347 – LA PROVENCE, HORS DES SENTIERS BATTUS

Posted on octobre 19, 2012 par

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 Nous séjournons dans ce que l’on dénomme « la France profonde », loin de l’agitation, et nous nous émerveillons de voir ces petits villages émouvants qui se battent pour leurs survies. 

Sur le plateau d’Albion,
près de Simiane-la-Rotonde

 A cette époque de l’année, la Haute-Provence est encore chaude et ensoleillée. Les touristes sont partis et les villageois se retrouvent entre eux avec les difficultés du quotidien. Après un bel été, les restaurants vont entrer en hibernation et tâcher de tenir jusqu’à la saison prochaine. Chaque village a son comité des fêtes, son festival, ses rencontres autour d’un thème, ses activités spécifiques et, bien sûr, son marché paysan, bio de préférence, pour attirer le visiteur et faire vivre le village. Beaucoup n’ont plus de commerces et doivent se battre pour garder l’école. Si l’école ferme, c’est la mort du village. Il faut donc faire venir des jeunes en les priant de bien vouloir faire des enfants, mais beaucoup préfèrent prendre un chien !…

Ces villages se réveillent un peu en été, grâce à un tourisme tranquille et respectueux. Des marcheurs, des flâneurs, des amateurs de vélos ou tout simplement des amoureux de la nature sauvage et du terroir qui sent bon le thym et le romarin. La France fourmille de ces endroits merveilleux, hors des sentiers battus et des plages surpeuplées et bétonnées. On trouve ici comme une sérénité perdue et oubliée dans les villes défigurées, un parfum nostalgique d’un monde qui n’est plus, un monde à taille humaine.

Mais les touristes représentent aussi un danger mortel. Ils sont séduit par cette beauté sauvage et achètent les plus belles maisons. Ils les restaurent avec goût, puis mettent la clé sous la porte jusqu’à l’été suivant. Les prix de l’immobilier montent et deviennent inaccessibles pour les locaux qui vivent chichement. L’hiver le village se vide, l’école ferme, les jeunes partent sans espoir de retour. C’est ainsi que quantité des plus petits villages deviennent des villages fantômes où errent les chats abandonnés.

Pour ceux qui connaissent, nous naviguons entre le Mont Ventoux et le Lubéron, et pour ceux qui ne connaissent pas, nous conseillons de venir découvrir, c’est magique. Vous pouvez venir ici depuis l’autre bout du monde, cela vaut le voyage ! Le haut plateau rocailleux qui s’étend entre Montbrun-les-Bains et Sault est trop froid pour la vigne ou l’olivier. La seule culture est la lavande. Il faut voir cela fin Juin ou début Juillet, c’est une féérie de couleurs. Ces paysans qui habitent dans des fermes isolées luttent pour survivre sur ces terres ingrates, loin de la ville, perdus sur le bord d’une petite route sinueuse. Il y a quelque chose d’admirable dans cet acharnement à continuer à cultiver ces terres rudes, sèches et pauvres.

Les villages sont isolés les uns des autres et s’agrippent à la falaise, perchés sur un éperon pour mieux se protéger de l’envahisseur. Ces sentinelles austères veillent sur de hautes vallées étroites où paissent de paisibles troupeaux de chèvres ou de brebis. C’est en naviguant sur ces routes que nous avons découvert Banon, dans les Alpes de Haute-Provence. On ne vient pas à Banon par hasard, on y arrive attiré par son renom. Nous connaissions Banon de réputation pour son excellent fromage de chèvre, apprécié au-delà des frontières de la Provence. Mais Banon est devenue célèbre pour une autre raison, tout à fait insolite…

Librairie « Le Bleuet » à Banon

 Au centre de ce village qui lutte pour conserver ses 1000 habitants, loin de toute ville, vous trouverez la librairie la plus célèbre de France : « le Bleuet ». Sur quatre niveaux, dans une vieille demeure, s’entassent plus de 100.000 livres, depuis les best-sellers à la mode jusqu’à la minuscule édition d’un livre rare. Je vous recommande tout particulièrement la petite salle réservée à la poésie, c’est un enchantement dont on ne se lasse pas… On vient de loin juste pour le plaisir de flâner dans ce dédale encombré de livres, dans ce labyrinthe enchanté. Vous pouvez vous intéresser aux langues parlées dans l’ancienne Mésopotamie ou à la culture de l’olivier sur les rivages Méditerranéens, vous y trouverez votre bonheur. On dit que « Le Bleuet » est une des premières librairies de France et elle veut désormais concurrencer les plus grands grâce à son site en ligne : www.lebleuet.fr. A deux pas de là nous avons rencontré l’écrivain public qui somnolait assis au soleil devant son échoppe. Voilà Banon…perdu au milieu de nulle part… et pourtant bien vivant.

L’écrivain public à Banon

 Telle est la vie dans les villages. Un défi permanent qu’il faut chaque jour relever, en y mettant toute la force de son âme. Car la vie ici est réservée aux âmes fortes.