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889 – SAVOIR DIRE NON

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Il est souvent plus difficile de dire non que de dire oui ! Accepter, c’est souvent se plier au désir de l’autre ou à l’injonction de l’autorité… C’est donc souvent aussi la voie de la facilité.

Notre personnalité se construit à la fois à partir de notre capacité à nous affirmer en disant non et, en même temps, avec notre penchant pour accepter l’ordre établi ou la pensée dominante.

Il est étrange de constater que le « non » est souvent la première parole que dit un enfant qui s’affirme en refusant un ordre de ses parents. Ce « non » est sans doute nécessaire à son autonomie, en temps qu’être humain, afin de se différencier de sa mère avec laquelle il faisait un.

Lors de notre adolescence, nous avons su nous opposer à l’autorité parentale ou à celle de nos maitres mais, dans le même temps, nous épousions sans murmure et sans critique les codes du groupe des copains !

Si nous observons l’histoire de notre vie, nous constatons souvent qu’à chaque fois que nous avons su dire « non », nous avons grandi et nous sommes devenus plus forts. De la même façon, nos héros mythiques sont ceux qui ont su s’opposer à la pensée dominante de la famille, du groupe, de l’autorité ou de l’oppresseur.

Dire « non » à la facilité

Dans un groupe il est beaucoup plus facile de suivre le consensus, d’adhérer à la pensée commune. S’opposer demande toujours un effort, que nous ne sommes pas prêts à fournir, avec le risque d’une mise à l’écart.

Très jeune, l’enfant est confronté à la pression du groupe. Il peut ainsi être emmené par le groupe à s’engager dans une voie qu’il sait contraire à son désir, mais contre laquelle il n’ose pas s’engager. 

Nous savons apprendre à nos enfants à obéir, mais savons-nous leur apprendre à dire non ? Non à la facilité de continuer à jouer alors qu’ils n’ont pas fait leurs devoirs, non à une action de groupe dangereuse ou stupide, non à la tentation de la drogue, non à la sollicitation perverse d’un plus grand ?…

Il est tellement plus facile de suivre la pente de la facilité et de faire comme les autres ! Combien de bêtises avons-nous fait dans notre vie parce que nous avons suivi le mouvement sans réfléchir, y compris contre notre désir ou contre notre volonté ?

Il est souvent difficile de dire non à la facilité et de choisir la voie de la difficulté. Ceci est vrai aussi bien dans le travail ou dans les loisirs que lors des relations amicales ou amoureuses. Nous cédons souvent, pour nous faire aimer ou accepter, pour faire plaisir ou pour en retirer un avantage. Dans les couples, parfois, l’un ou l’autre n’ose pas dire non par peur d’être rejeté ou pas aimé…

C’est aussi ce que l’on constate avec les nouveaux parents qui se sentent incapables de dire non à leurs enfants, comme si le non signifiait un manque d’amour. Est-ce par faiblesse ou pour suivre une idéologie à la mode, selon laquelle il ne faudrait pas frustrer ses enfants ? 

Dans les « Illusions perdues » de Balzac, Lucien doit sa perte à n’avoir pas su dire non à la facilité, non à l’orgueil et à la vanité, non à la flatterie, non à la vie facile des plaisirs, non à la griserie du jeu.

Il est aussi le journaliste qui accepte d’écrire un article dans lequel il va défendre une cause ou un point de vue contraire à sa pensée intime, pour plaire à sa rédaction, à ses lecteurs et surtout pour plaire à un gouvernement dont il attend une récompense… Dans beaucoup de nos acceptations, il y a de la lâcheté !…

La démagogie va toujours dans le sens de la facilité et consiste souvent à ne pas oser dire non à une demande capricieuse du peuple. Le peuple veut toujours travailler moins et gagner plus. La voie de la facilité consiste alors à hypothéquer l’avenir, c’est-à-dire accorder aujourd’hui un avantage qui coûtera cher demain. C’est ce qui s’est passé par exemple en France avec la réforme des retraites qui n’a jamais vu le jour !

S’opposer face à une majorité écrasante

Se tenir debout face à un groupe ou face à une foule hostile, et dire non à leur demande, nécessite beaucoup de courage. C’est comme naviguer à contre-courant. La masse suit le mouvement sans se poser de questions et celui qui réfléchit et conteste la décision est isolé face à une majorité hostile.

S’informer, réfléchir, se poser des questions, nécessitent un effort que la majorité des citoyens n’a pas envie de faire. Elle préfère naviguer au fil de l’eau et suivre la voie de la majorité. Si tout le monde pense que c’est bien, pourquoi se poser des questions et se compliquer la vie ? Si on me propose un vaccin contre une épidémie, c’est sûrement bien, pourquoi refuser et pourquoi irai-je me poser des questions sur les risques à long terme en me mettant la majorité à dos ?

