Les informations et les idées les plus contradictoires circulent. Même les données et les théories scientifiques sont l’objet de débats animés. Nous sommes tous bombardés d’opinions politiques et sociétales les plus diverses. Peut-on en tirer des éléments objectifs ?
L’histoire de l’humanité peut se résumer en une suite permanente de confrontations et de débats, plus ou moins belliqueux. Nous sommes tous prompts à saisir une idée ou une opinion pour la faire sienne et la transformer en une idéologie gravée dans le marbre. Nous sommes parfois prêts à tuer ou à mourir pour imposer ou défendre une idéologie dont on est persuadé qu’elle est juste et vraie…
Il est étrange de constater le niveau d’intolérance des humains, alors qu’ils n’hésitent pas à vanter leur esprit rationnel, qui devrait se plier à la réalité objective. Les idées religieuses, politiques ou scientifiques furent souvent à l’origine des pires exactions !
Notre époque est confrontée aux mêmes dilemmes. Nous sommes tous la cible d’opinions opposées, dont l’actualité ne manquent pas, qu’il s’agisse de la guerre en Ukraine ou en Palestine, qu’il s’agisse de la politique nationale ou européenne, qu’il s’agisse des relations avec la Chine, qu’il s’agisse encore des nouveaux mouvements woke et LGBT+, sans compter les débats sur l’avortement ou l’existence de Dieu…
Sur ces principaux sujets particulièrement clivants, tentons d’y voir clair, d’être objectifs et lucides… Tentons d’abandonner les idées toutes faites et les idéologies…
Peut-on défendre le point de vue de la Russie ?
Pour l’ensemble de l’Occident, la Russie est l’empire du mal, l’agresseur assoiffé de sang, accusé de crimes de guerre. Les échanges commerciaux ou culturels avec la Russie sont annulés. Les citoyens Russes qui vivent en Occident sont pourchassés et leurs biens confisqués.
Toute information en provenance de Russie est censurée, de même que le point de vue des autorités russes sur le conflit et son origine. Bref, le dialogue est rompu, et chacun campe sur ses positions. Pendant ce temps-là, des centaines de milliers de jeunes hommes s’étripent et meurent au combat, probablement en pure perte ! Dans un conflit de cette ampleur, il ne peut y avoir que des vaincus…
Aucun pays européen ne s’est proposé comme médiateur, afin d’éviter ou d’arrêter un combat meurtrier. Comme un seul homme ils ont tous désignés la Russie comme l’agresseur impardonnable. S’il est vrai que la Russie a envahi le Donbass, aucun gouvernement n’a voulu comprendre, ni même écouter, le point de vue de la Russie et les motifs qu’elle avance pour se justifier.
On passa sous silence les accords de Minsk, qui prévoyaient un statut spécial pour le Donbass, et on ferma les yeux sur les attaques meurtrières incessantes que subissait la population du Donbass, depuis des années, de la part des milices ukrainiennes. Par ailleurs, personne n’a voulu voir que le projet américain d’installer des bases de l’OTAN en Ukraine pouvait constituer une menace intolérable pour Moscou.
Sans nier le désir d’hégémonie de la Russie sur l’ensemble des peuples russophones, sans nier la censure médiatique ni le pouvoir de plus en plus autoritaire de Poutine, sans nier le fait que la Russie fut l’agresseur, sans fermer les yeux sur les exactions militaires qui ont dû avoir lieu, il n’en demeure pas moins que personne en Occident n’a voulu écouter le point de vue de Poutine, ni hier, ni aujourd’hui… Faute impardonnable !
Peut-on critiquer Israël ?
Le conflit entre les Palestiniens et les Israéliens est chronique depuis 70 ans et a subi nombre d’accès de fièvre. Les Occidentaux, à l’origine de l’État d’Israël, sont les premiers fautifs car ils n’ont jamais été capables d’imposer un État Palestinien avec des frontières cohérentes et reconnues.
