807 – TRUMP: LA FAUTE DE TROP?

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Le président américain n’a pas d’ami, il n’a que des ennemis. Il se sert de la force et de la menace pour transgresser toutes les lois et tous les engagements. Il serait temps que l’Europe en tire les conséquences.

Donald Trump est un impulsif qui prétend gouverner le monde en fonction de ses humeurs. Il est devenu un homme dangereux car il dirige la plus grande puissance militaire du monde et nul ne peut prédire ce qui peut sortir de ses tweets, devenus la voix officielle de l’Amérique ! Ses fantasmes sont désormais des ordres…mais la force ne remplace pas l’intelligence.

Le fiasco politico-militaire américain au Moyen-Orient

Les gouvernements américains successifs n’ont jamais eu de stratégie cohérente au Moyen-Orient et n’ont agi qu’en fonction de leurs émotions. Après 16 ans de guerre en Irak, et après avoir perdu 5.500 hommes et dilapidé mille milliards de dollars, les Etats-Unis sont sur le point de se faire chasser d’Irak avec le déshonneur. Cette situation rappelle, à ceux qui s’en souviennent, la fuite de Saigon en Avril 1975, avec le Vietminh aux fesses !

La politique erratique des américains en Irak remonte à Georges W. Bush, obnubilé par sa « guerre totale contre la terreur » et qui ne comprend pas qu’en éliminant les Talibans en Afghanistan, puis en renversant Saddam Hussein deux ans plus tard, il débarrasse l’Iran de ses deux principaux ennemis !

Il poursuit son erreur funeste en licenciant tous les cadres de l’armée Irakienne et en s’acharnant contre les sunnites, ennemis traditionnels des chiites iraniens ! Il était difficile de prendre de pires décisions ! C’est sur ce terreau que les milices pro-iraniennes ont commencé à prospérer…

Ensuite, Barrack Obama a cru bien faire en mettant au pouvoir à Bagdad Nouri al-Maliki, un fanatique chiite, intimement lié à l’Iran, dans la perspective du retrait américain. Depuis cette date les chiites occupent politiquement et militairement l’Irak, tandis-que Maliki accentue sa pression contre les communautés et les milices sunnites.

Ce sont ces actions conjuguées qui ont permis à Al-Qaida de se métamorphoser en Daech, combattu avec acharnement par les « Gardiens de la Révolution » iraniens avec le soutien aérien des USA. Téhéran a ainsi gagné en influence non seulement en Irak mais également en Syrie.

La faute de trop

Le fiasco était donc total, mais il existait encore en Irak une opposition à la mainmise iranienne sur le pays. C’est cette opposition qui manifestait à Damas le mois dernier. Mais en assassinant le général Soleimani, chef militaire iranien, le président Trump a probablement commis, avec cet acte terroriste, la faute de trop.

En effet, il a réussi à souder toutes les forces irakiennes qui désormais demandent le départ des troupes américaines. Celles-ci sont isolées sur le territoire irakien, à la merci des attaques des milices pro-iraniennes. Elles ne peuvent plus sortir de leurs casernements transformés en bunker.

La présence américaine n’est effective que dans les airs, mais on ne conquière pas les cœurs avec des drones tueurs ! C’est sur le terrain, dans les villes et les villages, que les gens vivent, pas dans les airs ! Les Américains ont réussi ce double tour de force de se faire détester par toutes les forces en présence et aussi d’installer les pro-iraniens en Irak. Trump a apporté la dernière touche à une œuvre commencée 16 ans plus tôt et à laquelle se sont attachés trois présidents successifs !

Le général Soleimani est désormais plus dangereux mort que vivant. Son assassinat à fait taire la contestation iranienne et le parlement irakien a voté à l’unanimité le départ des troupes américaines qui sont piégées dans un pays contrôlé par l’Iran.

Tout ce beau travail donne le sourire à Wladimir Poutine, fin stratège, et à ses amis syriens et iraniens. Après avoir fait le travail à leur place, les américains n’ont que deux options : capituler et quitter le pays au plus vite ou bien choisir l’option de la guerre totale en envoyant 500.000 hommes dans la région. Voilà ce qui arrive lorsque l’on manque de discernement, lorsque l’on ne sait que manier les bombes et que l’on n’a aucune connaissance de la psychologie des peuples !

En 12 jours les Américains ont perdu la guerre d’Irak, l’humiliation est sévère mais ils n’ont qu’eux-mêmes à blâmer…

L’Europe doit refuser l’intolérable

On peut regretter le manque de réaction du côté européen. Il serait temps de prendre ses distances face à un gouvernement américain qui non seulement renie tous ses engagements, mais qui trahit ses amis, à commencer par ses alliés kurdes en Irak et en Syrie !

Donald Trump met le monde en danger sur tous les fronts, il renie l’accord signé avec les iranien sur la prolifération nucléaire, il se retire de l’accord de Paris sur le climat, il met en place des barrières douanières pour certains produits européens, il décrète unilatéralement des embargos sur la Russie, il pratique des représailles parce qu’il désapprouve le gazoduc qui relie la Russie à l’Allemagne, il approuve les exactions israéliennes et il menace sans cesse les uns ou les autres suivant ses humeurs.