Les gouvernements misent sur cette paresse intellectuelle pour imposer leurs vues, avec l’aide des media. Il s’instaure facilement, parmi les citoyens, une sorte de « servitude volontaire » pour accepter des décisions dangereuses ou risquées à long terme, pourvu qu’elles facilitent la vie à court terme.

Qui va oser se lever et montrer combien une décision est dangereuse pour l’avenir à une majorité capricieuse qui veut la facilité tout de suite, sans égard pour le lendemain ? Cassandre n’est pas audible si elle envisage des difficultés à venir. En 1938, il semblait plus facile d’accéder aux demandes d’Hitler que de lui résister et lui dire non ! Ceux qui voyaient venir le danger étaient conspués et ridiculisés…

La majorité exerce toujours une sorte de dictature mentale à laquelle il n’est pas confortable de résister. Or, nous aimons notre confort !

Savoir dire non à la tyrannie

Seuls les héros sont capables de s’opposer frontalement à une autorité tyrannique ou à la dictature. L’Histoire retient d’abord les noms de ceux qui, au péril de leur vie, osent dire non à la force brutale.

On retiendra les noms des jeunes leaders qui s’opposent à la dictature à Hong-Kong, à Moscou ou à Minsk. Nous nous souvenons des lanceurs d’alerte comme Julien Assange et Edward Snowdon qui ont osé révéler au monde les faces sombres des services secrets américains.

Nous admirons le courage de ceux qui, au cours de l’Histoire, ont dit non à l’oppression. Jeanne d’Arc, Toussaint Louverture, Gandhi, Charles de Gaule, Nelson Mandela et bien d’autres… Ils ont marqué notre esprit plus que quiconque. Nous avons retenu les noms de ceux qui ont réussi dans leur opposition et nous avons oublié les noms de ceux qui ont échoué !

Qui se souvient de la masse des anonymes qui ont sacrifié leur vie pour dire non à une dictature, un oppresseur ou un envahisseur ? Qui se souvient de Jan Palach, le martyr du printemps de Prague, qui s’est immolé par le feu sur la place Vanceslas, le 16 janvier 1969, pour protester contre les chars soviétiques ? Retiendra-t-on le nom de l’avocat Alexeï Navalny qui ose s’opposer à Poutine au risque de sa vie ou du suicide de Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant dans la banlieue de Tunis le 17 Décembre 2010 ?

Les opposants systématiques

Il ne faut pas confondre celui qui dit non pour défendre des principes ou des valeurs nobles avec celui qui n’est pas sorti de l’adolescence et qui dit non à toutes sortes d’autorités, par réflexe, comme s’il disait non à papa.

Beaucoup de politiciens sont de cette espèce et s’opposent systématiquement à toutes les propositions qui ne viennent pas de leur Parti. Ils sont même capables de s’opposer aux lois qu’eux-mêmes proposaient lorsqu’ils étaient au gouvernement. Par un curieux mécanisme, nombre de militants adoptent la même posture d’opposants systématiques lorsqu’ils sont dans « l’opposition ». Ce mot, à lui seul, résume ce qu’est le méprisable jeu politique.

Très rares sont les hommes politiques capables de s’élever au-dessus du détestable esprit de Parti qui conduit à l’aveuglement et à l’intolérance. On revient à l’esprit de groupe qui annihile tout jugement critique et appelle le consensus. Si nous adhérons à un groupe, religieux, politique, syndical, ou militant de quelque cause, tout se passe curieusement comme si nous étions des adolescents ! Solidaires, incapables de s’individualiser comme s’il s’agissait d’un instinct de survie…

Dire non au groupe auquel on appartient est difficile et est interprété comme une trahison. Peu de membres en sont capables et s’ils le font ils risquent l’exclusion. C’est pourquoi le groupe devient facilement totalitaire, comme on peut le constater chaque jour. C’est ainsi que s’opposent, par exemple, les pro et les anti-vaccins obligatoires. L’effet groupe accentue les clivages.

Savoir dire non, et garder la tête haute, est un exercice difficile auquel peu sont préparés. Il faut une conviction ferme et une grande force de caractère. Tout le monde n’est pas préparé à se faire conspuer, traiter de lâche, de traitre ou de complotiste, sans faiblir dans son opposition. Oser et savoir dire non, au service de valeurs supérieures, est toujours risqué et réservé à une élite. Il est tellement plus facile de suivre la masse en mouvement, sans faire de vague et sans réfléchir…

Un commentaire

  1. Excellent article encore une fois avec lequel je suis très en phase ! Merci de l’avoir écrit et publié.
    Béatrice

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