96 – LES REVOLUTIONS SONT DE NATURE VOLCANIQUE

Posted on mars 7, 2011 par

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Une partie du monde est entré dans une période de révoltes et de révolutions pour chasser les pouvoirs en place. Les conséquences peuvent être considérables pour le reste du monde, mais l’avenir est imprévisible. Quoiqu’il en soit le printemps sera fleuri…

Lorsqu’un volcan entre en éruption on est surpris par la soudaineté et l’on ne connaît à l’avance ni l’ampleur, ni la durée. Les révolutions sont de type volcanique, c’est une masse d’énergie en mouvement incontrôlable. Les foules en colère génèrent une énergie comparable qui mène au point de fusion et la lave se répand dans tout le pays. Dans un paysage dévasté par une éruption volcanique, il faut du temps pour que la vie reprenne le dessus et rien ne sera plus comme avant. L’histoire des peuples est de nature météorologique, avec ses tempêtes, ses tremblements de terre et ses inondations qui parsèment de longues périodes de calme. Or, les prévisions météorologiques sont toujours incertaines et s’appuient sur l’expérience passée. On cherche ainsi à en tirer quelques lois qui nous servent, tant bien que mal, à décrypter le ciel pour savoir si l’orage risque de dévaster nos cultures. 

  La révolution française fut de nature volcanique. La France était ruinée, le peuple avait faim et la monarchie était aveugle. Sa cécité et son arrogance étaient devenues intolérables. Le peuple en colère s’en prend toujours aux symboles. Il y eu la bastille, puis la tête du roi, puis en fin de compte la tête des nobles. L’éruption fut de type cataclysmique et incontrôlée. La terreur qui s’est installée fut bien plus terrible encore que le régime précédent. Il fallut des années de soubresauts et de convulsions pour que le peuple finisse par se jeter dans les bras d’un sauveur du nom de Napoléon Bonaparte qui ne fit pas mieux que les rois en matière de liberté. Puis, petit à petit, après des décennies émaillées de poussées éruptives, la démocratie a pris forme.

  Les révolutions Russes sont aussi riches d’enseignement. En 1905 un premier soulèvement populaire avait amené le Tsar, Nicolas II, à entreprendre des réformes plus libérales. Mais quand on soulève le couvercle et que la lave commence à surgir on ne contrôle plus rien. Le Tsar prit peur et voulut refermer le couvercle d’une cocotte en ébullition en instituant une terrible police secrète. La pression souterraine monta jusqu’à l’explosion de 1917, l’année de la révolution « réussie », c’est à dire l’abdication du Tsar. Puis suivirent une année de convulsions et de guerre civile  jusqu’à la prise de pouvoir des bolcheviques qui ouvrirent l’ère d’une des dictatures modernes les plus implacables. Une chape de plomb recouvrit ce qui devint l’empire soviétique pendant plus de 70 ans.

Les aînés d’entre nous se souviennent de la révolution iranienne en 1979. Le Shah d’Iran, Reza Pahlavi, régnait de façon autoritaire mais avait entrepris de vastes réformes socio-économiques pour moderniser son pays qui se trouvait assis sur de formidables réserves de pétrole. Disons qu’il avait soulevé le couvercle de la cocotte ce qui avait permis l’émergence d’une classe moyenne occidentalisée et cultivée. Mais les classes populaires étaient attachées à un fondamentalisme religieux chiite, dirigé, depuis son exil de Neauphle-le-Château, par le lugubre et tristement célèbre Ayatollah  Khomeini. Ce dernier, avec l’appui des occidentaux, prit le pouvoir à Téhéran sous les acclamations hystériques de millions d’iraniens. Puis, il établit un régime théocratique particulièrement intolérant et cruel. On peut dire que la révolution iranienne n’a servi qu’à apporter plus de tyrannie et de régression sociale. Quarante ans après, l’Iran en est toujours au même point. Elle aurait pu faire l’économie d’une révolution.

Comme on le voit les révolutions qui se font dans la liesse populaire ne conduisent pas toujours à la liberté. Le peuple sait faire la révolution mais n’a pas de service après vente. Il ne suffit pas de faire la révolution pour devenir riche. Les désillusions et le chaos s’installent vite puis la population finit par chercher un sauveur. En général ceux qui se présentent pour gouverner ne sont pas ceux qui ont les moeurs les plus délicates. La tyrannie aveugle succède souvent à l’oligarchie. Il faut être bien malin pour prévoir ce qui va sortir des révolutions en cours en Afrique du Nord. La démocratie n’est peut-être pas ce qui va se présenter d’abord.

On peut aussi s’interroger sur l’ampleur des mouvements sismiques en cours. Vont-ils s’étendre à d’autres pays et jusqu’où ? Les rives de l’Europe sont-elles à l’abri des ondes de choc qui se propagent à toute la jeunesse désoeuvrée et désabusée ? En Espagne le taux de chômage dépasse 40% parmi les moins de 25 ans ! Pendant ce temps là les financiers continuent à s’enrichir en spéculant sur la misère du monde. Cette attitude est tout aussi intolérable que celle de Ben Ali ou de Moubarak. Qui saura mettre au pas ces prédateurs ? Le printemps volcanique est à ses débuts et tout espoir est encore permis…Les fleurs de la révolte sont prêtes à fleurir!

Citation du jour :

« J’aime la beauté, le bonheur ! C’est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer ? La révolution bien sûr ! Mais la révolution pour la vie. »

Albert Camus, « Les Justes »,( Yanek dans l’Acte I)

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