Les gouvernants utilisent la bureaucratie pour complexifier la démocratie et éloigner les citoyens des affaires publiques. Plus la bureaucratie est puissante et complexe, moins il y a de démocratie, et plus il est facile d’orienter les décisions et l’argent au profit des amis et des organisations amies !
Il est étonnant de constater à quel point les élus sont réticents à consulter les citoyens dans les affaires qui les concernent directement. Ils affectionnent les nouvelles lois et les nouveaux règlements, qu’ils empilent avec satisfaction, mais en se gardant bien de nous demander notre avis. Ils agissent comme si nous leur avions confié aveuglément notre destin.
Pour appliquer cette somme de contraintes, de directives et de règles, les gouvernants successifs ont bâti un maquis administratif considérable, véritable labyrinthe dans lequel les citoyens se perdent et finissent par renoncer à y pénétrer, permettant ainsi aux élus de naviguer à leur guise, sans contrôle.
Le contrôle bureaucratique
A cet égard, les Européens jouissent d’une double bureaucratie, à Bruxelles et dans chaque capitale, ce qui permet d’hérisser une double barrière à la démocratie. Au fur et à mesure que grandit la bureaucratie, les citoyens s’éloignent et se désintéressent de la démocratie et de la politique. C’est exactement ce que souhaitent les élus du peuple…
Le premier danger concerne la totipotence de la bureaucratie et de son réseau administratif. A la lumière de cette inquiétude, on comprend mieux pourquoi. Le duo Trump-Musk s’est fixé comme priorité de mettre la bureaucratie américaine à la diète et de mieux la contrôler.
Dans son dernier livre, Nexus, Yuval Harari décrit ainsi l’ordre bureaucratique : « La bureaucratie s’attache à résoudre le problème de la récupération des données en divisant le monde en une série de tiroirs, et en déterminant quel document va dans quel tiroir ». En effet, la bureaucratie a tendance, comme la mythologie, à sacrifier l’ordre à la vérité ! Durant l’épisode du Covid, nous avons tous été témoins des erreurs répétées des institutions médicales et des gouvernements, au nom de l’ordre et aux dépens de la vérité…
La bureaucratie se justifie par l’ordre qu’elle tente d’instituer dans un monde complexe afin de simplifier la compréhension et le contrôle. Mais le monde est insaisissable car il change sans cesse ! Quel schéma bureaucratique pourrait rendre compte du mécanisme de l’évolution dans lequel les espèces changent en permanence et n’ont pas de frontière nette les unes avec les autres ?
La bureaucratie rend le pouvoir opaque et loin de ses administrés. Documents, archives, formulaires, permis, règlementations et autres procédures bureaucratiques se sont accumulés au cours des périodes récentes et ont modifié le fonctionnement et la perception du pouvoir, « et les experts de l’obscure logique des documents se sont imposés comme de nouvelles figures de l’autorité », ajoute Harari.
Le totalitarisme bureaucratique
Le zèle bureaucratique peut se transformer en un labyrinthe cauchemardesque dans lequel les citoyens se perdent, comme dans le célèbre Procès de Kafka. L’employé de banque K. est arrêté par les fonctionnaires anonymes d’une mystérieuse agence pour un crime dont la nature n’est pas précisée…
C’est ainsi que nous qualifions parfois nos bureaucraties contemporaines de Kafkaïennes et par lesquelles nous nous sentons écrasés ! Nous nous sentons impuissants face à des pouvoirs néfastes auxquels nous ne comprenons rien, comme le héros du Procès.
Ce n’est pas un hasard si les dictatures reposent toujours sur un contrôle bureaucratique tentaculaire. Yuval Harari analyse en profondeur les réseaux d’information qui irriguent les dictatures comme les démocraties. « L’un des principes fondamentaux des régimes totalitaires est le suivant : partout où les gens se réunissent et échangent des informations, le régime doit être présent lui aussi, pour garder un œil sur eux. Dans les années 1930, c’était un principe que Hitler et Staline avaient en commun ».
A l’heure du contrôle des réseaux sociaux et de l’Intelligence artificielle (IA) omniprésente dans nos échanges, nous pouvons méditer sur cette phrase d’Harari appliquée à nos démocraties contemporaines. La bureaucratie peut transformer la démocratie en totalitarisme. C’est le risque majeur qui nous menace !
