Prendre de l’âge, c’est aussi prendre du recul et de la hauteur. C’est observer le monde, les choses et les gens avec une certaine distance. Vieillir, c’est relativiser les évènements, c’est réfléchir avant d’agir, et surtout, c’est prendre conscience de l’extraordinaire beauté de la vie…
Lorsque j’étais jeune, j’avais un collègue plus âgé qui aimait représenter la vie d’un homme sous forme d’une sinusoïde amortie, comme celle qui figure ci-dessus. Elle représente les hauts et les bas émotionnels qui s’émoussent au fil de la vie, le tempo restant identique. Je trouvais cette analogie assez juste.
La jeunesse peut se définir comme étant hyper-réactive, passant facilement des rires à la plus grande tristesse, de l’optimisme au pessimisme total. Avec l’âge, tout s’apaise et s’amorti, on devient philosophe, comme dit le proverbe. Puis, la vie se termine sous forme d’un trait plat.
L’amour de la vie
C’est une caractéristique de la jeunesse que d’aimer jouer avec la vie, de rechercher le danger, les émotions fortes. J’ai toujours été étonné du goût des jeunes pour le danger et pour les aventures périlleuses, comme si la vie n’était pas précieuse.
Tout se passe comme si les jeunes étaient aussi pressés de vivre que de mourir, de vivre à cent à l’heure comme on dit ! D’ailleurs, c’est sur les routes que l’on peut mieux observer ce comportement des jeunes, souvent hyper nerveux au volant, au maximum de la vitesse, toujours dans l’urgence.
Les jeunes motards semblent sans cesse frôler le danger, se frayant un chemin acrobatique à travers la file des voitures, au risque de leur vie, dont ils n’ont pas encore eu le temps de mesurer la valeur. La vitesse aussi, pourvoyeuse d’adrénaline, est une drogue. Sans compter le vertige que procurent les trottinettes électriques qui naviguent à vue dans la circulation et débouchent tantôt sur votre gauche, tantôt sur votre droite… Certains jeunes semblent plus pressés de mourir que de vieillir.
Avec l’âge, on se met à aimer la vie, car on a compris que l’on peut la perdre, et l’on roule doucement… Aimer la vie, c’est peut-être le plus beau cadeau qui soit donné avec les années qui s’accumulent. Car, pour aimer la vie, il faut prendre son temps pour en apprécier chaque minute. La vie n’est pas une course de vitesse !
C’est sans doute la raison pour laquelle les personnes âgées aiment la lenteur, pour mieux profiter de chaque instant. Elles peuvent rester longtemps, sur le pas de leur porte, à observer avec tendresse les gens qui passent. Elles peuvent méditer avec délectation en pleine nature, ou devant un coucher de soleil…
Lâcher les amarres
Durant la vie dite « active », nous fonctionnons surtout avec notre cerveau gauche, mental, rationnel et efficace. C’est le cerveau conformiste, respectueux des hiérarchies, calculateur, qui va à l’essentiel, pour plus d’efficacité. C’est lui qui renforce notre sens pratique, au service de nos ambitions.
Puis, vient le temps de lâcher les amarres, d’être plus soi-même, d’oser s’affirmer, de développer son niveau de conscience, et d’être poète. On fait plus confiance à son intuition et l’on fait ce que l’on aime. On peut se permettre de rêver, d’imaginer, de créer.
C’est alors le cerveau droit qui est le plus souvent à la manœuvre, plus libre, plus épanoui, prêt pour une nouvelle aventure de la vie. C’est une période qui, d’une certaine manière, renoue avec celui que nous sommes réellement, au fond de nous-même, et que nous avons déjà connu dans notre enfance, cet enfant rêveur, intuitif, créateur, innovateur.
L’âge de l’engagement
La retraite est l’âge d’un nouveau départ, l’âge de réaliser ce que nous avons longtemps rêvé de faire, sans jamais oser ou sans en avoir le temps. Chacun selon ses goûts, ses talents ou son caractère choisira les activités qui le tentent.
Les activités sportives, les réunions entre amis, les jeux de société, le bricolage, l’engagement politique ou associatif, l’écriture, la peinture ou le chant. La palette est immense, y compris de s’occuper de ses petits-enfants. L’important est de s’épanouir, de s’enrichir et de cultiver ses talents.
