64 – One world, one language

Posted on décembre 20, 2010 par

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Vous connaissez maintenant la litanie que l’on égrène à toute occasion: mondialisation, globalisation, réseau planétaire, universalité des échanges…

 Et si l’on se mettait à rêver d’un monde sans frontières ? Tous unis dans un même melting-pot, l’humanité enfin réunie, toutes les barrières étant abolies !

 Autrefois les villages avaient leurs murailles, chaque province avait son octroi et chaque nation avait une frontière imperméable, sauf pour une force armée supérieure. Aujourd’hui nous rêvons d’un monde ouvert, d’un immense espace de liberté et, disons-le, l’universalisme est à la mode jusqu’à nous donner le vertige.

Modérons cette euphorie et réfléchissons aux conséquences ultimes. Tout d’abord, un métissage culturel, c’est à dire l’extermination de nombreuses cultures au profit d’une culture fourre-tout, mélange insipide, constituée d’ingrédients disparates. Il existe déjà, surtout parmi la jeunesse, une culture commune qui gomme les différences, qui utilise les mêmes codes vestimentaires, qui écoute la même musique, regarde les mêmes films et échange les mêmes idées sur Internet. Même la différence entre les sexes est souvent gommée. Tout ce qui faisait la richesse des innombrables cultures humaines s’efface progressivement. La diversité laisse la place à l’uniformité et finalement à la pensée unique. Les anglo-saxons résument tout cela en une formule qu’ils affectionnent car elle traduit leur domination sur le monde: « One world, One language ». Car en effet, cette nouvelle culture universaliste et mondialisée est une émanation de la culture dominante anglo-saxonne qui prend sa source à Hollywood. On sent bien ici comment cette idéologie universaliste est en fait néo-colonialiste. Si l’occident envisage d’abattre les frontières ce n’est que pour étendre son influence au-delà de ses propres frontières et faire partager « ses valeurs » au plus grand nombre. On peut donc s’effrayer de cette homogénéisation qui est une perte considérable de diversité, de différences et donc de richesses. Méfions nous de l’universalisme qui est un totalitarisme culturel.

cellule vivante

 Et pourtant, au niveau biologique, la vie n’est possible que par la différence et ne se transmet que grâce à la différentiation sexuelle. Chaque cellule est différenciée, spécialisée, structurée, entourée d’une membrane semi-perméable qui fait barrière. Chaque organe a son rôle propre qui diffère, par nécessité, des autres organes. Les cellules indifférenciées qui prolifèrent sont en fait des cellules cancéreuses qui finissent par envahir l’organisme sous forme de métastases. De même, au niveau individuel, chacun est unique et irremplaçable ; des individus indifférenciés sont des clones. Au contraire, la famille est une entité délimitée, constituée d’individus différents. Un couple est constitué de l’harmonie des contraires. Les individus se rassemblent aussi en groupes humains différenciés, selon leur affinités, leurs talents ou leurs valeurs. Les groupes humains constituent la multitude et la diversité des civilisations. Au niveau cellulaire, au niveau familial, comme au niveau des civilisations, l’absence de différence est mortifère. Or la différence n’est possible que s’il y a des barrières, des enveloppes, des membranes, des filtres. Seule la barrière permet l’échange, la régulation, le contrôle. Sans barrière la vie n’aurait jamais pu évoluer. Sans différence de niveau, sans différence de potentiel, sans gradient de concentration il n’y a pas de vie possible. La barrière est donc semi perméable, elle régule ; une barrière doit pouvoir s’ouvrir et aussi se fermer, mais l’interconnexion n’est pas l’indifférenciation.

 J’ai déjà eu l’occasion de rappeler ici que, au cours de l’histoire, les Empires ou les nations se sont écroulés lorsque leurs frontières étaient mal gardées. Ainsi, entre autres problèmes, l’Europe est aujourd’hui confrontée d’une part à une incertitude sur ses frontières et donc sur son identité, puis, d’autre part à une incapacité à réguler les flux. On apprend par exemple que la Grèce voit chaque année arriver sur son sol plusieurs centaines de milliers de clandestins. Que peut faire la Grèce, à elle seule, ouverte à tous les vents, et responsable des frontières actuelles de l’Europe ?

« Pour s’ouvrir à l’autre, il faut avoir un lieu à soi », écrit, fort à propos, Régis Debray dans son « Eloge des Frontières » qui vient de paraître. Il montre bien comment l’absence de frontière est source de conflits, comme l’atteste le différent Israélo-Palestinien. La frontière y est remplacée par un mur. Or le mur est étanche et unilatéral, tandis que la frontière est bilatérale et poreuse. La frontière est ce qui permet le droit d’asile, ce qui permet le va et vient. Il faut accepter cette idée que « je ne suis pas partout chez moi », contrairement à ce que pense le colonisateur ou le néo-colonisateur à la sauce ONG. L’impérialisme, comme une métastase cancéreuse, s’affranchit des frontières et ne respecte pas l’autre, comme on peut le voir en Irak et en Afghanistan. « Le prédateur déteste les remparts ; la proie aime bien », ajoute Régis Debray.

L’Europe, qui est aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises, pourrait méditer ces paroles. Si elle ne sait pas protéger ses frontières et réguler les flux, elle deviendra une proie.

Citation du jour.

« Les rives sont la chance du fleuve. En l’enserrant, elles l’empêchent de devenir marécage ».

Jacques de Bourbon-Busset

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