1134 – PROIES ET PRÉDATEURS

 1134 – PROIES ET PRÉDATEURS

Faut-il maitriser et contrôler la nature, au risque de provoquer un déséquilibre néfaste ? Ou bien, vaut-il mieux laisser faire et attendre que les forces antagonistes s’équilibrent tant bien que mal, sans doute provisoirement ?

Les premières traces de vie datent de 3,5 milliards d’années et le monde vivant, tant bien que mal, a proliféré et s’est diversifié de façon extraordinairement complexe, au gré de ce que l’on appelle la sélection naturelle. La nature a survécu à toutes les turpitudes de façon efficace et s’est adaptée à tous les changements et à tous les climats.

Les espèces végétales et animales ont été en compétition pour occuper les territoires et pour accéder à la nourriture. Des prédateurs ont attaqué les proies les plus faibles qui, elles-mêmes, se sont adaptées pour survivre et se sont perfectionnées pour mieux se défendre, ou pour mieux fuir et se cacher !

Globalement, l’ensemble a prospéré de façon étonnante… C’est dans cette jungle prolifique que l’espèce humaine, sous sa forme la plus évoluée d’Homo sapiens, est apparue, il y a seulement 300 millions d’années. Si l’on condense l’évolution du monde sur une période de 24 heures, on constate qu’homo sapiens est tout neuf et vient de survenir dans la dernière poignée de seconde, avant minuit !

22:40 Premières plantes terrestres
~22:50 Premiers insectes
~23:00 Premiers amphibiens
~23:15 Premiers reptiles
~23:40 Premiers dinosaures
~23:54 Disparition des dinosaures
~23:56 Premiers hominidés
23:59:54 Apparition de Homo sapiens

Malgré cette apparition récente, Homo sapiens a eu le temps de faire des dégâts et il semble que la situation s’aggrave…

Les chenilles du chêne-vert

L’idée de cette chronique m’est venue en cette mi-mai, alors que nous séjournons dans le massif des Maures au sud de la France. Il se trouve que notre maison est entourée de vieux et majestueux chênes verts.

Or, depuis quelques années, le mois de mai voit l’apparition d’énormes chenilles velues et urticantes qui descendent des arbres en masse et envahissent les maisons. Il ne s’agit pas d’une poignée de gentilles chenilles, mais de millions de chenilles poilues qui descendent sur nous, et tombent dans les assiettes si nous avons la très mauvaise idée de vouloir déjeuner dehors à l’ombre ! Il ne s’agit pas d’une petite nuisance, mais d’une véritable invasion comparable aux invasions bibliques de sauterelles… Lors d’une simple promenade sous les arbres on reçoit une pluie de chenilles qui viennent se loger dans le col de la chemise et génère d’horribles démangeaisons !

Cette période invasive va durer deux ou trois semaines, mais il ne faut pas croire que les festivités seront terminées. Il faut savoir que ces chenilles descendent des chênes verts pour chercher une anfractuosité d’un mur et s’endormir dans un cocon d’où sortira, quelques semaines après, à la suite de plusieurs mues complexes, d’affreux papillons jaunes-bruns qui envahiront le jardin et la terrasse d’une nuée dense …

Ces papillons ont la bonne idée de ne vivre qu’une semaine, sans se nourrir, pour avoir juste le temps de copuler et d’aller pondre leurs œufs dans les branches des chênes, pour préparer le cycle suivant, la saison prochaine. Mais, avec les différentes générations qui s’étalent dans le temps, il va falloir compter avec deux à trois semaines d’invasion de papillons… pour embrayer aussitôt sur l’invasion de moustiques tigres… mais c’est une autre histoire !

Au passage, il me parait légitime de s’étonner de la complexité du cycle chenilles-papillons, et de s’interroger sur l’intérêt d’une telle complexité. Comment la seule sélection naturelle a pu aboutir à une telle profusion de transformations biologiques dont on ne voit pas l’avantage évolutif ?

Si je vous raconte tout cela, c’est pour signaler un des multiples effets de l’action humaine. En effet, les prédateurs naturels des chenilles sont certains oiseaux, dont les mésanges et les coucous. A cela il faut ajouter les chauve-souris qui adorent croquer les papillons dont elles raffolent. Mais hélas, cette belle harmonie a été détruite ! Par qui ?