Il convient d’explorer les implications révolutionnaires de l’avènement de l’IA. « Car l’une des grandes questions soulevées par cette technologie, c’est de savoir si elle favorisera ou sapera les mécanismes d’autocorrection démocratiques », s’interroge Harari.
Il n’est pas exagéré de dire que l’Europe, et tout particulièrement la France, sont menacés par le totalitarisme bureaucratique. Faut-il rappeler que nombre de révolutions proviennent de la rupture du lien qui doit unir les citoyens et leur administration. La machine bureaucratique ne peut fonctionner sans ses archives et documents. C’est ainsi que lors de la Révolution française de nombreuses archives locales et régionales furent détruites par les insurgés. On peut y voir un symbole anti-bureaucratique.
Les privilèges
Nous comprenons bien comment la démocratie, en se bureaucratisant à l’extrême, devient une énorme machinerie anonyme qui n’est plus au service des citoyens mais au service d’elle-même. Elle utilise des méthodes totalitaires pour s’arroger des privilèges immérités ou pour attribuer des subventions aux organisations amies.
Elon Musk vient de révéler au monde entier comment l’organisation caritative USAID, sous prétexte de bons sentiments, finance quantité d’officines occultes et d’ONG affiliées à la gauche américaine.
A cet égard, le poids et l’envergure de la machine bureaucratique en France sont particulièrement préoccupants. Non seulement la bureaucratie entrave la liberté et les initiatives privées, mais elle est constituée d’une administration pléthorique et toute puissante qui capte à son profit l’essentiel de la richesse nationale. Les citoyens sont sous tutelle et n’ont plus aucun moyen de décision ou de contrôle sur les dépenses publiques.
En France, la seule fonction publique emploie plus d’un actif sur 5 qui représentent autant d’électeurs qui bloquent toute réforme de l’administration. Cette dernière se répartit en 434 opérateurs publics différents et 313 commissions « Théodule » aux contours indéfinis et qui dépendent du premier ministre. Ce bel ensemble supervise l’application de 88.572 articles législatifs, de 4451 ordonnances, de 107.867 décrets ou arrêtés, et de 10.824 circulaires !
A cette avalanche administrative il faut ajouter 400.000 Normes Applicables, les 11.176 articles du Code du Travail, les 7.008 articles du Code du Commerce, les 6.898 articles du Code de l’Environnement, les 2105 articles du Code de la Consommation, sans oublier les 12.380 articles du Code de la Santé Publique ! Il est estimé que cet excès normatif coûte chaque année 87 milliards d’euros aux entreprises et 25 milliards aux collectivités et particuliers…
Il n’est donc pas exagéré de dire que la bureaucratie française, appuyée par une classe politique irresponsable, s’est transformée en kleptocratie qui gaspille les ressources, appauvrit le pays et oblitère l’avenir. C’est ainsi qu’à l’heure où j’écris ces lignes, en février 2025, la dette totale de la France atteint le chiffre astronomique de 3.420 milliards d’euros qui seront à la charge de nos petits-enfants. Autant dire qu’ils n’auront pas un avenir enviable !
En France, les dépenses publiques représentent 56,8% du PIB, ce qui signifie que pendant près de 7 mois de l’année les Français travaillent pour l’État… Qui osera renverser la table ?
La grande interrogation qui se pose au monde est de savoir si l’IA sera demain le nouveau totalitarisme qui n’aura même plus besoin de dictateur pour centraliser l’information, la contrôler et la diffuser. « La révolution de l’information en cours étant d’une ampleur sans comparaison avec toutes celles qui l’ont précédée, il est probable qu’elle donnera naissance à des réalités sans précédents, à une échelle sans précédent », pour reprendre les interrogations de Yuval Harari…
« Chaque institution a besoin de mécanismes d’autocorrection » affirme et démontre Yuval Harari. Mais lorsque la démocratie est engluée et inhibée par une administration pléthorique de type kleptocratique, l’autocorrection devient impossible. Il n’est pas exagéré de dire que la bureaucratie a tué la démocratie ! Le risque devient alors le basculement vers la dictature. Le seul moyen d’éviter ce double écueil est d’avoir recours aux avis du peuple par une série de référendums. Vous comprenez mieux pourquoi la voie référendaire est toujours bloquée : la bureaucratie ne veut surtout pas connaitre votre avis !