La question peut paraitre iconoclaste ! Selon les dictionnaires, être civilisé, c’est appartenir à une civilisation, respecter ses lois, être sociable, policé et, par extension, être évolué, raffiné. A la lecture de cette définition, on peut se demander si notre époque post-moderne est encore civilisée. Le mot antinomique étant « barbare ».
Chez les barbares, c’est la loi des plus forts qui domine, on ne respecte ni dieu, ni diable. Le barbare est inculte, rustre, grossier. Le civilisé respecte les autres, il est cultivé, courtois. Le-dictionnaire.com précise : « Les comportements civilisés favorisent une communication harmonieuse et des relations positives, en évitant les conflits inutiles et en respectant les normes sociales de conduite. »
En observant le monde occidental contemporain, qualifié souvent de post-moderne, je me suis demandé où le situer, entre le monde civilisé et la barbarie. Certes, il existe des lois, un État de droit, une éducation, la notion du bien-public, une culture traditionnelle, un patrimoine mondial et le développement des arts et de la technique.
Il semble que nous disposions de tous les atouts pour faire vivre et prospérer notre civilisation dont nous pourrions tirer une fierté légitime. Disons que nous avons la structure de base et les apparences d’une civilisation avancée. Mais une observation plus attentive de notre époque fait apparaitre, dans certains secteurs, une forte dérive qui semble nous éloigner du monde civilisé et nous diriger vers une certaine forme de barbarie… (relire chronique libre n°1075 “l’ordre ou la liberté”).
Sur la route
A quoi sert une civilisation, si les citoyens ne la respectent pas et ont des comportements qui s’en éloignent fortement ? A cet égard, notre attitude au volant, bien souvent, ne ressemble pas à notre définition du citoyen civilisé…
Il se trouve que je séjourne parfois dans le sud de la France qui, il est vrai, ne jouit pas de la meilleure réputation à cet égard. Néanmoins, j’y suis régulièrement confronté à des comportements qui se rapprochent plus de la barbarie que de la civilisation, en particulier chez les jeunes.
J’emprunte souvent une petite route en lacets, dans le massif des Maures, où je respecte scrupuleusement la vitesse de 80 ou 90 kms heure, autant par nécessité vitale que par respect du code de la route. La route est étroite et bordée de chaque côté de profonds fossés. Y croiser un camion demande une attention soutenue. Il faut être kamikaze pour doubler un véhicule.
Néanmoins, il est impossible de faire ce trajet d’une dizaine de kilomètres sans être confronté à un, ou parfois plusieurs, barbares. Cela semble un sport local de rouler toujours au maximum des possibilités, sans restriction. Il y a toujours un véhicule qui vous suit au plus près, c’est-à-dire à un mètre de votre parechoc arrière. Le moindre coup de frein et c’est l’hécatombe. Mais qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse !
Ayant la malencontreuse idée d’avoir une immatriculation Helvétique, cela semble être une insolence impardonnable qui vaut bien un coup de klaxon ou une queue de poisson. Quoi qu’il en soit, il est inconvenant et intolérable de suivre une voiture suisse, il convient donc de la doubler sans attendre, au mépris du danger ou des bandes continues !
Le récit de l’aventure routière serait incomplet si je ne mentionnais pas le rodéo permanent des deux roues, principalement des motos qui ne respectent rien et roulent « à tombeau ouvert », comme l’on disait autrefois. Elles se faufilent partout et vous surprennent autant sur votre gauche que sur votre droite. Elles doublent des files de voitures et de camions au plus grand mépris du danger.
Mais on n’arrête pas le progrès ! Ce sont désormais les trottinettes qui occupent le haut du pavé, ce sont les aristocrates du macadam. On aperçoit leurs hautes et fières silhouettes qui se dressent, droits comme des « i », mais totalement inconscients du danger mortel qui les guette. De temps en temps, on les aperçoit, couchés sur le bas-côté de la route, sous un linge blanc.