Comme vous savez, l’utilisation massive de produits phytosanitaires, et en particulier d’insecticides, a détruit une grande majorité d’insectes. Je me souviens, dans ma jeunesse, des parebrises de voitures criblés de taches d’insectes écrasés, après une seule heure de route. Il fallait s’arrêter souvent pour nettoyer le parebrise. Aujourd’hui, on peut traverser la France entière avec seulement quelques impacts de chiures sur la vitre !

On peut apprécier ce confort que certains qualifieront de progrès. Mais, nous savons tous que nombre d’oiseaux se nourrissent d’insectes. S’il n’y a plus d’insectes, il n’y a plus d’oiseaux, c’est aussi simple que cela. Et sans oiseaux prédateurs, les chenilles prolifèrent ! Tel est le résultat de l’action humaine qui, en supprimant des prédateurs, perturbent les équilibres biologiques et favorisent d’autres prédateurs ! On en vient à penser qu’Homo sapiens est le plus grand et le plus dangereux des prédateurs…

Les méfaits des interventionnistes

Les exemples abondent qui illustrent les effets néfastes des interventions humaines sur les écosystèmes. Depuis leur apparition sur terre, les humains n’ont eu de cesse de modifier les équilibres biologiques à leur profit. Mais on peut s’interroger sur la réalité des avantages que nous en recevons. Bien sûr, personne ne va rechigner à éliminer les poux ou les puces ! Mais il s’est cependant avéré que le célèbre DDT, aussi efficace soit-il, était accompagné d’une très sévère toxicité sur l’espèce humaine… et sur l’ensemble des insectes !

Qui va remettre en cause les bienfaits des antibiotiques ? Cependant, en fouillant la question, on commence à comprendre que l’on ne manipule pas impunément la flore intestinale. L’explosion du nombre de dysbioses avec ses cohortes d’effets indésirables sur le système digestif montre les limites de l’antibiothérapie aveugle. L’abondance des inflammations du tube digestif, avec augmentation du volume du ventre, de même que l’épidémie d’obésité abdominale, seraient souvent provoquées par l’usage inapproprié des antibiotiques !

Il apparait que notre flore intestinale est aussi importante pour notre santé que les oiseaux le sont pour l’équilibre de la nature ! Bien sûr, toutes les espèces vivantes sont à la fois des proies et des prédateurs, les humains y compris, mais ces derniers disposent aujourd’hui de moyens d’intervention si puissants qu’ils mettent en péril l’ensemble des équilibres biologiques de la planète.

On en vient à penser que nous serons les premières victimes de ces déséquilibres que nous engendrons. Il est vrai aussi que l’espèce humaine a sans doute proliféré de façon excessive et qu’une régulation est nécessaire. Cette régulation est d’ailleurs déjà en marche avec, d’une part, les moyens contraceptifs classiques et, d’autre part, à cause des stérilités de plus en plus fréquentes, provoquées par l’intense pollution chimique…

J’ai en mémoire une époque lointaine de mon enfance, lorsque certaines campagnes françaises étaient envahies de lapins qui avaient proliférés de façon exponentielle et saccageaient les cultures au point qu’il fallait entourer les champs de grillages hermétiques pour protéger les jeunes pousses de céréales. Puis, durant l’été 1952, lorsque survint une épidémie foudroyante d’une maladie virale, la myxomatose, introduite intentionnellement par l’homme pour « réguler » la population de lapins. En l’espace de 3 ans, 98% des lapins sauvages disparurent ce qui modifia considérablement l’écosystème, en particulier les prédateurs… dont les chasseurs !

Dans toute l’Europe, les lapins ont été presque totalement décimés depuis cette époque ! C’est une leçon à retenir pour les humains qui aiment bien trafiquer la nature, séquencer des gènes, modifier le patrimoine génétique des virus, etc… Une épidémie foudroyante pourrait décimer l’espèce humaine qui a trop proliféré et ainsi la nature retrouverait ses équilibres biologiques millénaires… Homo sapiens a triché en modifiant la nature de façon massive, il pourrait en être la première victime, pour le bienfait de l’ensemble des écosystèmes…

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