784 – FAUT-IL REINVENTER LE FUTUR?

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Le futur n’est pas toujours la poursuite du passé. Il arrive que les sociétés humaines arrivent à des carrefours, à des points de bascule, qui obligent à imaginer un futur autrement pour éviter le chaos et l’effondrement. Ce moment est-il arrivé?

Faut-il croire les nombreux auteurs qui observent les soubresauts d’un monde en crise et qui prédisent des jours sombres ? Sont-ils des prophètes de malheur qui cultivent une croyance en l’apocalypse, comme l’histoire de l’humanité en a toujours connu ? Ou sont-ils des phares qui éclairent le futur et nous avertissent des dangers à venir ?

L’Occident est-il en déclin ?

De nombreux essais sont parus récemment pointant du doigt les failles qui menacent l’occident d’éclatement. Il s’agit, selon eux, d’une grave crise culturelle et identitaire parce que les pays occidentaux ont oublié leur histoire commune, ils ont oublié d’où ils viennent et, en particulier, ils ont voulu ignorer leurs racines chrétiennes qui constituent le ciment qui les unissait.

L’Occident serait en état d’auto-asphyxie en refusant d’admettre d’où il vient. Les citoyens seraient ainsi désabusés et cyniques, trahis par les élites, laminés par la mondialisation et un certain capitalisme sans entrave, entrainés dans un relativisme moral sans espérance, déçus par l’épuisement des politiques et effrayés par le totalitarisme islamique.

On pourrait dire que l’Occident manque d’âme et d’une spiritualité capable de lui redonner l’espérance. La vacuité existentielle de la modernité inhibe toute transcendance et le condamne à quitter cette terre sans s’être élevé vers plus d’humanité. Telle est en particulier le constat de Robert Sarah dans son dernier livre dont le titre donne le frisson : «Le soir approche et déjà le jour baisse ».

Le monde est-il proche du chaos ?

On peut considérer que le déclin de l’Occident n’empêche pas la terre de tourner et qu’il ne s’agit que d’un soubresaut de l’Histoire de l’humanité qui en a vu d’autres ! Par contre, le chaos généralisé qui surviendrait suite à un effondrement cataclysmique majeur serait d’une autre nature…

C’est le scénario envisagé par des futurologues très sérieux, après avoir ausculté l’état de notre planète et la mentalité de l’humanité. C’est ainsi que l’Institut Momentum envisage très sérieusement un point de bascule qui interviendrait entre 2020 et 2040 et qui entrainerait le système Terre dans une zone de turbulence de type catastrophique, dans une sorte de fin des temps !

Il est vrai qu’à l’échéance de 2050 la terre devrait compter deux milliards de bouches à nourrir supplémentaires avec toutes les conséquences environnementales qui en découlent. On risque donc d’assister à une augmentation de la vitesse de fonte du permafrost sibérien, à une saturation des terres et des mers en CO2, ainsi qu’à la poursuite de la déforestation en Amazonie et dans les forêts boréales.

L’effondrement global qui suivrait le passage de ce seuil climatique est impossible à se représenter dans son ampleur et excède nos capacités de compréhension. Selon de nombreux sociologues, cet « effondrement est inévitable, non pas parce que la connaissance scientifique de son advenue est trop incertaine, mais parce que la psychologie sociale qui habite les humains ne leur permettra probablement pas de prendre les bonnes décisions au bon moment… c’est le déni de masse qui garantit que l’effondrement est certain ».

Il est vrai que notre incapacité actuelle à modifier nos modes de vie de façon significative semble donner raison à ce scenario. Nous semblons condamnés au stress pré-traumatique et à la peur du futur qui conduisent à une sorte d’inhibition de l’action génératrice de maladies, tel un rat en cage qui attend la décharge électrique, sans échappatoire possible…

Renoncer à la croissance

Pour soulager nos angoisses et ne pas sombrer dans un pessimisme total, l’Institut Momentum propose trois pistes qui peuvent nous aider à préparer une société plus apaisée et organiser la résistance.

La première voie envisage un retour à la nature par la pratique de la permaculture, c’est-à-dire une approche globale de l’agriculture. Il ne s’agit pas seulement d’une technique agricole intelligente, qui renonce en grande partie à la mécanisation énergivore et à la chimie, mais aussi d’une approche philosophique et éthique des sociétés futures.