De ce fait, depuis plusieurs générations, les Palestiniens vivent sous la férule et la menace de l’État d’Israël, en particulier à Gaza où la population vit dans une véritable prison à ciel ouvert. Ils sont souvent humiliés et sans perspective. Il est donc logique que le ressentiment soit puissant, ainsi que la haine et le désir de vengeance.
C’est sur ce terreau que les éléments les plus extrémistes se sont imposés à Gaza, y compris des milices terroristes. Ce sont elles qui ont mis le feu aux poudres sous forme d’interventions cruelles et odieuses en territoire israélien. A cette occasion, les Occidentaux ont fait preuve de la plus grande lâcheté et de la plus grande hypocrisie, en refusant de comprendre l’exaspération et le désespoir des habitants de Gaza.
Encore une fois, au lieu de se poser en médiateur, ils ont pris fait et cause pour Israël, sans discernement, et lui ont laissé exprimer sa vengeance jusqu’à l’absurde. Dans tous les conflits, les belligérants ont besoin de médiateurs qui écoutent, qui comprennent et qui apaisent les esprits. Au lieu de cela, les Occidentaux, en particulier les Américains, ont eu un rôle malsain et gravement fautif en soufflant sur le feu.
D’après les images et les reportages que l’on voit, la vengeance légitime s’est transformée en génocide et en une série de meurtres disproportionnés qui se poursuivent à l’heure où j’écris ces lignes, sans que personne ne condamne fermement ces exactions horribles.
Les Occidentaux semblent aveuglés par leur haine des Arabes et se sont durablement déshonorés en soutenant aveuglément Israël, sans aucun discernement. Leur idéologie leur a fait perdre leur objectivité, alors qu’il eut été facile de s’interposer en médiateur. Ce parti pris est impardonnable car il interdit toute médiation et pousse les belligérants à l’outrance meurtrière.
Peut-on être européiste et combattre l’Union Européenne ?
Nous pouvons anticiper que l’incapacité des européens à constituer une Europe fédérale, démocratique et forte, nous condamne à un affaiblissement durable, face aux nouvelles hégémonies.
Je crois que nous pouvons tous objectivement admettre que les nations européennes désunies seront chacune plus faible et plus vulnérable, aussi bien du point de vue économique que du point de vue politique. Une Europe unie et solidaire pourrait se faire entendre et respecter et peser sur les décisions internationales dont son avenir dépend.
Dans le même temps, nous pouvons tous objectivement reconnaitre que l’Union Européenne actuelle n’est pas démocratique et est plus le jouet des lobbies industriels et idéologiques que maitresse de son destin. Sur les grands sujets, économiques, industriels, politiques ou sociétaux qui concernent les peuples, ces derniers ne sont jamais consultés.
Qui peut contester que l’Union Européenne actuelle ressemble à un canard sans tête, déjà plumé par une clique de copains qui grenouillent à Bruxelles ? L’Union Européenne est une énorme machine dispendieuse qui est le jeu d’influences variées, mais qui demeure soumise à Washington, comme nous pouvons le constater en Ukraine, à Gaza et ailleurs. Ce n’était pas le projet européen que d’être le vassal des Etats-Unis, mais au contraire d’être autonome et puissant.
Pour les européens convaincus, le projet européen est à reconstruire sur de nouvelles bases, sinon il sera dilué, amoindri, sans consistance ni avenir ! Deux camps actuellement s’opposent frontalement : ceux qui défendent l’Union Européenne actuelle et ceux qui la contestent et proposent une Europe plus forte, plus autonome et moins assujettie à Washington. Les deux approches sont défendables, mais personne ne veut écouter le point de vue de l’autre pour trouver un consensus objectif…
Peut-on parler de l’existence de Dieu ?
Quel est le sujet le plus clivant que le débat sur l’existence de Dieu ? Qui peut prétendre être capable de prouver son existence ou sa non-existence ? Et pourtant, l’affrontement entre les déistes et les matérialismes est virulent et parfois sanglant ! Tout se passe comme si chaque camp détenait des preuves objectives, alors qu’il s’agit souvent d’un a priori qui se transforme en idéologie.
