63 – Recherchons Charlemagne désespérément…

Posted on décembre 16, 2010 par

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                                                             L’Europe est à un tournant de son histoire. Va t-elle éclater ou bien va t-elle parachever sa construction ? Les paris sont ouverts. Mais rien ne se fait jamais de grand, sans un leader qui surpasse tous les autres.

Jules César

 C’est la troisième fois en l’espace de vingt siècles que l’Europe, en tant qu’entité politique, essaie d’exister. Jules César fut le premier à faire l’Europe en soumettant une à une les tribus qui la constituaient. Pendant les cinq premiers siècles de notre ère, l’Empire Romain établit une civilisation brillante qui subsista aussi longtemps que la domination romaine. Lorsque l’empire s’effondra en 476, pour n’avoir pas su garder ses frontières, l’Europe se brisa, comme un vase de porcelaine, en autant de morceaux qu’il y eut d’ambitions locales. Cet éparpillement fit entrer l’Europe dans une formidable régression économique et culturelle que l’on dénomma le Moyen-âge. Sans force coercitive et sans pouvoir central, l’Europe politique cessa d’exister et n’était plus qu’un immense territoire sans unité et sans desseins communs.

 L’Europe était donc ouverte à tous les vents mauvais et fut parcourue par une succession d’envahisseurs venant du Nord et du Sud, jusqu’à ce qu’émerge une nouvelle force et un nouveau chef. En l’an 751 Pépin le Bref écrivit le premier  épisode de la dynastie des 

Empire de Charlemagne

Carolingiens et son œuvre fut magnifiée par son fils Charlemagne, homme à la fois cultivé et déterminé, qui fonda donc le deuxième Empire d’occident et devint maître, sans partage, de toute l’Europe continentale de la mer du Nord à la Méditerranée et de l’Elbe à l’Ebre. L’empire fut prospère, ses frontières étaient bien gardées, l’administration fut organisée et le peuple alphabétisé. L’Empire subsista jusqu’en 840, à la mort de Louis 1er, dit « le Pieux », qui était parvenu tant bien que mal à conserver l’héritage de son père. L’empire éclata alors en trois, puis en cinq et enfin se morcela tout à fait. La France, par exemple, fut soumise à toutes les invasions, au Nord les Vikings, au Sud les Musulmans qui remontèrent le Rhône et saccagèrent tout sur leur passage. Tout alla à vau-l’eau et chaque  seigneurie constitua un micro-royaume. Ainsi à la fin du millénaire, le roi de France, Hugues Capet, premier des Capétiens, ne régnait que sur un petit domaine autour de Paris.

Dans la première moitié du XVIème siècle Charles Quint était à la tête d’un immense puzzle qu’il ne pût jamais terminer parce qu’il lui manquait la pièce centrale tenue par François Ier. On peut imaginer que trois siècles plus tard Napoléon rêva lui aussi de reconstituer l’Empire d’occident, mais il commit l’erreur d’aller s’aventurer dans les steppes Russes. Ce n’est finalement qu’au bord du gouffre, après deux guerres mondiales atroces et fratricides que l’Europe, dans un sursaut de survie, imagina une nouvelle unité politique, librement et volontairement consentie. Deux leaders incontestés, Konrad Adenauer et Charles de Gaule, portèrent ce beau projet, ayant à deux reprises combattus l’un contre l’autre. Puis cette œuvre immense fut confiée à une armée de fonctionnaires sans ambition et de petits politiciens à courte vue qui se perdirent dans une multitude de tracasseries administratives, de querelles de boutiquiers et de prérogatives mesquines. La Grande Œuvre devint au fil des ans un immense marchandage soumis aux influences des lobbies, des corporations et des politiques partisanes. L’Europe devint un immense corps sans âme et sans tête, une sorte d’être tentaculaire qui finit ruiné après avoir vécu trop longtemps sur le bien vouloir de ses créanciers.

Nous en sommes là aujourd’hui, face à une crise économique sans précédent, générée par des Etats trop prodigues. Cette crise a au moins le mérite d’acculer ces pays à des choix décisifs inéluctables. La faillite pure et simple guette tout simplement la majorité des Etats européens. Etant déjà ruinés, ils empruntent au taux de 5% afin de boucler les fins de mois, alors qu’ils ne sont plus en état de générer de la croissance, c’est à dire qu’ils continuent de s’appauvrir chaque jour à très grande vitesse. En fait il ne reste à l’Europe que deux alternatives  possibles:

–         La première serait, dans un ultime sursaut, d’accepter la réalité à savoir qu’un pays leader domine l’Europe économiquement et politiquement car il eut la sagesse et la clairvoyance d’entreprendre à temps les réformes nécessaires pour rester compétitif. Dans ces conditions, seule l’Allemagne est habilitée à gouverner l’Europe. La solution consiste donc à se ranger derrière sa bannière, si elle l’accepte, pour former une Europe Fédérale dirigée par un Haut Gouverneur chargé de redresser la barre et nous obligeant à équilibrer nos budgets, c’est à dire à ne pas dépenser plus que nous gagnons. Il est peut-être difficile d’imaginer Angela Merkel Impératrice d’occident et siégeant à Aix-la-Chapelle, mais néanmoins un accord de ce genre doit être envisagé. Il est permis de lui préférer le vice-Chancelier Guido Westerwelle ! Sinon, où trouver ce grand leader charismatique ? On peut douter que la démocratie soit jamais capable d’élire un tel chef. Mais qui sait si, à la faveur de la gravité des évènements, un nouveau Charlemagne ne peut surgir des profondeurs de l’Europe ?

–         Si un tel accord n’est pas trouvé très vite, la deuxième alternative s’imposera d’elle-même : l’Europe de nos rêves devra disparaître. Les forces centrifuges seront alors à l’œuvre et l’on verra chaque pays s’isoler dans le dénuement, puis se rétrécir et se quereller. Les régions les plus riches ne voudront plus assurer la subsistance des régions pauvres. On verra la Belgique se fragmenter, la Lombardie faire sécession, la Catalogne prendre son indépendance etc . L’Europe, pour n’avoir pas voulu réaliser le troisième Empire d’occident, retournera dans un nouveau Moyen-âge, s’épuisera en guerres civiles et ne protègera plus ses frontières. De grands territoires sombreront dans la misère, dépecés de ce qu’il leur restera, par des hordes venues du Sud.

Je m’adresse maintenant à vous, lecteurs assidus, et je vous demande quel serait votre choix, si d’aventure on sollicitait votre avis ? Voyez vous d’autres alternatives auxquelles je n’aurais pas pensé ? Merci de vos réponses et suggestions….C’est cela la démocratie participative, n’est-ce pas ?

Citation du Jour :

«  J’aime mieux que mon avarice les fasse rire, que si ma prodigalité les faisait pleurer » .

Louis XII (1498-1515), un des rares rois qui ne ruina pas la France.

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