalité. Il ne faut jamais oublier que lorsque les hommes se servent de Dieu pour asseoir leur pouvoir, le danger est grand de voir les « fous de Dieu » se déchaîner!…