L’important est aussi de prendre du plaisir, de se sentir utile, de s’engager comme pour une nouvelle vie, pour un nouveau départ. Rester dans la vie active et ne pas se retrouver en marge, tel un retraité résigné.
L’engagement et l’activité sont les meilleurs antidotes du vieillissement. Elles permettent de ne penser, ni à son âge, ni à sa santé, et d’éviter les médicalisations inutiles, qui ne servent qu’à nous faire peur… Les check-up qui nous sont abondamment prescrits ne servent qu’à nous angoisser et à stimuler le business médical ! Une vie calme, une alimentation légère et saine, associée à une activité physique régulière, sont certainement les meilleurs remèdes que vous puissiez vous offrir… (Relire chronique n°1018 « Nous sommes responsables de notre santé »).
Le voyage intérieur
Le plaisir de vieillir, c’est aussi atteindre une certaine sagesse et ne pas faire d’activités trop brusques ou trop dangereuses, d’éviter les voyages au long cours, avec de grands décalages horaires. Si vieillir est une aventure, il s’agit d’un voyage plus intime, dans lequel on apprend à mieux se connaitre et à mieux comprendre les autres.
Vieillir, c’est l’occasion d’observer le monde et surtout d’observer le jeu des relations humaines autour de soi. C’est se servir de son expérience personnelle pour décrypter et analyser la source des conflits de famille et, en particulier, les conflits de couple ou des parents avec leurs enfants.
Les grands parents sont souvent des confidents, auprès desquels les enfants ou les petits enfants viennent chercher, sinon des conseils, du moins une oreille. Ils ont, vaille que vaille, traversé une vie, ils ont parfois souffert, souvent ils ont fait des erreurs, ils ont connu les difficultés dans le travail, les vicissitudes de couple, les tourments de la séduction, les interrogations sur la sexualité, bref, ils ont vécu, et rien ne remplace cette expérience de la vie pour tendre vers la sérénité et la sagesse.
Sans regrets
Notre vie active est souvent tournée vers le matériel, gagner sa vie, faire un budget, planifier son temps, gérer sa carrière, éduquer les enfants. La vie active est orientée vers le faire, souvent de façon mécanique, parfois sans prendre le temps de réfléchir et sans savoir qui nous sommes.
Puis, vient le temps des choses plus subtiles, plus spirituelles. On retrouve son âme, l’essence de qui ont est. C’est le temps de l’accomplissement. (Relire chronique n°1082 « Se remplir l’âme ou l’estomac ?»).
Le but de la vie consiste à accomplir notre mission, à exercer ses talents, à élever son niveau de conscience, à soigner son âme… La vie est un épanouissement et il n’est jamais trop tard pour y parvenir, même si on ne s’accomplit pas de la même façon à 30 ans ou à 80 !
Le plus important dans la vie, c’est peut-être de partir sans regrets, après avoir réglé les conflits familiaux et les vieilles rancunes, en ayant réalisé quelques rêves. La sagesse de l’âge, c’est l’apaisement, le lâcher prise du mental au profit de l’intuitif, pour partir serein et sans regrets…
Bronnie Ware est une Australienne qui a travaillé longtemps en soins palliatifs et a recueilli les confidences de centaines de personnes en fin de vie. Cette expérience lui a inspiré un mémoire intitulé « Les cinq regrets des personnes en fin de vie » (1), sur lesquels je vous propose de méditer :
- « Si seulement j’avais eu le courage de vivre une vie fidèle à moi-même, et non la vie que les autres attendaient de moi. »
- « Je regrette d’avoir travaillé si dur ».
- « J’aurais aimé avoir le courage d’exprimer mes sentiments ».
- « Si seulement j’étais resté plus en contact avec mes amis ».
- « J’aurais aimé m’autoriser à être plus heureux ».
Peut-on en conclure que cet âge de la sagesse est le plus bel âge, l’âge de l’épanouissement, de l’accomplissement ? Vieillir, c’est regarder sa vie passée, sans regret et sans amertume. Le plaisir de vieillir, c’est vivre intensément le présent, c’est aussi être un point fixe, une référence, un confident, un passeur… Mais n’oublions pas l’essentiel : vieillir est une chance que tout le monde n’a pas. Profitons, et prenons soin de ce cadeau de la vie !
(1) – Bronnie Ware, « Les cinq regrets des personnes en fin de vie», Trédaniel éditeur, 2013