D’une façon générale, on peut dire que les milieux scientifiques, plus matérialistes, sont athées, précisément parce que, jusqu’à présent, personne ne pouvait apporter la preuve de l’existence de Dieu avec un raisonnement logique, comme une démonstration scientifique. Pour eux donc, l’affaire était entendue et définitivement classée !
Mais la science a parfois des retournements étranges et inattendus. Le premier évènement survint lorsque la communauté scientifique fut obligée d’admettre que l’univers n’avait pas toujours existé et que, donc, il y eut un début et qu’avant ce début il n’y avait rien. Dans ces conditions, d’où vient l’univers, cette masse énorme de matière et d’énergie surgi du néant lors du big-bang ? Aucun scientifique ne peut répondre à cette question.
Les dernières découvertes de la cosmologie apportent le deuxième élément troublant. Il s’agit de ce que les physiciens dénomment « le réglage fin de l’univers ». Cela signifie que l’existence même de l’univers repose sur la conjonction improbable de divers paramètres physiques d’une extrême précision, au point que la moindre variation de ces constantes aurait laissé l’univers dans le néant. Autrement dit, du point de vue statistique, les chances de l’apparition de l’univers sont dans le rapport de « un sur des milliards de milliards », c’est-à-dire très hautement improbables. Qui donc a pu agencer une pareille mécanique aussi bien au niveau cosmique qu’au niveau de l’infiniment petit ?
Enfin, les biologistes se trouvent devant la même interrogation concernant l’apparition de la vie. Darwin a bien expliqué l’évolution du vivant au cours des âges, mais il ne dit rien à propos de l’apparition de la vie. Le code contenu dans les molécules d’ADN est d’une telle précision, d’une telle complexité et d’une telle beauté, qu’il est impossible d’imaginer qu’il soit le fruit du hasard. D’où vient-il et comment a-t-il été réglé ? Aucun biologiste n’est en mesure de répondre à cette question.
Devant ces faits objectifs, c’est donc de façon très logique que certains scientifiques se trouvent dans l’obligation de reconsidérer l’hypothèse d’une super intelligence et d’une super-puissance créatrice, autrement dit de reposer l’hypothèse « Dieu » ou quel que soit le nom que vous lui donnez…
Ce qui est surprenant, c’est l’attitude de certains scientifiques qui restent campés sur leurs certitudes matérialistes et ne veulent absolument pas reconsidérer leur point de vue qui devient une idéologie, c’est-à-dire une pensée fossilisée. Il ne s’agit pas d’affirmer l’existence de Dieu, mais simplement d’accepter les faits objectifs qui démontrent que, en l’état actuel des connaissances, ni l’univers, ni la vie ne peuvent s’expliquer avec le seul raisonnement matérialiste. Relire les chroniques 1012 « Dieu et le Big-Bang » et 1013 « Le miracle de la vie ».
Nous assistons cependant à une nouvelle guerre fratricide dans la communauté scientifique qui ne parvient pas plus que les autres à sortir d’un aveuglement idéologique. L’hypothèse de Dieu est une éventualité que certains scientifiques refusent d’admettre, a priori et par principe !
Pour approfondir la question, vous trouverez à la fin de cette chronique, les références de deux livres qui viennent de paraitre sur ce sujet passionnant.
Malgré tous leurs efforts, les humains ne parviennent pas à être objectifs. Nous sommes tous imprégnés de notre culture, chacun d’entre nous possède sa propre vision du monde et notre esprit manque de souplesse. Finalement, nous fonctionnons avec des schémas mentaux qui nous emprisonnent et nous aveuglent … L’objectivité ne semble pas à la portée des humains et c’est peut-être mieux comme cela. La pure clarté et la totale lucidité sont probablement trop lourdes à porter…
- A lire absolument le livre très documenté et passionnant de Michel-Yves Bolloré « Dieu, la science, les preuves».
- Pour compléter et approfondir, vous pouvez lire aussi le livre plus technique et plus ardu du philosophe des sciences américain Stephen Meyer : « Le retour de l’hypothèse Dieu ».
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