367 – AMOUR KLEENEX OU COUPLE ETERNEL ?

Posted on décembre 5, 2012 par

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Je lisais l’autre jour un article sur le couple. Il s’intitulait, en couverture du magazine : «L’amour plus fort que le couple – Pourquoi la vie à deux se marie mal avec la passion». 

Déjà, il me semble qu’il y a une confusion car, à mon avis, l’amour et la passion sont deux choses fort différentes.

Mais bon … j’ai continué ma lecture et, à l’intérieur, le titre avait déjà changé. Il annonçait encore plus fermement la couleur : «Le couple, meilleur ennemi de l’amour ?».

Mon sang, et mon coeur, n’ont fait qu’un tour : comment pouvait-on «assassiner» ainsi, à grand renfort de titres cinglants, ce qui inspire, attire et nourrit tant d’hommes et de femmes dans le monde et, ce, depuis des siècles et des siècles ? Je pourrais même dire qui «occupe» tant de femmes et d’hommes !

En effet, ma profession de psychothérapeute m’a montré combien le couple occupe la majorité de nos pensées : avec ses bonheurs, ses malheurs, sa recherche, son manque, l’idéalisme qu’il transporte, la famille qu’il permet, les déceptions qu’il peut générer et les joies qu’il apporte souvent.

Bref, le couple est au centre de nos préoccupations. Pour preuve, la communauté des homosexuels veut maintenant obtenir le droit d’être «officiellement» un couple ! Ce qui indique bien à quel point l’amour entre deux êtres a besoin d’être accueilli dans un nid stable et solide pour s’épanouir …

Mais ce n’est l’avis ni de la journaliste qui a écrit l’article, ni du «philosophe» qu’elle est allée interviewer. L’une écrit, parlant du couple : «Il a donné un nom à cette calamité du XXIe siècle» et le deuxième s’empresse effectivement de le nommer, avec petites explications à l’appui si -par mégarde- nous n’avions pas encore compris les graves dangers que représente l’union libre -ou non- entre deux personnes qui s’aiment : «l’encoublement», un néologisme où résonnent à la fois «couple» et «accouplement», voir «s’encoubler».

Et sa porte-parole féminine, en écho, termine son paragraphe  ainsi : «Une machine à fabriquer du malheur, voilà ce que serait devenu le couple».

Bon, j’arrête là. Si vous voulez lire la suite il vous suffit de vous procurer le magazine suisse «Femina» n° 47 du 18 novembre 2012. Vous y trouverez, pour illustrer l’article, quelques exemples de couples TRES névrotiques, histoire de vous montrer à quel point le vôtre est fade et tristounet. 

En résumé, ils cherchent à démontrer que le couple est une aberration, un «tue-l’amour», qu’il nous amène de grandes frustrations en nous obligeant à ne pas sauter sur tous les petits lapins qui nous font envie, qu’il nous enferme dans l’ennui, dans une horrible routine. Pour eux, «Entrer dans un continuum avec l’autre, c’est s’installer dans le confort» et, là,  horreur ! «Amour ne peut pas rimer avec confort … L’amour c’est tout sauf confortable».

Quel dommage ! Ils n’ont jamais dû vivre en couple pour s’imaginer que le couple est confortable … C’est beau, c’est fort, c’est grand, c’est riche, c’est une coupe symbolique magnifique pour recevoir l’amour que désirent partager deux personnes mais … ce n’est pas confortable !!!

Et si, justement, l’amour avait besoin du couple ? Je pense que l’erreur vient de la confusion entre la sexualité et l’amour. Bien sûr l’amour invite toujours la sexualité, et la sensualité, à partager les beaux moments mais le contraire n’est pas vrai. La sexualité peut-être narcissique, névrotique, égotique … Elle peut être utilisée pour satisfaire de simples besoins hormonaux ou pour remplir un vide. La sexualité est capricieuse, elle n’est jamais vraiment satisfaisante lorsqu’elle n’est pas reliée à l’amour, donc au couple.

La sexualité peut se travestir en amour kleenex : je veux, je prend, je jette. Elle est souvent un mirage, une illusion d’amour : elle permet, momentanément, de se nourrir de l’autre. Le désir que j’ai pour lui, ou pour elle, et celui qu’elle a pour moi me donne l’impression d’exister. Il se passe quelque chose dans ma vie ! Je ne connais de l’autre que l’image qu’il veut bien me montrer et son corps que je peux caresser. Mais qui est-il vraiment, cet autre ? Ai-je envie de le découvrir ? 

Si oui, si j’ai envie de le découvrir, de partager avec lui, alors j’ai besoin de temps. J’ai besoin de m’engager, de «sacraliser» ce désir que j’ai pour lui, pour elle. Pour cela, je m’offre la possibilité d’ouvrir mon coeur et mon âme. Je prends le risque d’AIMER. Et, là, l’aventure de l’amour et du couple peut commencer …

Là commence également tous les risques ! Celui de souffrir si je suis rejeté, de m’ouvrir et d’être dévoilé, de trembler que l’autre ne soit pas heureux, de pleurer s’il me fait mal et d’être triste si -moi- je l’ai fait souffrir. Je vais faire le choix de m’engager, de concentrer sur une seule personne mes désirs sexuels même si un joli lapin malin me fait des signes coquins. 

L’amour est exigeant ! L’amour, n’en déplaise à notre jeune philosophe, est une aventure à deux qui demande du temps pour se construire, s’épanouir et même -parfois- s’évanouir.

Toutefois, il n’y a pas de modèle. Les uns vivent très proches et sont heureux, d’autres préfèrent l’espace pour vivre à deux : l’importance, pour l’amour, c’est l’engagement. L’engagement du coeur, l’engagement de l’âme … 

L’amour kleenex est un réflexe : je satisfais mes désirs.

Le couple éternel est une alchimie : deux êtres s’engagent et, grâce à l’amour qu’ils développent, qu’ils construisent jour après jour, ils transforment un simple kleenex en une  éternité d’amour. Le couple n’est donc pas l’ennemi de l’amour, il en est le ferment …