1149 – LA DÉMOCRATIE PAR LES BOMBES

L’interventionnisme américain est devenu une seconde nature. D’une façon générale, le peuple Américain se considère volontiers comme étant « l’axe du bien » et qu’il lui incombe de combattre « l’axe du mal », c’est-à-dire à peu près le reste du monde, mais en priorité ceux qui lui résistent et qui refusent son hégémonie.

Avant la deuxième guerre mondiale, les États-Unis étaient animés d’une certaine modestie. Il s’agissait d’une nation de pionniers, d’un melting pot culturel qui adopta les valeurs fondatrices qui firent la réussite de ce pays en devenir. En 1938, l’Amérique était certes déjà la première puissance économique et industrielle mondiale, mais elle n’était qu’au 7ème rang d’un point de vue militaire.

Vers la domination du monde

En 1945, l’Amérique prit conscience de sa puissance et du rôle qui lui incombait dans le monde, après l’affaiblissement durable des puissances européennes. Pour comprendre les fondements de ce qui devint l’impérialisme Américain, il faut se référer à l’ouvrage d’un intellectuel, ancien Trotskyste visionnaire, James Burnham (1905 – 1987) qui publia en 1941 « The Managerial Revolution ». Il fut l’un des premiers à anticiper la technocratie managériale qui allait prendre le contrôle des sociétés industrielles, quelque soit le régime politique, du capitalisme au communisme.

Burnham eu la vision d’une technocratie totalitaire où le pouvoir est concentré entre les mains d’une élite bureaucratique. Il y voyait une forme de darwinisme social, où les plus aptes à organiser et à gérer, plutôt qu’à posséder et à produire, hériteraient du pouvoir. Il influença des auteurs comme George Orwell qui s’en inspira dans « 1984 ». Il anticipa la séparation entre la propriété et le contrôle dans les grandes corporations industrielles et commerciales.

Poursuivant sur sa lancée, Burnham publia en 1947 un autre livre majeur : « Pour la domination du monde » (Struggle for the world), livre fondateur de la politique américaine durant plusieurs décennies, illustrée par les « néoconservateurs ». Il s’agit de contenir l’expansion soviétique à n’importe quel prix, en utilisant la guerre psychologique, les leviers économiques et en soutenant les pires régimes autoritaires pourvu qu’ils soient anticommunistes !

D’autres anciens marxistes eurent un parcours similaire à celui de Burnham, en particulier Irving Kristol (1920 – 2009), juif orthodoxe d’origine ukrainienne, et qui fréquentait les milieux intellectuels Juifs connus sous le nom de New York Intellectuals. Il s’agit d’un mouvement occidentaliste, impérialiste, unilatéraliste et radicalement sioniste. « Entre 1960 et 1990, des milliers d’acteurs politiques et d’intellectuels juifs ashkénazes ont opéré un basculement idéologique et politique similaire, tant aux États-Unis que dans la plupart des pays européens », affirme le politologue Laurent Ozon (1).

En France, cette mutation s’est effectuée chez nombre d’intellectuels d’origine juive, tel Pascal Bruckner, Bernard Kouchner, Guy Sorman, Jean-Claude Milner, Bernard-Henry Lévy, André Glucksmann, Alain Finkielkraut et beaucoup d’autres. Ce basculement vers le néoconservatif marque notre période contemporaine et demeure à l’œuvre. Il est important d’en prendre conscience si l’on veut comprendre la politique étrangère américaine et l’origine des multiples guerres menées par les USA au Moyen Orient.

Le règne sans partage des néoconservateurs

La guerre de Corée (1950-1953) inaugurait une longue liste de conflits meurtriers décidés par le gouvernement américain. Il s’agissait de voler au secours de la Corée du sud envahie par une action conjointe de la Chine et de l’URSS. Le motif était noble.

Mais, après avoir amplement critiqué et même saboté la guerre que la France menait en Indochine, considérée comme une guerre coloniale, les USA interviennent dès 1955 dans ce que l’on peut appeler une guerre impérialiste, pour contrer la menace communiste.

