783 – SOLITUDE D’HOMO OCCIDENTALIS

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Il a découvert, parcouru et dominé le monde. Il a fait progresser la science et la technique comme aucune autre civilisation. Il a construit des villes et bâti des empires. Il a tué Dieu et il est aujourd’hui seul face à l’Histoire qui ne lui pardonnera pas son triste bilan.

 La solitude et la détresse de l’homme blanc se rencontre partout. Elle est palpable au travail, dans la rue, en vacances, sur les réseaux sociaux, dans les revendications féministes, dans les romans de Michel Houellebecq et dans de nombreux films et romans contemporains. Il fut un winner, il est désormais un loser ! Comment le héros s’est-il transformé en anti-héros ?

La domination de la Nature

Tout avait bien commencé pour le chasseur-cueilleur européen, non seulement à l’écoute de la nature, mais qui en faisait partie intégrante. L’homme-nature vivait en osmose avec son environnement et l’espace à sa disposition était immense. Sans doute d’un naturel curieux, le goût de l’aventure lui est venu, face à cette immensité et à ces territoires à découvrir.

Puis, il a voulu s’établir dans des lieux qu’il trouva agréables et s’essaya à la culture et à l’élevage. Tout restait néanmoins en harmonie, sans destruction ni extermination. L’abondance était partagée mais elle facilita la démographie de l’homo.

Il est difficile de dire quand s’opéra la rupture et quand lui vint le goût de la domination. Il fallut sans doute attendre quelques millénaires, les premières sociétés structurées, les premières villes, la compétition, le besoin de se défendre, les mauvaises récoltes…

La nature est devenue une concurrente et, plus tard encore, une ennemie. Sans doute grisé par le succès de ses premières inventions, l’homo occidentalis s’est cru au-dessus de ce monde animal et végétal qu’il était désormais capable de maitriser et de dominer.

C’est ainsi qu’au fil des siècles s’est développé un édifice idéologique, bâti par les premiers philosophes grecs, dogmatisé par l’Eglise et théorisé par Descartes. La nature devint au service de l’homme qui se mit dans la tête qu’elle avait été créée pour lui.

Vous connaissez la suite…

Les forêts ont disparu, les cours d’eau sont pollués, les mers sont dévastées et le prédateur s’est réfugié dans des mégapoles inhumaines d’où il contemple son œuvre.

L’anéantissement des espèces

Se voulant le maître du monde, au-dessus de toute vie, l’homo occidentalis n’a pas supporté la concurrence. Il a exterminé les néandertaliens, sans autre forme de procès, pourtant plus forts qu’eux et jouissant d’un plus gros cerveau.

Il a pourchassé tous les grands mammifères, du bison à l’éléphant. Il a domestiqué de nombreuses espèces qu’il a asservi, souvent de façon extrêmement cruelle. Il a pratiqué l’élevage intensif sans aucun respect pour la souffrance animale. Il a décimé ses plus proches parents, les grands singes d’Afrique ou d’Asie.

Il s’est pris pour le maître du monde, au-dessus de toutes contingences, et surtout un être d’exception qu’il ne fallait pas confondre avec les espèces animales dont il ne faisait pas partie, dénuées de la moindre intelligence et incapables d’exprimer une émotion. Puis vint Darwin qui remit les choses à leurs places.

Globalement, on peut dire que l’homme blanc a saccagé sans vergogne le paradis terrestre, persuadé qu’il avait été créé à sa seule intention. Il crut qu’il pouvait en disposer à sa guise et le façonner pour son bon plaisir…

La conquête du monde

Le monde était à conquérir, les espaces étaient immenses. En quête d’aventure il a augmenté sa domination sur des terres lointaines et le soleil ne se couchait jamais sur son empire.

Des peuples furent asservis, exploités, réduits en esclavage. Au nom de la modernité, il imposa ses lois, sa culture, sa langue, son éducation et sa religion. Selon lui, les peuples qu’il soumettait n’étaient que des sauvages à l’état de nature qu’il fallait au mieux éduquer, au pire leur refuser le statut d’humains, dénués d’âme.

L’homo occidentalis était un curieux, un inventif, un aventurier, un créatif et sa soif de connaitre et de comprendre le monde et les choses l’amena vers le progrès scientifique et technique qui lui permit d’asseoir sa domination sur des populations qui restaient figées dans la tradition ancestrale.

C’est ainsi qu’il devint un modèle d’émancipation des peuples qui voulurent suivre la même voie vers l’industrialisation et la modernité. On peut situer l’apogée de l’homme blanc vers la fin du XXème siècle. Il s’était érigé en modèle à imiter !

L’approche de la Rupture

Le XXIème siècle fut, dès son début, marqué par les nouvelles technologies de la communication qui modifièrent notre vision du monde, soudain globalisé et interdépendant. Les sociétés planétaires qui se sont créées ont parachevées la mondialisation des idées.

La puissance de calcul des nouvelles machines déboucha sur ce qui devint « l’intelligence artificielle », appelée à dépasser les performances du cerveau humain. L’homo occidentalis commença à prendre peur lorsqu’il comprit que les machines ne seraient peut-être plus à son service mais qu’elles allaient l’asservir.

Les esprits les plus progressistes se transformaient en homo deus, capables désormais d’améliorer la création, jugée imparfaite et incomplète. L’homme veut prendre le relais de Dieu (lire chronique 782- Êtes-vous un progressiste moderne ?). Ils rêvent d’un « monde post-anthropologique peuplé par toutes les formes d’hybridation  hommes/machines », comme l’écrit Pascal Picq dans son excellent et néanmoins perturbant essai intitulé : « L’intelligence artificielle et les chimpanzés du futur ».

Pascal Picq, comme beaucoup d’autres penseurs, craint que l’homme, après avoir refusé de reconnaitre la moindre intelligence aux grands singes, devienne lui-même le chimpanzé des machines, en faisant référence à la célèbre « Planète des singes », remarquable livre de science-fiction dans lequel les hommes, arriérés, sont dominés par les chimpanzés qui les traitent aussi mal qu’ils sont eux-mêmes traités sur cette terre !

Nous vivons dans des environnements de plus en plus artificiels et techniques, toujours plus coupés de la nature. Allons-nous vers une plus grande domestication de notre espèce et une nouvelle servitude ? Faut-il craindre la « singularité » prédit par Ray Kurzweil pour qui l’humanité va entrer dans un nouvel âge posthumain avec des corps et des cerveaux aux capacités augmentées grâce aux technologies et une connexion permanente avec le cloud, les autres humains et les objets connectés ?

Pascal Picq s’inquiète : « Si l’humanité poursuit son chemin funeste vers la destruction de la nature, le dérèglement climatique et l’expansion des mégalopoles, alors où se réfugier ? ». Il apparait que la prochaine décennie est celle de tous les possibles. L’homme blanc a peur et se sent seul face à son triste bilan et à l’immensité des défis. Il est déshumanisé, sans spiritualité et désormais comparé à une machine obsolète.

L’homo occidentalis peut se faire du souci ! Ce n’est pas Donald Trump, le dernier avatar décadent, qui conjugue toutes les peurs de l’homme blanc, qui va nous rassurer…

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