Quel leader européen se dressera enfin pour faire barrage aux exactions de Donald Trump ? Les sondages nous disent que 70% des citoyens européens sont hostiles au président américain ! Même Emmanuel Macron qui se veut le chevalier blanc européen est bien discret sur ce sujet… L’Europe se déshonore!

Donald Trump est peut-être un excellent président pour les Américains mais il constitue un danger grave pour le reste du monde. L’Europe et la Russie doivent s’allier pour faire front face à cette menace permanente. Cette alliance est d’autant plus urgente que Trump risque d’être réélu à la fin de l’année…

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2 comments

  1. L’Iran mène-t-il un djihad chiite ? Les deux attentats de Beyrouth (octobre 1983) ont tué des soldats de l’ONU (241 Américains et 58 parachutistes français, au Drakkar). Ces crimes ont été revendiqués par l’Organisation du Jihad islamique (chiite, lié à l’Iran). L’enquête française a été bâclée, inachevée. Pourquoi ?
    Depuis la révolution de 1979, les mollahs ont toujours utilisé le terrorisme à l’étranger, via des groupes armés (comme le Hezbollah), afin de ne pas apparaître. Les services iraniens ont provoqué l’attentat terroriste de l’AMIA, en Argentine (1994, 86 morts), les assassinats à Vienne (1989, Gassemlou, Ghaderi Azar, Mansur Bozorgian), Genève (1990, Kazem Radjavi, ex-ambassadeur d’Iran à l’ONU) et bien sûr Paris (1991, Chapour Bakhtiar, ex-Premier ministre d’Iran ; la première tentative avait tué un policier et une voisine).
    Et qui oublie les quatorze attentats à la bombe en région parisienne de 1985-86 (dont les 7 morts, 55 blessés, du Tati rue de Rennes) ? Le chef terroriste était Fouad Ali Saleh, un chiite affilié au Hezbollah, formé à l’université théologique de Qom par Rouhollah Khomeini, condamné à perpétuité par la cour d’assises de Paris (1992). Il avait déclaré : « La forteresse de l’islam est l’Iran. Votre pays [la France], en aidant l’Irak, combat l’Iran, est donc un ennemi. » Qui a commandité l’assassinat de Georges Besse (1986), PDG de Renault et, surtout, ancien président d’Eurodif, sachant qu’Action directe était liée aux FARL libanais ? Avons-nous oublié nos victimes ?
    Enfin, le but affiché de l’Iran est de détruire Israël. En 2015, pour le guide suprême, l’ayatollah Khamenei : « D’ici 2040, il n’y aura plus d’État d’Israël. » Lors de la Journée de Quds (Téhéran, 2017), une horloge a été présentée, qui comptait les jours jusqu’à la destruction de l’État juif. Le Festival du sablier symbolise la « destruction prochaine de ce pays » (2 février 2018, Amir-Abdollahian, vice-ministre des Affaires étrangères iranien). « Nous sommes parvenus à la capacité de détruire le régime sioniste… ce n’est plus un rêve (sic) mais un but à portée de main » (30 septembre 2019, général Salami, chef des Gardiens de la révolution, cité par L’Orient-Le Jour).
    Alors, que penser de l’attitude des États-Unis vis-à-vis du Moyen-Orient ? Et de la France ? En France, on aime la vieille rhétorique des intellos germanopratins de gauche consistant à renvoyer dos à dos – pour faire objectif – les protagonistes et à s’auto-dénigrer. On exalte aussi la vieille civilisation iranienne, « égale ou supérieure à l’occidentale » : on associerait les Séleucides (qui étaient… grecs) à l’ayatollah Khomeini ! On critique l’Occident qui veut dominer le monde ; or, ce n’est pas l’Occident, c’est sa finance qu’il faut, à juste titre, dénoncer. Ne serait-il pas temps, aussi, de se demander si, chez nous, le CAC n’est pas mollahphile ?
    Quant « aux méchants USA avides de piller le Moyen-Orient », Trump a répété qu’il veut se retirer d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan. Il est le premier président à vouloir abandonner la ligne politique et économique des États-Unis, vieille de 75 ans : ce virage à 180° est un fait historique capital qui devrait nous amener à penser le futur. Mais un futur sans que les mollahs aient la bombe atomique. Nos démocraties seraient imparfaites ? C’est vrai, hélas. Mais peut-on comparer nos libertés avec celles des Iraniens ?
    Vauvenargues: « Ce que vous me dites est vrai mais le contraire l’est tout autant « 

    1. Merci Jean pour ton commentaire remarquablement documenté. Tu as raison de souligner que les chiites iraniens dominés par l’intégrisme des mollahs sont loin d’être des pacifistes! Mais on peut dire la même chose des américains dont on ne compte même plus les exactions au Moyen-orient où ils n’ont rien à y faire, sauf à y mettre la pagaille… Mais on pardonne toujours tout aux plus forts!
      Quoi qu’il en soit, je pense que Trump a commis une grave erreur politique qui va se retourner contre les USA qui devront quitter l’Irak car désormais l’Iran contrôle la situation sur le terrain.
      Merci aussi pour ta conclusion pleine de sagesse…

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