705 – SE CROIRE IMPORTANT

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Si nous jetons un regard lucide sur nos vies humaines, nous constatons vite combien elles sont modestes et inutiles, contrairement à ce que nous croyons, surtout en comparaison de l’importance que nous nous efforçons de leur donner !

Si nous prenons du recul et nous nous regardons vivre, depuis un point très éloigné de l’espace et du temps, nous comprenons immédiatement combien notre prétention et notre suffisance sont ridicules et démesurées, eu égard à l’insignifiance de notre vie.

La bonne fortune

Tous nos efforts pour être riche, beau, savant, célèbre, honoré ou puissant, épuisent nos forces inutilement, dans le but illusoire de rester à la hauteur de notre renommée et de notre ambition. Notre existence devient alors sous la dépendance du regard des autres et il faut sans cesse s’agiter et courir pour paraitre toujours plus performant et admirable.

L’argent confère un confort et une sécurité indispensables à notre épanouissement. Mais quoi que nous possédions, nous sommes toujours le riche ou le pauvre de quelqu’un d’autre. Nous n’aimons pas le riche qui le fait savoir et qui joue les importants. Il croit facilement que nous l’admirons alors que nous l’envions ou parfois même le jalousons. Ce n’est que dans l’infortune qu’il saura qui sont ses vrais amis…

Le riche croit trop facilement que sa bonne fortune est due à son génie ou à son talent. Il peut donc devenir facilement prétentieux et satisfait de sa personne. Il regarde alors les autres avec une certaine condescendance et donne des conseils, même si on ne lui en demande pas.

Comme la richesse est relative, et qu’il se trouvera toujours quelqu’un de plus riche que soi, nous ne sommes jamais satisfaits de ce que l’on a, et l’on veut sans cesse ajouter un zéro à sa fortune. Tout ce qui est quantifiable n’a jamais de fin et le désir d’accumulation peut devenir compulsif. Il s’en suit une insatisfaction permanente qui entrave le simple bonheur d’exister et oblige à rester sur le qui-vive.

Les bien-nés

La naissance peut aussi conférer une certaine fatuité de la part de ceux qui se croient sortis de la cuisse de Jupiter. Ils s’attribuent facilement des mérites qui ne leur reviennent pas et oublient que les bien-nés et bien éduqués ont, pour cette raison, plus de devoirs que de droits.

Rien n’est plus odieux que la morgue et le mépris de ceux qui, par la naissance, ont une position privilégiée dans l’échelle sociale. Ils devraient au contraire cultiver la modestie et remercier le destin de leur avoir attribué une position enviable. Au lieu de cela, ils veulent fréquenter les puissants ou les riches, ils sont prêts à jouer les grands seigneurs et à dépenser plus qu’ils n’ont pour faire bonne figure.

Ceux qui se croient bien-nés ne savent pas que nous le sommes tous, d’une manière ou d’une autre. Chacun a sa dignité, d’où qu’il vienne, et un humain est un humain, charge à lui d’en être digne. Le mépris des autres est le signe d’une insécurité personnelle, d’un manque de confiance en soi qui nous guette tous, tant nous sommes enclins à se croire supérieur et à dépenser beaucoup d ’énergie pour essayer de le démontrer.

J’ai connu des femmes intelligentes et cultivées qui se sont mariées avec des sots et des fats, parce qu’ils avaient une particule devant leur nom. « Et on a beau dire, allez ! C’est quelque chose un nom !», peut-on lire sous la plume de Flaubert.

Le pire, c’est la suffisance

L’acquisition de la connaissance et des diplômes correspondants constitue aujourd’hui une nouvelle hiérarchie sociale qui sombre facilement dans le pédantisme. Le savoir devient un bien qui se monnaye très bien et confère une importance à celui qui le possède. On vénère de plus en plus l’expert, le chercheur ou l’universitaire qui sait des choses que nous ne savons pas. Mais, comme avec tout ce qui s’amasse, nous ne sommes jamais rassasiés.

Dorénavant, celui qui ne sait pas n’a pas la parole. Elle lui est confisquée par le savant dont le pouvoir qu’il possède est attribué par un collège d’experts qui se réunissent en colloque. Le savant a ses mérites car il peut « consacrer sa vie à la science » comme il aime bien le dire, de façon totalement désintéressée. En fait, il ne courre ni après l’argent, ni après le pouvoir, ni même après la connaissance, mais plus prosaïquement il recherche la reconnaissance !

Dans son dernier livre, intitulé « Tres vidas de santos », l’écrivain catalan Eduardo Mendoza raconte les tribulations d’un homme qui se retrouve à devoir représenter sa mère, très récemment décédée, à la remise d’un prix prestigieux qui vient de lui être décerné pour ses travaux, à elle, en ophtalmologie. Il doit faire un discours devant le roi et la reine ainsi qu’un parterre d’éminents savants.

Lucide sur les vanités humaines, il fait un discours corrosif pour réveiller l’assemblée : « Vous êtes des personnes utiles, capables de maintenir le monde dans un état fictif mais efficient de cohésion et de progrès grâce à votre infini capacité de croire en la valeur du futile. Je ne le dis pas comme un reproche, ni comme une louange… Nous nous trompons sciemment, comme se trompent les villageois les plus sauvages lorsqu’ils exécutent des danses tribales. Ce n’est pas notre faute. En réalité, il n’existe aucun péché, sauf la suffisance. Nous sommes une espèce brutale mais suffisante, mais le pire c’est la suffisance. A cause de la suffisance, nous poursuivons des idéaux inatteignables, au lieu de nous efforcer à réduire notre incommensurable brutalité ».