En 1954, en effet, les Français subirent une lourde défaite qui amena à la chute du camp retranché de Dien Bien Phu, à la suite de quoi l’armée et l’administration française quittèrent définitivement la région après les accords de Genève en juillet 1954. Les Américains ne surent pas en tirer la leçon et furent enlisés dans le bourbier vietnamien pendant 20 ans, jusqu’à la chute de Saïgon en 1975 et le sauve-qui-peut général. Nous gardons en mémoire ces images des derniers soldats américains quittant précipitamment l’aéroport de Saigon sous la mitraille du Viet-Minh !

Le bilan fut douloureux pour le peuple américain mais, surtout, pour des milliers de militaires meurtris. Néanmoins, le complexe militaro-industriel ne pardonna jamais au Président Nixon d’avoir été élu en 1969 avec le slogan « Paix dans l’honneur ». Nixon tenta de tisser des liens avec la Chine de Mao et chercha une politique de détente avec l’URSS, combinée à un traité de non-prolifération nucléaire (traité SALT 1). A la suite de quoi les milieux néoconservateurs qualifiés de « Faucons » harcelèrent Nixon, empêtré dans la sombre histoire du Watergate à laquelle plus personne ne comprenait rien, si ce n’est que Nixon fut acculé à la démission…

Cette démission de Richard Nixon signait la capitulation du camp des « Colombes » face aux « Faucons », c’est-à-dire à l’aile la plus dur des néoconservateurs et du complexe militaro-industriel représentés par « l’État profond ». L’ère de l’interventionnisme américain tous azimuts avait sonné !

L’Histoire guerrière des USA

J’ai demandé à ChatGPT de dresser la liste des principales interventions militaires officielles américaines depuis 1945, sans compter les multiples interventions et ingérences de la CIA en de nombreuses occasions, surtout en Amérique Latine.

« Ce n’est pas une liste exhaustive : selon une définition très large, le Congrès américain recense des centaines d’emplois des forces armées (évacuations, frappes ponctuelles, protection de ressortissants, etc.). » Rapport du Congressional Research Service

Intervention Dates Durée approximative
Guerre de Corée 1950–1953 3 ans
Liban 1958 quelques mois
Baie des Cochons, Cuba avril 1961 3 jours
Guerre du Vietnam (engagement direct majeur) 1964–1973 9 ans
République dominicaine 1965–1966 1 an
Bombardements au Laos 1964–1973 9 ans
Bombardements au Cambodge 1969–1973 4 ans
Liban (force multinationale) 1982–1984 environ 2 ans
Invasion de la Grenade 1983 quelques semaines
Frappes contre la Libye 1986 1 jour
Panama 1989–1990 environ 1 mois
Guerre du Golfe (Irak/Koweït) 1990–1991 environ 7 mois
Somalie 1992–1994 environ 2 ans
Haïti 1994–1995 environ 1 an
Bosnie-Herzégovine (intervention OTAN) 1995, puis stabilisation frappes : quelques semaines ; présence américaine : jusqu’en 2004
Kosovo/Serbie (OTAN) 1999 78 jours de bombardements
Afghanistan 2001–2021 près de 20 ans
Irak 2003–2011 près de 9 ans
Libye (intervention OTAN) 2011 environ 7 mois
Irak et Syrie contre l’État islamique depuis 2014 en cours, sous forme réduite
Syrie depuis 2014 en cours, présence limitée et frappes

Vénézuéla                                    Fin 2025-2026      Capture du Président Maduro ; opérations

                                                                                   clandestines.

Cuba                                             2026                     Blocus naval intermittent

Iran                                               2026                     Bombardements répétés (en cours)

Sans compter la guerre en Ukraine, déclenchée par la Russie, mais fomentée par les USA depuis 2014 pour contrer Moscou et dans laquelle les Américains ont actuellement une part active et déterminante. Ce qui porte à 25 le nombre d’interventions militaires directes et majeures en 75 ans, dont certaines ont duré près de dix années… Il n’est donc pas exagéré de dire que l’Amérique est un état guerrier et agressif qui ne cesse de menacer la paix dans le monde.

Le Deep State

A partir de 1977, lorsque Jimmy Carter est élu président, les néoconservateurs deviennent ses opposants farouches et sont partout. Ils multiplient les livres et les articles, ils inondent la presse américaine de leurs analyses et de leurs attaques contre la politique « faible » de la Maison-Blanche. Leur influence va caractériser ce que l’on peut dénommer l’Etat Profond (Deep State).

