431 – L’ECONOMIE A DEUX ENNEMIS

Posted on mai 21, 2013 par

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Depuis l’aube de l’humanité, le commerce s’est développé seulement en certains lieux et à certaines époques. En effet, le développement économique ne peut se faire que si l’environnement est favorable. Or, de tous temps, l’économie a eu deux ennemis implacables : la guerre et l’étatisme qui génèrent l’un et l’autre des entraves à la liberté.

51VlxUhQYQL._ Dans un célèbre discours, prononcé en 1819, sur « La liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », Benjamin Constant fait cette constatation : « La guerre est antérieure au commerce ; car la guerre et le commerce ne sont que deux moyens d’atteindre le même but : celui de posséder ce que l’on désire. Le commerce est une tentative pour obtenir de gré à gré ce que l’on n’espère plus posséder par la violence. Un homme qui serait toujours le plus fort n’aurait jamais l’idée du commerce ». Il ajoute : « Chez les Modernes, une guerre heureuse coûte infailliblement plus qu’elle ne vaut ».

Dans ce même exposé, Benjamin Constant montre combien la liberté individuelle est devenue l’apanage des sociétés modernes: « Notre liberté, à nous, doit se composer de la jouissance paisible de l’indépendance privée. Enfin, le commerce inspire aux hommes un vif amour pour l’indépendance individuelle. Le commerce subvient à leurs besoins, satisfait à leurs désirs, sans l’intervention de l’autorité. Toutes les fois que les gouvernements prétendent faire nos affaires, ils les font plus mal et plus dispendieusement que nous ».

Il convient de replacer ce discours dans son contexte. La France sortait d’une longue suite de bouleversements, après la Révolution et l’Empire. En 1819 s’affrontaient deux partis farouchement opposés : les Libéraux, héritiers des Lumières, auxquels appartenait Benjamin Constant et les Ultras, conservateurs, partisans de l’ordre ancien et d’un pouvoir central omnipotent. Il n’est pas inintéressant de faire l’analogie avec la société d’aujourd’hui où s’affrontent, d’un côté, les partisans du libéralisme et de la liberté d’entreprendre, très minoritaires, et de l’autre les tenants du socialisme étatique qui veulent tout contrôler et se retrouvent les héritiers du centralisme monarchique de l’Ancien Régime !

Benjamin Constant poursuit son analyse : « Chez les Anciens, leurs

Benjamin Constant

Benjamin Constant

gouvernements étaient plus forts que les particuliers ; de nos jours, les particuliers sont plus forts que les pouvoirs politiques ; la richesse est une puissance plus disponible dans tous les instants, plus applicable à tous les intérêts, et par conséquent bien plus réelle et mieux obéie ; le pouvoir menace, la richesse récompense… Le commerce a rapproché les nations, et leur a donné des mœurs et des habitudes à peu près pareilles ; les chefs peuvent être ennemis ; les peuples sont compatriotes ». Ce plaidoyer pour la liberté individuelle nous interpelle à une époque où elle se rétrécit chaque jour davantage. Nous sommes fichés, contrôlés, embrigadés, surveillés, entravés et poursuivis par la puissance publique jusque dans les actes les plus simples de la vie. L’Etat veut intervenir dans tous les rouages de l’économie ce qui conduit au blocage du système.

Nous avons confié notre pouvoir politique à des représentants qui nous ont confisqué notre liberté politique et individuelle : « Le système représentatif est une procuration donnée à un certain nombre d’hommes par la masse du peuple, qui veut que ses intérêts soient défendus, et qui néanmoins n’a pas le temps de les défendre lui-même ». Suite à la collusion entre les media et les politiques, nous sommes aujourd’hui assujettis à une oligarchie qui a confisqué le pouvoir. Deux partis politiques dominants se repassent le pouvoir à tour de rôle, comme dans une course de relai, et pratiquent le même centralisme étatique qui confisque à son profit l’essentiel de la richesse nationale. Il n’est pas exagéré de dire que la richesse décline au fur et à mesure que notre liberté individuelle se rétrécit. Ce n’est plus la guerre qui entrave l’économie mais l’Etat, comme sous l’Ancien Régime, par ses contrôles, ses règlements et ses taxes.

images-1 Lorsque le poids de l’Etat se fait trop pesant, il amenuise la liberté individuelle, il freine le commerce et la richesse : la pauvreté est alors au bout du chemin. Et, « partout où il y a privations, il faut l’esclavage pour qu’on s’y résigne ». C’est donc par la contrainte et l’intimidation que l’Etat restreint les libertés et par là-même le développement économique. Nous en sommes les témoins tous les jours dans certains pays européens, enserrés dans un carcan d’interdits et d’obligations. Il n’y aura pas de développement économique sans davantage de liberté et moins d’Etat…

Posted in: Economie, Lectures