La suffisance de l’impérialisme

Nous avons, inscrit dans notre culture occidentale, une suffisance héritée sans doute de la Renaissance puis du siècle des Lumières et qui nous donne une sorte de droit de regard sur la façon de vivre, de faire ou de penser des autres populations. Nous nous sommes arrogés la suprématie en matière politique, économique, culturelle et nous nous sommes placés comme détenteur unique d’une norme que nous avons qualifié d’universelle.

Christophe Colon, et les conquistadors qui lui succédèrent, furent les premiers pionniers du colonialisme qui au cours des siècles eut comme projet d’imposer sa norme au monde entier. Le colonialisme qui était issu de gouvernements monarchiques, considérés à l’époque comme des modèle de gouvernements, eut ensuite le culot de vouloir imposer la démocratie à ses anciens colonisés qui vivaient avant sous leur joug ! Après leur avoir refusé la démocratie, nous avons voulu la leur imposer, y compris par la force…

Les États-Unis, qui aujourd’hui dominent le monde militairement et financièrement, ont pris la relève pour imposer aux autres leur vision du monde. Il n’y a plus qu’une façon de penser l’économie et l’Amérique entend bien régenter le monde selon ses normes. Elle interdit l’arme nucléaire à certains pays mais, dans le même temps, renforce son arsenal. Cette attitude n’est ni cohérente ni crédible, mais lorsque l’on a la force, on a le droit avec soi ! Le slogan de Donald Trump, « America first », symbolise à lui seul l’arrogance des puissants.

Finalement la suffisance concerne aussi bien les individus que les sociétés. Nous sommes tous enclins à mépriser et humilier ceux qui ne rentrent pas dans nos schémas ou qui s’opposent à notre suprématie.

Se croire important est une source de stress considérable pour rester digne d’admiration et d’envie, car toute défaillance est aussitôt sanctionnée par le regard et le jugement des autres. Ces efforts permanents nous détournent de notre être le plus profond, au profit d’un paraitre illusoire. Nos fiertés sont dérisoires et nos mérites ne justifient pas notre suffisance. Individuellement ou collectivement, nous nous trompons probablement d’objectif, au lieu de chercher à paraitre important, cherchons à cultiver des valeurs plus hautes. Si nous sommes admirés, que cela soit par nos mérites et non par la démonstration de notre force…

8 comments

  1. Il y a quelques jours, Donald Trump a dit, oui l’amérique en premier, mais, pas seule. https://www.lesoleil.com/actualite/monde/trump-tente-de-seduire-a-davos-7cd23a345d3012d824c9b6c30b8a00f0 C’est vrai que les États-Unis sont très corrompus. Mais les autres pays aussi. Je ne crois pas que les états-unis sont plus importants qu’un autre pays au niveau du respect et des droits, évidemment. Mais au niveau de la liberté, DJT fait un bon travail pour rétablir les faits, je crois. L’important, c’est de se dire, que c’est correct de se croire important, en autant que ça n’enlève jamais aux autres la liberté qu’eux ont de se croire ou non importants. Parque le lorsque quelqu’un se trouve trop important, il va se permettre à dire aux autres ce qu’ils ont le droit ou non de croire. Les droits sont contraires à la liberté, puisqu’ils imposent une hiérarchie de pouvoir. Se donner le droit de se croire important, sans pour autant brimer la liberté des autres de se croire eux aussi importants, je ne vois pas de mal à ça. Le combat de l’ego est intérieur et personnel à chacun. Mais quand l’ego est trop gros qu’il déborde vers l’extérieur, alors, là, c’est à ce moment qu’on comprend que la liberté redevient très importante. Mieux vaut être libre qu’important, non?

  2. Beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte. un blog très intéressant. je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon blog. au plaisir

  3. Bonjour,
    L’ensemble de votre texte me parait intéressant et édifiant.
    Et pourtant, je « n’accroche » pas.
    Première phrase : nos vies sont modestes et inutiles.
    Vers la fin : se croire important nous détourne de notre être le plus profond; et : cherchons à cultiver des valeurs plus hautes.
    Je ris !
    Sur « la forme » : à quelle profondeur faut il aller pour atteindre les hautes valeurs ?
    Ce qui est modeste est rarement inutile, voire au contraire.
    Sur « le fond » : d’accord pour une culture de l’humilité. Ce qui n’exclut, en rien, la fierté (d’être vivant et pensant).
    Nous vivons, actuellement, dans une société du verbiage et de la novlangue, voire de la confusion du sens des mots et que le symbolique soit devenu le réel. Nouvelle forme de pédantisme, probablement.
    Ce que vous décrivez est fort connu (de ceux qui désirent connaitre).
    Selon la Bible : « au début était le verbe ». peut être qu’en retrouvant « le verbe », juste, non pédant, sans la suffisance du verbiage symbolique et novlangue; nos maux contextuels.
    Les mots pour conjurer les maux.

    1. Merci pour votre commentaire constructif.
      Tout débat sur les « valeurs » est nécessairement assez subjectif. Disons que les valeurs dont je parle sont plus du côté de l’être que du paraitre et nous éloignent de l’ego.

      1. Bonsoir,
        Comme vous dites, tout débat sur les valeurs est ((nécessairement (mot peut être pas nécessaire)) assez (mot peut être pas nécessaire) subjectif.
        Donc, allons voir les valeurs de l’être … en deçà ou au-delà des Pyrénées ?
        Peut être q’une valeur quelle qu’elle soit est proche de l’ego (concept souvent usité par la « bien pensance ») ?

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