279 – PENSER PAR SOI-MÊME

Posted on mai 7, 2012 par

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Le conformisme social nous guette tous. Nous croyons être libres de nos pensées, mais en fait, nous sommes prisonniers d’un réseau complexe de relations et d’idées toutes faites. La pression sociale est souvent trop forte pour que nous osions exprimer le fond de notre pensée.

Robin Williams dans
« Le cercle des poètes disparus »

 Vous avez sans doute tous vu le film intitulé « Le cercle des poètes disparus ». Le merveilleux Robin Williams est professeur dans une prestigieuse et austère université américaine, réservée à une élite ultra conformiste. Il tente de montrer à ses élèves qu’ils peuvent faire preuve d’originalité et refuser un certain ordre établi qui finit par être sclérosant. Ce film nous a tous fascinés, car il fait écho à notre propre tentative d’émancipation par rapport aux pensées dominantes dont nous sommes imprégnés. Il montre surtout que penser par soi-même n’est pas sans risque et qu’il faut un certain courage et beaucoup de détermination pour oser affronter les « maîtres à penser ».

Nous sommes ainsi soumis, en permanence, à divers cercles de pensée dont il n’est pas facile de s’affranchir. En famille, à l’école, dans les media, au sein d’une entreprise, d’un syndicat, d’une église ou d’un parti politique nous sommes confrontés au « prêt à penser ». Il est tellement plus confortable de répéter ce que l’on vous dit de dire, sans avoir à réfléchir, comme on peut le constater chez les adeptes d’un parti politique. Notre société fourmille de « bien-pensants » qui prétendent penser à notre place, de « donneurs de leçons » et de « belles-âmes » qui savent mieux que nous ce qu’il est convenable de penser et de dire. Les media sont en général les spécialistes de ce bourrage de crâne et sont capables de répéter à satiété ce qu’ils considèrent comme étant « politiquement correct ».

Obtenir un boulot, aller travailler, se marier, avoir des enfants, suivre la mode, agir normalement, marcher sur le trottoir, regarder la télé, obéir à la loi, épargner pour la vieillesse.
maintenant, répétez après moi: JE SUIS LIBRE

 Il n’est pas facile d’échapper à la pression d’un groupe dans lequel tout le monde semble penser la même chose. On peut s’attirer les quolibets, le mépris ou la haine des membres du groupe si nous exprimons une pensée contraire à « la pensée unique ». Si les media vous expliquent, de façon répétée, que les gens sensés votent pour A et non pas pour B, vous n’osez plus dire le contraire. Vous serez encore plus influencés si l’on vous assène qu’il serait très mal et tout à fait inconvenant de voter C ! Dans ce cas, vous n’osez même plus ouvrir la bouche de peur de froisser ou d’être exclu du groupe… C’est aussi cette attitude qui fausse les sondages d’opinion par peur d’être mal jugé. C’est cela le conformisme, une sorte de paresse intellectuelle qui nous fait perdre l’esprit critique et nous pousse à être d’accord avec la majorité pour ne pas avoir à déplaire ou à affronter la controverse.

Des chercheurs de l’université de Leipzig ont montré que ce conformisme social concerne aussi les très jeunes enfants. Des enfants de quatre ans ont été répartis en deux groupes et ont reçu chacun un livre d’images avec des animaux à identifier. Mais le livre n’était pas exactement le même entre les deux groupes, sans que les enfants le sachent. Dans le premier groupe 100% des enfants donnent une bonne réponse qui doit être faite à haute voix devant toute la classe. Dans l’autre groupe, 40% des enfants ont donné consciemment une mauvaise réponse pour se conformer aux autres, croyant avoir le même livre. Ainsi, dès la maternelle nous cherchons à penser comme les autres et à nous conformer à la majorité. Cultivons l’esprit critique de nos enfants !…

Toute notre vie nous sommes ainsi soumis à cette pression constante qui s’exerce de façon insidieuse, sur nos modes de pensée et d’expression. Une sorte de tyrannie inconsciente établit un code implicite concernant ce qui se dit et ce qui ne se dit pas, sous peine d’être exclu, vilipendé ou conspué. Mais il n’est pas rare que, l’âge venant, certains finissent par oser exprimer clairement le fond de leurs pensées, estimant qu’il n’ont plus à se conformer au diktat des bien-pensants. C’est ce que vient de faire le philosophe Günter Grass en déclarant ce que tout le monde pense, à savoir qu’actuellement Israël menace la paix du monde. Mais Big-Brother écoute tout et a déchainé la meute des journalistes contre des propos qui, selon eux, au mieux friseraient la sénilité, au pire l’antisémitisme !

 Mais une révolution est en marche. Les nouvelles idées qui, autrefois, ne se diffusaient pas et restaient bloquées par les groupes de pouvoir, peuvent désormais circuler à la vitesse de l’éclair. Les réseaux sociaux permettent à chacun de s’exprimer mieux, selon ses propres pensées, sans avoir à en référer à une instance supérieure. Nous sommes de moins en moins conformistes car nous disposons de nouvelles sources d’informations diversifiées. Nous constatons ainsi que nous ne sommes plus seuls à penser ceci ou cela. Nous prenons donc de la distance par rapport aux media officiels, par rapport aux groupes de pouvoirs et tous les «donneurs de leçons » ! Autrement dit, nous faisons l’apprentissage de la liberté… et cela, c’est nouveau…