Il s’agit d’une nouvelle orientation sociale et culturelle qui privilégie la lenteur et les circuits cours, à proximité des consommateurs. La permaculture a l’immense avantage d’être à la fois, très performante en termes de rendements, de régler définitivement le problème de la pollution des sols et de résoudre le défi du chômage. (lire chronique 536 « La nouvelle révolution agricole »)

L’autre piste nous orienterait vers la disparition des découpages administratifs actuels au profit de la constitution de Biorégions, entités situées au plus près de la population et de la nature. Il s’agit de se réapproprier les territoires. Une Biorégion étant une entité à taille humaine, ayant des caractéristiques spécifiques et habitée par des gens qui partagent certaines valeurs communes.

Ces biorégions seraient à la fois chargées de prendre soin des paysages, de nourrir les gens avec des produits locaux et d’œuvrer à la restauration des écosystèmes perturbées par l’hyper-industrialisation. Ce travail de fond devant amener à une décroissance organisée, à la désurbanisation et à la renaissance globale de notre planète et des milieux qui la composent.

Vers une société résiliente

La troisième voie, complémentaire des deux précédentes, devant amener vers une société plus solidaire, plus conviviale et plus lente, suppose une modification profonde des mentalités et des modes de vie.

Ces modifications, devant conduire à une lente résilience, nous seraient imposées par des évènements tragiques susceptibles de réveiller nos consciences et de nous faire enfin passer à l’acte vers des changements radicaux de survie, sur le modèle de ce que propose depuis longtemps Pierre Rabhi : « « Un jour, l’humanité devra choisir entre une miche de pain et un lingot d’or. Elle sera forcée d’arrêter la croissance pour sa survie« .

Il s’agirait de tourner le dos au nihilisme, au découragement et à l’autodestruction pour se tourner vers une action réfléchie, consciente et déterminée. Notre statut de mortel, radicalement vulnérable, devrait nous ramener à l’humilité et accepter cette vérité fondamentale, à savoir que nous sommes totalement interdépendants avec tout ce qui nous entoure.

On peut nier le risque de catastrophe imminente ou proche, on peut considérer que ce scenario de résistance réfléchie et de résilience est particulièrement utopique. Mais nous ne pouvons plus nier que nous sommes tous solidaires, tous sur le même bateau, totalement interdépendants de la folie ou de la sagesse des uns et des autres. Donald Trump est probablement le seul terrien qui nie les causes humaines du réchauffement global. Le problème, c’est qu’il est aujourd’hui le maître du monde !…

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3 comments

  1. Bonjour Yves ,

    Êtes vous prêt à renoncer à toutes vos possessions pour le bien être de l’humanité ?

    Je crois connaître la réponse , et c’est bien le cas de la plupart des gens.

    Comme le disait feu mon père avec beaucoup de sagesse ,  » tout le monde veut retourner à la nature mais personne ne veut y aller à pieds ».

    Je connais au moins deux pays qui ont une vraie politique qui repose sur de vraies valeurs et qui s’ approchent de l’idéal de pierre rabhi, ce sont le bouthan et le Costa Rica.

    Mis à part ces deux la , il y a bien des tentatives voire des initiatives de certains pays mais rien d’aussi complet.

    Donald trump n’a pas l’apanage de la climatosepticite , en effet je fais partie de ces gens qui croient que l’homme si petit , est bien présomptueux de s’ imaginer qu’il peut bouleverser le climat de sa planète .

    Évidemment Mr trump est climatosceptique opportuniste ce qui est loin d’être mon cas. America first……

    Il n’empêche , je partage tout à fait les idées de pierre rabhi et lutte de toutes mes forces contre le capitalisme sauvage .

    La terre n’est pas à vendre et n’appartient à personne . Ceux qui s’ imaginent cela entraîne le monde à sa perte.

    Tout ce que l’homme a construit est appelé à disparaître . C’est ainsi.

    Seules les sociétés primitives en osmose totale avec la nature perdurent.

    A bientôt

    Roger

    1. Merci Roger pour votre commentaire que j’apprécie beaucoup.
      Il est en effet plus facile de faire des beaux discours, de tirer des sonnettes d’alarme et de se faire peur que de passer à l’acte, c’est à dire aller vers la décroissance et se contenter de l’essentiel!
      Nous sommes tyrannisés par les modes et les nouvelles tendances… On peut donc espérer que la mode nous conduise vers une vie plus spartiate et plus sobre… Alors nous suivrons tous le mouvement…

  2. J’ai été touché au coeur par le dernier livre du cardinal Sarah , »Le soir approche et déjà le jour baisse .

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