32 – Mort sur ordonnance

Posted on octobre 8, 2010 par

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Ne soyez pas effrayés si aujourd’hui je vous parle de la mort et même de la mort assistée. La mort est un sujet tabou car nous en avons peur. « Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement » écrivait La Rochefoucault.

Le sujet qui me préoccupe est celui du suicide assisté tel qu’il se pratique en Suisse de plus en plus couramment. En lisant « La carte et le territoire », dernier roman de Michel Houellebecq dont j’ai déjà parlé ici même le 8 Septembre dernier, j’ai été intrigué par la description qu’il fait de l’organisation Dignitas qui offre ses bons services dans une banlieue de Zurich. La mort sur ordonnance y est facturée 10.500 Francs Suisse, payable d’avance, cela va de soi. Houellebecq précise que Dignitas est implanté dans une ruelle de Zurich à côté du plus grand bordel Suisse dénommé Babylon FKK Relax-Oase. J’ai cru à une plaisanterie de romancier, trouvant succulent de mettre Eros et Thanatos ainsi côte à côte, pour ainsi dire main dans la main. Mais renseignements pris, tout est parfaitement exact et le bordel en question est la succursale Zurichoise de la société Allemande du même nom qui pratique la prostitution de façon industrielle. Cette digression bienvenue nous permet maintenant de revenir au sujet qui nous préoccupe.

Dignitas n’est pas la seule organisation à procéder au suicide assisté puisque Exit à Genève est la concurrente directe. Dignitas est tout à fait internationale et reçoit des clients du monde entier, tandis que Exit, au nom évocateur, n’administre le pentobarbital qu’aux Suisses. Cette pratique assez unique en Europe est possible grâce à une subtilité dans l’interprétation de l’article 115 du code pénal qui stipule que : « Celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide, sera puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire ». Ce qui veut dire qu’en l’absence de mobile égoïste, l’aide au suicide n’est pas condamnable. Il suffit donc à Ludwig Minelli, patron de Dignitas, et à Jérome Sobel patron d’Exit de ne pas avoir de motifs égoïstes, ce dont on leurs sera gré.  Précisons que selon l’article 8.1 de la Convention européenne des droits de l’homme, chacun aurait le droit de la date et de la méthode de sa mort. En Suisse, personne ne conteste cette pratique, largement approuvée dans les sondages d’opinions. Seule la hiérarchie religieuse s’y oppose, rejoint par l’industrie pharmaceutique qui voit ainsi disparaître ses meilleurs clients.

Il est vrai que certaines maladies conduisent à une extrême déchéance ou à des douleurs épouvantables et que face à ces épreuves ultimes nous ne pouvons qu’être humbles. Il est probable qu’avec l’évolution des mœurs cette pratique se libéralisera ; c’est tant mieux diront certains, c’est un risque de dérives graves diront d’autres. Puisque aujourd’hui nous parlons sans tabou, il nous faut aller jusqu’au bout. Nous assistons en occident à un allongement de la durée de vie et surtout à une augmentation quasi exponentielle du nombre d’invalides et de grabataires qui coûtent de plus en plus cher à la communauté qui bientôt ne pourra plus financer. On voit bien où nous irons progressivement, de l’aide au suicide pour des volontaires lucides vers une véritable euthanasie active, pour les impotents d’abord et en particulier pour ceux atteint de la maladie d’Alzheimer, puis ensuite pour les vieillards.

Mon questionnement ira vers ceux qui militent activement au sein d’Exit et de Dignitas. Si leurs mobiles ne sont pas égoïstes, quels sont-ils ? Je ne parviens pas à croire que leurs mobiles soient purement humanitaires. Quelles peuvent être leurs pulsions inconscientes qui les poussent à administrer la mort ? Il m’est arrivé de voir un film réalisé par Exit dans lequel on voit la mort en direct, assistée par quelques bonnes âmes dont on ne perçoit pas les motivations profondes. On ressent au contraire un grand malaise face à une atmosphère morbide. Je laisse la conclusion à Michel Houellebecq qui évoque l’enrichissement personnel des dirigeants : « Sur un marché en pleine expansion, où la Suisse est en situation de quasi-monopole, ils doivent en effet, se faire des couilles en or ».

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