1034 – EN ATTENDANT LES BARBARES

Jour après jour, les informations s’accumulent en provenance d’un monde qui semble devenu fou ! Toutes les époques ont eu leur barbarie. Mais aujourd’hui, tout se passe comme si nous participions activement au délitement de notre civilisation. Pierre par pierre, nous démolissons des siècles de culture…

Cela fait des mois que je cherche dans l’actualité des raisons de se réjouir, de rester optimiste malgré tout, de découvrir enfin une fleur qui pousse entre les pavés. Certes, chacun peut s’épanouir individuellement et trouver un sens à sa vie. Mais, si on regarde la société occidentale dans son ensemble, elle manque d’enthousiasme, de désir d’élévation, de nobles projets…

Tout se passe comme si nos performances techniques, nos succès matériels, nos richesses accumulées et nos forces militaires, non seulement ne suffisaient pas à notre bonheur, mais encore participaient à notre lente autodestruction ! Nous manque-t-il un supplément d’âme ?

Avant la nôtre, beaucoup de civilisations se sont effondrées, et j’ai toujours pensé qu’elles furent les artisans de leurs funestes destins. L’envahisseur ne survenant que pour achever la destruction. Les barbares sont entrés dans une Rome décadente dont le déclin était déjà en marche depuis longtemps.

En 407, les Vandales envahissent la Gaule. En 410, les Wisigoths s’emparent de Rome. A partir de 451 les Huns, conduits par Attila, partent à la conquête de l’ensemble de l’Empire Romain d’occident. En 476, après la chute du dernier empereur, l’Occident est désormais entre les mains des barbares… En quelle année sommes-nous ?

Une civilisation est en permanence confrontée à deux dangers : Tout d’abord, un risque de tensions internes, de manque de motivation, de déclin des mœurs, enfin, une perte des valeurs et d’une culture commune qui font une civilisation. L’autre danger provient de l’extérieur, sous forme d’agressions, de compétitions commerciales, de migrations massives, de changements climatiques, etc…

Les dangers internes

Toute organisation est soumise aux forces de l’entropie, c’est-à-dire à l’augmentation naturelle du désordre. Une société, une nation ou une civilisation doivent se doter de lois, de règles, d’interdits ou de tabous pour se structurer et éviter l’augmentation de l’entropie, comme le fait tout organisme vivant.

Notre époque brise les tabous et conteste les règles. Notre civilisation aime la transgression et, en particulier, les transgressions sexuelles. L’Eurovision qui vient de couronner un ressortissant suisse, transsexuel à la voix de castrat et à l’accoutrement simiesque, constitue un exemple symbolique d’accroissement d’entropie sous forme de transgression des tabous. Le fait que des milliers de supporters l’aient porté au pinacle est la preuve d’un délitement, non seulement des mœurs, mais aussi du sens de l’esthétique.

Le même jour, un rapport réalisé par des spécialistes nous alarme sur la pollution chimique de l’environnement qui atteint des sommets. Qui aurait pu penser que notre civilisation aille jusqu’à polluer, de façon quasi définitive, nos nappes phréatiques par de grande quantités de dizaines de substances chimiques hautement toxiques, en provenance des pesticides et des médicaments que nous consommons à l’excès ? N’est-ce pas un bel exemple d’autodestruction ?

En France, une attaque terroriste meurtrière, réalisée par des trafiquants de drogues lourdement armés et sans foi ni loi, nous fait prendre conscience que ce pays est de plus en plus sous la menace de devenir un narco état. Des zones entières sont déjà hors contrôle et le laxisme généralisé de la police, de la justice, et surtout de l’État, favorise aussi bien la simple délinquance que le grand banditisme.

Mais, il ne faut pas oublier que le trafic de drogue n’existe que grâce aux consommateurs ! L’augmentation continuelle de la consommation de drogue est le signe d’une société malade et dépressive, sans perspective. La société tout entière ferme les yeux sur un trafic qui se fait au grand jour et que la Police tolère comme un mal nécessaire. Il est pourtant facile de repérer les individus qui sont de faction dans certains quartiers et qui drainent les consommateurs vers les dealers.

Une société qui laisse ses enfants dans un tel dénuement psychologique, qu’ils en viennent à se droguer, est une société en détresse qui s’autodétruit. Une société qui perd ses repères et ses valeurs, n’est plus capable de donner à la jeunesse des perspectives qui puissent l’enthousiasmer. Son avenir est sombre !

Le laxisme de l’État ne concerne pas que l’autorité mais aussi les finances qui sont gravement détériorées dans de nombreux pays européens. Dépenser sans compter et s’endetter au-delà de ses capacités de remboursement peut mettre les États dans des positions difficiles et même extrêmement périlleuses pour l’ensemble de la population. Un pays comme la France, sans croissance économique significative et dont le déficit budgétaire atteint 5,5% du PIB se prépare des lendemains difficiles. Ce sont les générations futures qui devront supporter une dette totale qui dépasse déjà 1.100 milliards d’euros ! Le poids sera d’autant plus lourd que la natalité est en chute libre et constitue un autre aspect de l’autodestruction.

Les dangers extérieurs

Sur le plan économique, la concurrence internationale est féroce et sans pitié pour les nations faibles. Cette concurrence est depuis longtemps asiatique, en priorité. Après le japon à la fin du siècle dernier, c’est aujourd’hui la Chine qui nous menace et, demain, s’ajoutera l’Inde. L’Europe est particulièrement vulnérable, avec un coût élevé de sa main d’œuvre et de ses sources d’énergie .

Les USA étaient un partenaire équilibré, mais sont devenus récemment des compétiteurs féroces en déstabilisant l’Europe avec leur intervention en Ukraine. Je l’ai déjà écrit et je le répète, les européens se sont fait hara-kiri en tombant dans le piège tendu par les Américains. Nous payons désormais notre énergie trois fois plus chers que les Américains et les sociétés européennes n’ont pas d’autre choix que d’installer leurs usines de l’autre côté de l’Atlantique !

La Russie était un partenaire privilégié de l’Europe et de nombreuses firmes européennes y étaient très actives. La Russie était aussi une source d’énergie bon marché. En rangeant la Russie dans le camp de ses ennemis, l’Europe a d’une part perdu sa compétitivité et, d’autre part, s’est affaiblie militairement au profit de l’Ukraine qui, malgré tout, est incapable de gagner la guerre contre la puissante Russie. Il est difficile de faire pire pour s’autodétruire… (Relire la chronique 1001 « Ukraine : du sang et des larmes »).

Enfin, l’Europe est en proie à une immigration massive qu’elle a renoncé à contrôler, ce qui constitue une preuve supplémentaire de son désarroi et de son incapacité à prendre son destin en main. Elle laisse les nouveaux venus imposer leur culture et leurs façons de vivre, dans un renoncement à défendre ses propres valeurs. Ce renoncement est illustré par le mouvement importé des USA, et dénommé « cancel cuture », qui consiste à renier son passé et à condamner toutes les valeurs qui ont animé nos ancêtres.

En conclusion, l’Occident est miné par le doute sur sa capacité à affronter l’avenir. Il a perdu son enthousiasme en même temps que ses valeurs fondatrices. Les succès matériels ne lui suffiront pas pour assurer son bonheur et son épanouissement. Depuis qu’il a perdu son âme, il a perdu les raisons de se survivre…

En bref, nous sommes prêts à laisser entrer les barbares dans Rome ! Il se peut qu’ils soient déjà là, parmi nous ! Il se peut que nous soyons les barbares !...

Il se peut aussi que notre débâcle collective, qui se prépare en Ukraine, soit le tournant historique qui annonce leur arrivée…

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