222 – LE QUÉBEC: NOUVEL ELDORADO?

Posted on décembre 26, 2011 par

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Peut-être rêvez-vous de grands espaces vierges, de lacs à l’eau cristalline, de forêts sauvages, de calme, de lumières boréales, d’air pur, d’horizons infinis, au milieu d’une nature somptueuse ? Si vous travaillez dans un bureau gris, vous rêvez peut-être d’un ailleurs, d’une terre pour changer de vie, d’une terre pour gagner votre vie…

CHIBOUGAMAU

La province de Québec vient de se lancer dans un projet grandiose, dénommé le « Plan Nord». Il s’agit d’aménager l’accès aux immenses zones inexploitées qui couvrent les 3/4 du territoire de la « Belle Province ». Il existe déjà une route, la mythique route 167, qui depuis l’estuaire du Saint Laurent s’enfonce vers l’Ouest pour rejoindre Chibougamau, petite bourgade forestière et minière qui se languit à 300 km de la ville la plus proche. Le fameux Plan Nord, porté par le Premier Ministre Jean Charest, consiste à poursuivre sur 250 kilomètres la route 167 vers l’infini du nord, en direction des monts Otish, où se trouve le Parc National Albanel, promis à un bel avenir touristique.

Mais les promoteurs du Plan Nord ont d’autres idées en tête. Ils veulent faciliter l’exploitation des formidables réserves minières qui se situent dans ces zones immenses, principalement peuplées de communautés autochtones comme les nations Crie, Innue, Inuite et Naskapi. Il y a là-bas un nouvel Eldorado qui fait rêver : une énorme mine de diamant aux pieds des monts Otish ; une réserve de plus de six millions d’onces d’or au Nord de Matagami, ainsi qu’une mine de cuivre et de zinc ; une estimation de 1,6 millions de tonnes d’uranium à Mistissini ; sans compter le fer et le titane, ainsi que les projets hydroélectriques. Comme vous le constatez, le Québec est grand et voit grand !

« La Fortune sourit aux audacieux » nous dit le proverbe. Les audacieux commencent à

Havre St Pierre où échouèrent six familles d'acadiens en 1857 en provenance des iles de la Madeleine

arriver à Port Cartier, à Havre Saint Pierre, à Fermont. Partout on embauche à 20 dollars de l’heure, soit le double d’ailleurs. « Des entrepreneurs de tous poils, des sous-traitants, des commerçants viennent s’y installer », écrit le journal Le Devoir de Montréal. Mais il y a aussi les pionniers de l’écotourisme qui viennent traîner leurs guêtres et planter des jalons. Oui, mais voilà, tout ce chambardement ne plait pas à tout le monde, à commencer par les peuples indigènes dont il faut bien traverser les territoires. Ils monnayent leur accord et retournent à leur misère morale et à leur alcool, avec de nouvelles poignées de dollars dans les poches.

Les plus remuants, ce sont les écologistes. Ils peuvent vociférer, bien au chaud dans leurs bureaux de Montréal, mais là-bas, près de la baie James, on compte bien sur le Plan Nord pour sortir de la léthargie. Le Canada constitue une réserve de matières premières pour le monde entier, ainsi que du gaz de schiste et des sables bitumineux dans l’Alberta et même dans l’île d’Anticosti. Faut-il se priver de ces réserves qui attirent la Chine et l’Inde ? L’écologie doit consister à contrôler les procédés d’extraction pour qu’ils soient respectueux de l’environnement et non pas à s’opposer systématiquement à tous les nouveaux projets.

de Mix et Remix; L'HEBDO, Lausanne

Toute cette industrie primaire consomme beaucoup d’énergie et donc rejette beaucoup de CO2, responsable du réchauffement climatique. Or, le Canada vient de se retirer du protocole de Kyoto, parce que les engagements auraient coûté 14 milliards de dollars aux contribuables canadiens, soit 1600 dollars par famille ! On peut en effet se demander s’il est cohérent de faire payer le producteur à la place du  consommateur. Les écologistes européens sont-t-ils crédibles lorsqu’ils refusent l’énergie nucléaire et qu’en lieu et place nous devrons utiliser du gaz de schiste canadien ? Il est facile de s’approvisionner en matières premières à l’étranger et de délocaliser ses usines en Chine pour paraître exemplaire sur le plan de la pollution. L’écologie intégriste est dans une impasse que nous avons déjà dénoncée dans une précédente chronique.

En attendant, vous pouvez rêver de l’Eldorado Québécois. Mais si vous êtes ingénieur, technicien, ouvrier spécialisé, si vous avez deux bras et deux jambes et que vous aimez l’aventure, allez voir du côté de la route 167…