Inhibé par le poids de son histoire, aucun Allemand n’ose revendiquer le leadership de l’Allemagne en Europe. Mais les faits vont lui imposer ce rôle.

L’Allemagne est présentée comme le bon élève de l’Europe et est devenue le modèle à suivre. Nicolas Sarkozy voudrait bien calquer sa politique sur celle de l’Allemagne et, en attendant, il marche dans les pas d’Angela Merkel. Le nouveau gouvernement Italien se précipite à Berlin pour se faire adouber par la patronne afin d’acquérir un peu de légitimité. Le Premier ministre Anglais, David Cameron, fait aussi le voyage à Berlin pour prendre le pouls de l’Europe dans laquelle son pays n’occupe qu’un strapontin, ne faisant pas partie de la zone Euro. L’Allemagne est le poids lourd de l’Europe et, avec ses 82 millions d’habitants, demeure la deuxième puissance économique mondiale. C’est un pays travailleur et vertueux. Or, par les temps qui courent, cela devient une exception !
Nous pourrions imaginer que l’Allemagne se désolidarise de ses voisins et cherche à vivre seule son destin. Certaines voix en Allemagne ont plaidé pour un retour au Mark ou bien pour la création de deux types d’Euros, le fort au Nord et le faible au Sud. Ce qui reviendrait à envisager une Europe à deux vitesses. Ce projet peut paraître séduisant car la dévaluation de l’Euro du sud redonnerait un peu de compétitivité aux pays concernés. Mais il aurait l’immense désavantage d’augmenter le poids de la dette, sauf à rembourser en Euros dévalués, ce que les prêteurs refuseraient. Du point de vue de l’Allemagne, cette solution serait extrêmement coûteuse en termes de compétitivité car la spéculation ferait monter la valeur de l’Euro fort, de façon incontrôlée. N’oublions pas que les pays Européens sont les premiers partenaires de l’Allemagne. Le monde fonctionne désormais en réseau et nous sommes tous interdépendants. Ce que fait l’un se répercute immédiatement sur l’ensemble des autres. De ce fait, casser l’Europe n’est pas une alternative crédible. Si cela advenait, suite à un accident de parcours, l’Europe serait entraînée vers le sous-développement.
Le problème demeure celui de la dette des Etats. Les prêteurs ne font plus confiance aux Etats qui risquent de ne plus avoir la capacité de rembourser. Les taux d’intérêts montent en même temps que le risque ; c’est très facile à comprendre. Les gouvernements qui, depuis des décennies, ont joué les cigales, ne trouvent plus de fourmis pour leur prêter et sont devenus incapables de rembourser leurs dettes. Comment peut-on sortir de cette situation

tragique ? Il faut tout d’abord faire des économies, réduire les dépenses de l’Etat, diminuer le nombre de fonctionnaires, etc. Mais toutes ces mesures ralentissent l’activité économique et donc la rentrée des impôts et, par voie de conséquence, la capacité de remboursement des dettes. Les pays Européens avancent ainsi sur la lame d’un couteau. D’où l’idée de demander à la Banque Européenne d’émettre des euro-obligations à faible taux qui permettraient aux pays insolvables de continuer à emprunter sans trop de douleur. Cela revient à demander à la BCE de garantir la dette des Etats-cigales…
Halte- là disent les Allemands : Achtung ! Achtung !… Nous ne voulons pas reverser à boire à un ivrogne ! Continuer à prêter aux cigales revient à favoriser l’irresponsabilité et à reculer le problème en l’aggravant. En outre, la BCE prendrait le risque immense de ne jamais être remboursée et donc de devoir imprimer de la monnaie pour éviter la banqueroute. Or, les Allemands ont inscrit dans leurs gènes le souvenir de l’inflation cataclysmique de la République de Weimar qui, ruinée, s’est mise à imprimer des Deutschemarks. Vous connaissez la suite…Qui peut aujourd’hui donner tort aux Allemands ? Ils sont les gardes fous de l’Europe et heureusement qu’ils sont là. Le nein allemand peut sauver l’Europe: comment?
