493 – AVONS-NOUS UN DESTIN?

Posted on décembre 30, 2013 par

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Qui décide de notre bonheur ou de notre malheur ? 2014 est-il déjà inscrit quelque part ? Tout est-il déjà joué, ou bien avons-nous la liberté de changer le cours de notre vie ?

 

Unknown-1 Cicéron a écrit un petit traité célèbre sur le destin : « De Fato » (du Destin). Le Fatum, c’est le destin écrit à l’avance, énoncé ou plutôt annoncé. Il était au cœur de la doctrine stoïcienne qui rejoint le point de vue moderne de la science et tente d’allier causalité et liberté. Mais si les évènements ne sont que des enchainements de causes et d’effets, de ce fait il n’y aurait pas de hasard, ni de liberté, et tout découlerait naturellement de ce qui le précède. Par conséquent le destin se déroulerait, comme inscrit au cœur de l’univers… et l’oracle peut le déchiffrer !

 Mais, l’originalité de la doctrine stoïcienne réside en ceci que ce déterminisme n’est pas en contradiction avec l’idée d’une liberté humaine. S’il existe des « causes premières » qui nous dépassent, il existe aussi des choix personnels sur la route de la vie. Par exemple, dans le film « Suzanne », qui vient de sortir dans les salles, l’on se demande si les malheurs qui s’accumulent sur

Sara Forestier, dans le rôle de Suzanne, l'amoureuse à moitié folle

Sara Forestier, dans le rôle de Suzanne, l’amoureuse à moitié folle

l’héroïne sont dus à un déterminisme social, à la poisse ou bien à une succession de mauvais choix. Quel principe régit la vie à la dérive de Suzanne, cette rebelle sans cause, cette amoureuse intransigeante ? Est-ce l’inadaptation sociale, le refus des conventions, l’appel de la liberté ou son incapacité à être heureuse ? Suzanne fait beaucoup de mauvais choix, mais est-elle guidée par un funeste destin qui la dépasse ou agit-elle librement ?

Dès que l’on parle de liberté, surgit la notion d’inconscient, de programmations, de schémas de pensée et d’action qui ne nous appartiennent pas, de répétitions familiales qui dépassent notre vouloir conscient. Tant que nous sommes enchaînés dans les fers du passé, prisonniers de nos a priori ou de nos croyances inconscientes, nous ne sommes pas libres car nous ne sommes pas nous-mêmes, nous obéissons aux injonctions qui viennent d’ailleurs. C’est dans ce sens là que l’on peut se demander si Suzanne est tout à fait libre de ses choix, bien que cela soit elle qui, en apparence, décide de sa vie. N’est-elle pas le jouet implacable du destin ? Un destin qui serait écrit d’avance et ferait d’elle un objet balloté par les évènements.

Nous avons tous en nous une part de Suzanne. Nous avons tous des pensées, des paroles et des actes qui ne nous appartiennent pas mais que nous répétons, de façon inconsciente, par « fidélité familiale ». Nous avons toujours voulu éviter de répéter les erreurs de notre père, mais finalement, sans trop savoir comment ni par quel détour, nous nous retrouvons dans la même situation au même âge !… Tant que nous sommes ainsi enchainés au destin, nous sommes ballotés par la vie et nous ne sommes pas libres.

Regardez vivre autour de vous, observez ceux qui ne sont pas sortis de la gangue de l’inconscient, notez les choix qu’ils font mais qui leur sont étrangers, et vous serez capables de prédire, tel un oracle, leur destin. Tel est notre rôle d’humain, devenir soi-même et non pas vivre par procuration. Sortir du piège du déterminisme pour trouver notre libre arbitre, en dehors des modes, des injonctions, des courants de pensées, des poids du passé, des fatalités familiales, des pulsions autodestructrices, des répétitions, des culpabilités. Décider de son destin, c’est un travail de chaque instant et de toute une vie !…

Yolande Moreau: D'où vient son infini tristesse qu'elle porte comme un fardeau?

Yolande Moreau: D’où vient son infini tristesse qu’elle porte comme un fardeau?

 Chacun porte avec lui un fardeau qui ne lui appartient pas mais qui entrave sa marche et l’épuise. A titre d’illustration de mon propos, Jérôme Deschamps, l’auteur de la série « Les Deschiens », racontait récemment comment il avait engagé Yolande Moreau : « La première fois que je l’ai vue arriver lors d’un stage, je lui ai demandé de traverser la scène. Elle m’a dit : c’est tout ce que je fais ? Je lui ai répondu : c’était magnifique, parce que sans rien dire, vous m’avez raconté quelque chose de bouleversant. On dirait qu’avant d’avoir fait ces quelques pas, vous aviez fait 40 kilomètres à pied, sous la pluie, que vous avez été abandonnée par tous les hommes que vous avez aimés. Et ça se voit dans vos yeux, sans rien faire de plus ». Il a ressenti le poids du destin de Yolande. Mais ce fardeau fut, plus tard, transcendé, car elle l’abandonna sur scène et grâce à la scène.

Il nous appartient de comprendre les processus et les enchaînements des causes et des effets afin d’agir, librement, en conséquence. Un choix n’est libre que s’il nous appartient en totalité et en toutes connaissances de cause. Tout n’est pas en notre pouvoir, et nous n’avons pas toutes les libertés, mais du moins agissons pour acquérir la part de liberté qui nous revient et qui nous rend plus humain.

 

                              PRENEZ EN MAIN VOTRE DESTIN

                                                            ET

                                          BONNE ANNEE 2014