269 – LES OEUVRES GRANDIOSES

Posted on avril 13, 2012 par

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Nous admirons généralement les œuvres grandioses qui ont constitué des défis extraordinaires pour ceux qui les ont réalisées. C’est à la fois la difficulté et le résultat admirable qui forcent l’admiration, qu’il s’agisse de la pyramide de Khéops ou de la découverte de l’Amérique.

MONASTERIO DE LA RABIDA

 Nous étions il y a quelques jours au Monastère de la Rabida, à l’extrême sud de l’Andalousie, sur la côte Atlantique, entre Huelva et le remarquable Parc National de la Donana. La Rabida est un lieu particulièrement émouvant puisque c’est là, qu’en 1485, Christophe Colomb est venu préparer son voyage, avec un petit groupe de Franciscains érudits et astronomes. C’est aussi de là que sont parties, au matin du 3 Août 1492, trois petites caravelles, dénommées la Santa Maria, la Pinta et la Nina. Il faut contempler les reconstitutions de ces trois coquilles de noix, et les cartes marines dont ils disposaient, pour mesurer l’ampleur et la témérité de l’aventure. Il a fallu au navigateur Génois une singulière force de caractère pour, tout d’abord convaincre à sa cause la reine Isabelle de Castille et pour entraîner à sa suite quelques 90 membres d’équipage, natifs des communes environnantes et surtout du village de Palos de la Frontera. Ils accostèrent sains et sauf le 12 Octobre 1492 sur une Ile, devenue depuis San Salvador. Aujourd’hui encore cet exploit force l’admiration. Les conséquences de ce voyage fondateur furent immenses et nous pourrions les qualifier de bénéfiques ou de funestes, suivant le point de vue duquel on se place.

Quelques années après le fameux voyage de 1492, quelques Franciscains de la Rabida firent aussi le voyage vers le nouveau monde. Au cours des années qui suivirent, pas moins de 8440 Franciscains partirent ainsi à l’aventure, ce qui représentait à l’époque la moitié des représentants de l’Ordre. Ils allèrent ainsi évangéliser et instruire un peuple qualifié à l’époque de « sauvage ». Ce que je trouve admirable, c’est que ce noyau de 8440 aventuriers missionnaires fut à l’origine de l’essaimage de la culture hispanique et de la foi chrétienne sur tout un continent qui en est encore fortement imprégné !

Au 18ème siècle, de la Terre de Feu jusqu’au Nord de la Californie, on parlait la même langue et on célébrait le même culte. Sur les côtes Mexicaines et Californiennes, on visite encore avec émotion la multitude de « Missions » bâties par les Franciscains sur le mode de la Rabida. Comment ne pas qualifier d’œuvre grandiose le travail accompli par ces hommes ? Mais, comme tout œuvre humaine, avec le recul des années, nous pouvons aussi en mesurer la vanité ainsi que les méfaits sur les peuples autochtones.

A l’heure des immenses difficultés rencontrées aujourd’hui par les Andalous, quelle œuvre

MAJESTUEUSES EOLIENNES

grandiose pourrait ranimer la flamme de ce peuple et à nouveau mobiliser les énergies ? Or, il se trouve que l’Andalousie dispose, plus qu’ailleurs, de deux atouts remarquables : le vent que Christophe Colomb su utiliser à merveille et le soleil qui attire déjà la foule des touristes. Maîtriser le vent et le soleil, n’est-ce pas un projet grandiose ?  L’Andalousie est déjà pionnière dans ces deux domaines et il faudrait un sursaut régional pour que ce défi devienne la cause première de tout un peuple. L’or du 21ème siècle est ici disponible à profusion, il faut seulement aller le chercher. Il serait nécessaire de convaincre une nouvelle Isabelle de Castille pour financer ce projet grandiose et aussi admirable, sans doute, que l’aventure de Christophe Colomb !

GEMASOLAR: 2650 panneaux de 120m2,
disposés sur un cercle de 195 hectares

A proximité de la Costa de la Luz, entre Cadiz et Séville, on est déjà impressionné par une armée d’éoliennes qui s’étalent par centaines sur les collines. Elles se mettent en mouvement avec le vent d’Ouest et nous dominent de leurs majestueuses lenteurs. L’énergie du vent représente déjà 16% de la consommation électrique Andalouse. Les centrales solaires font aussi partie des projets titanesques. La nouvelle centrale Gemasolar entre Séville et Cordoue est un modèle du genre puisqu’elle est capable de stocker l’énergie sous forme de sels en fusion qui restituent la chaleur à travers une centrale thermique pour les périodes sans soleil. Cette technique unique au monde donne à l’Espagne un atout décisif puisqu’elle fonctionne jour et nuit et produit 60% d’énergie de plus que les autres centrales solaires. Gemasolar alimente 30.000 foyers.

Le gaspillage consiste à subventionner à fonds perdus des entreprises obsolètes, maintenues en vie par acharnement thérapeutique. Au contraire, préparer le futur consiste à investir dans des projets qui donneront demain un avantage technologique et stratégique. Le savoir faire dans le domaine des énergies renouvelables constitue déjà le meilleur atout de l’Andalousie, elle peut le transformer en une œuvre grandiose. Domestiquer le soleil et le vent vaut bien la découverte de l’Amérique…