Cet État profond, comme son nom l’indique, agit en sous-main, de façon occulte, à travers un réseau d’influence dans lequel sont systématiquement impliqués les soit-disants intérêts d’Israël. Les gouvernements américains successifs sont amenés à entreprendre nombre d’actions pour soutenir Israël, y compris contre leurs propres intérêts. Tout se passe comme si les Présidents successifs n’étaient pas maitres de la situation et devaient prendre des décisions qui leurs étaient dictés.

« Pour la plupart, les néoconservateurs sont liés à une nébuleuse de Think Tanks, comités et publications basés à Washington, dont l’objectif principal est de promouvoir la relation privilégiée qui unit les Etats-Unis et Israël… Ce qui anime véritablement les néoconservateurs est la préservation d’Israël. Cela sous-tend tout le mouvement », peut-on lire dans un ouvrage fondamental (2).

Le triomphe des néoconservateurs survient avec l’élection de George W. Bush en 2001 qui coïncide avec l’effondrement des tours du World Trade Center quelques mois plus tard. Nous avons alors été abreuvés par une série de mensonges et de manipulations médiatiques pour justifier des interventions injustifiables. La rhétorique oscillait entre « l’axe du mal » (Iran-Irak- Corée du Nord) et « États voyous » en passant par « armes de destruction massive », « guerre contre le terrorisme », « interventionnisme moral », « promotion de la démocratie »

Autant de thèmes répétés à l’envie par les dirigeants américains pour justifier leurs crimes et repris en chœur par les media européens vassaux. Ces slogans ont servi d’alibi pour le démantèlement de la Serbie, pour l’anéantissement de l’Irak, pour l’effondrement de la Syrie, comme ils avaient servi pour la longue intervention en Afghanistan. Ils servent aujourd’hui pour justifier les exactions commises par Israël à Gaza et au Liban, et aussi pour les bombardements américains en Iran.

Ce sont les mêmes prétextes qui sont brandis pour justifier le soutien Américain à l’Ukraine. A chaque fois il convient de mettre en avant les bons sentiments pour justifier les pires crimes.

Si les néoconservateurs continuent d’attiser la guerre contre la Russie et promeuvent la construction d’un État policier européen, on pourra considérer qu’ils agissent contre nos intérêts. Si les néoconservateurs contribuent à soutenir des politiques migratoires massives vers l’Europe et en provenance du Moyen-Orient dévasté, on pourra considérer qu’ils agissent contre nos intérêts. Si les néoconservateurs continuent à promouvoir la formation d’un État fédéral européen, inévitablement anti-démocratique, on pourra considérer qu’ils agissent contre nos intérêts.

La politique étrangère officielle des USA, leurs nombreuses interventions militaires et les interventions sous-jacentes du Deep State ont contribué à asseoir la suprématie américaine. L’ensemble de ces actions est aujourd’hui contraire aux intérêts de l’Europe. « Une alliance entre la fédération de Russie, l’Amérique du Nord et l’Europe établirait les conditions d’une macrostabilité mondiale. Une coopération approfondie entre ces trois zones pourrait constituer une puissance combinée capable de dissuader toute opposition par sa seule existence » (1).

(1)- « Les néoconservateurs : une élite impériale», Laurent Ozon, éditions Géopolitique Profonde.

(2) – « Le lobby pro-israélien et la politique étrangère des États-Unis », John Mearsheimer et Stephen Walt, éditions La Découverte- poche

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Un commentaire

  1. Bonjour Yves
    Né en 45 curieux et sceptique de cette période folle, votre rétrospective est directe éclairante pour ceux qui refusent de voir , tout se met en place pour un feu d’artifice final, l’hégémonie en stade de léthargie avec son Dibbouk malfaisant, les Perses deviendrons la pierre incontournable qui manquait à la muraille Russie Chine Pakistan , passionnante cette histoire mondiale va remettre les pendules à l’heure de nos souverrainetés “chacun dans son champs les vaches seront bien gardées” clin d’oeil à Kiria , la RESPONSABILITÉ des décisions de nos élus envers le peuple, pour le peuple et par une vraie justice populaire indépendante , l’UE soumise a la sauce Walter Hallstein aux ordres de la CIA , V der L non élue, continue le boulot infame , De Gaulle nous avait libéré de l’OTAN , fin de partie en 2009 par le traître, aussi un sacré boulot nous attends afin de remonter en selle ayant nettoyé les écuries.
    Cordialement

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