J’en suis arrivé à la conclusion que de nombreux automobilistes ou motards ont perdu toute notion de civilité sur la route. Ils semblent même très à l’aise dans une sorte de barbarie sans entrave. Les accidents graves ou mortels sont fréquents, mais la barbarie ne recule pas devant le danger. Il faut dire que la grande majorité de ces nouveaux barbares sont généralement jeunes, ce qui n’augure rien de bon pour le futur…
Les nouveaux riches
L’argent peut rendre arrogant, surtout chez ceux qui l’ont gagné récemment, trop facilement ou trop rapidement. On désigne par le terme « nouveaux riches », une population de novices qui n’est pas encore familière avec l’argent. La situation leur monte à la tête, et non seulement ils ne la maitrisent pas, mais se font souvent dominer par l’argent qui devient leur maitre !
Les nouveaux riches ont souvent cette fâcheuse tendance à croire que l’argent les affranchit de toute civilité, de toute obligation et de toute courtoisie. Ils se croient volontiers des êtres à part, au-dessus du commun des mortels, et dotés de privilèges particuliers qui les soustraient aux obligations ordinaires des citoyens civilisés.
Autrement dit, certains nouveaux-riches se croient au-dessus des lois et des contraintes inhérentes à toute civilisation. Ils s’absentent en quelque sorte du monde civilisé pour retourner vers une certaine barbarie dorée, un peu semblable à celle que l’on retrouve dans les civilisations en déclin, telle la barbarie qui s’était installée dans l’entourage de certains empereurs romains…
Nous sommes loin de l’empire romain, mais certains nouveaux riches sont les nouveaux barbares. C’est ainsi que les belles villas de la côte varoise, à proximité d’où je suis, sont parfois habitées ou louées par ces nouveaux barbares qui ne respectent rien. J’ai appris que le phénomène prend de l’ampleur et que les nouveaux locataires fortunés se croient au-dessus des convenances.
Le fait d’avoir payé semble leur donner tous les droits, y compris celui de salir, de tacher et d’endommager. Le nouveau riche ne se respecte pas et ne respecte pas les autres. Il exprime son plus profond mépris pour ceux et celles qui le servent et nettoient leurs immondices.
D’après les informations que j’ai reçues, il ne s’agit pas de situations isolées, et elles sont de plus en plus fréquentes, dans tous les lieux touristiques de prestige qui attirent une riche clientèle, hors-sol, qui refusent les contraintes liées à la civilisation. Devant ce nouveau phénomène, de nombreux propriétaires renoncent à louer leur propriété aux nouveaux barbares.
La déculturation
Être civilisé, c’est être instruit et nourri d’une culture qui constitue la trame de la civilisation. A l’opposé, le barbare est ignorant et frustre. Il agit avant de réfléchir et ne comprend que le rapport de force. En absence de résistance, il saccage, il détruit, il accapare.
Le postmodernisme contemporain est soumis à une triple influence néfaste, le wokisme d’abord qui consiste à vomir toute notre culture traditionnelle, ensuite la domination des réseaux sociaux qui fabriquent des individus stéréotypés et, enfin, un laxisme éducatif à l’école comme à la maison. L’ensemble aboutit à une véritable acculturation d’une certaine jeunesse livrée à elle-même, qui flotte, sans structure, sans les valeurs fondamentales qui fondent une civilisation, bref, sans foi ni loi…
Il est difficile d’évaluer le pourcentage des jeunes qui peuvent être concernés, mais la recrudescence des délits et des incivilités indique une aggravation constante. Cette jeunesse, qui va se retrouver en marge de la société, constitue une bombe à retardement qui peut nous exploser à la figure…
Le phénomène semble particulièrement grave en France où le travail n’est plus une valeur respectée. Nous assistons même à un refus systématique de travailler, stimulé il est vrai par des lois sociales extrêmement laxistes qui encouragent la paresse. Tous les corps de métier, du plombier au restaurateur, se plaignent de ne pas trouver de main d’œuvre, certains restaurants sont obligés de fermer. Pendant ce temps-là, le chômage augmente et le pays croule sous les dettes.
Tout ce qui précède ne sont que des symptômes isolés d’une société malade. Certains pays européens semblent être en route vers la barbarie. D’un côté la barbarie de l’argent facile, de l’autre celle de la déculturation. Il reste encore un noyau solide nourri des valeurs fondamentales et qui travaille. Il devient impératif de réformer d’urgence le système éducatif pour éviter la marée montante de la barbarie ! La civilisation a toujours besoin d’être défendue…