678 – LA LUBIE EGALITARISTE

Posted on juillet 24, 2017 par

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Chaque siècle a ses utopies. Le 21ème siècle veut l’égalité à n’importe quel prix et jusqu’au paroxysme. Les intellectuels et les media entretiennent aveuglément ce rêve de gommer les différences, sans en mesurer la portée.

Le 20ème siècle fut sous le signe de la liberté. Le rêve de liberté était symbolisé par le marxisme-léninisme dont la majorité des intellectuels européens assuraient la promotion. Cela donna naissance aux pires tyrannies et à 200 millions de morts. Malgré les goulags, les intellectuels affirmaient que le communisme était porteur de liberté, certains allaient même jusqu’à dire : « Il est interdit d’interdire ». Rares sont ceux qui furent capables d’autocritique. (lire chronique n° 677).

De l’égalité à l’égalitarisme

A l’aube de ce siècle, nous sommes passés d’une société pyramidale à une société horizontale, en réseau. Nous sommes tous membres du réseau et y avons accès, en toute égalité, 24h sur 24. Nos ordinateurs sont connectés sans unité centrale et sans mémoire centrale. Ce bouleversement modifie nos façons de penser. Internet a permis à chacun d’acquérir plus d’égalité, de ne pas se sentir exclus, de participer, de communiquer, de s’informer et de faire partie d’une grande communauté égalitaire. Nous nous réjouissons car nos sociétés avaient besoin de plus d’égalité.

Mais, une fois encore, il s’est trouvé une cohorte d’intellectuels pour faire de l’égalité leur nouveau leitmotiv. Ils en ont fait une idéologie, une sorte de religion avec ses dogmes, ses interdits et ses tabous. Rien de mieux, pour pratiquer une politique égalitaire, que de gommer les différences, que de niveler et d’éviter toute disparité. Nous sommes passés à l’égalitarisme, 

A l’école, bien sûr, il faut que chacun passe dans le même moule, reçoive la même éducation et le même enseignement. Il est interdit d’être un cancre et il est interdit d’être trop doué, il faut être moyen, sans talent spécifique, sans goût particulier, sans aspérité. Cet élève là est appelé aux plus hautes distinctions administratives.

 C’est avec cette philosophie que le système éducatif français ne permet pas le redoublement. Quoiqu’il arrive, chaque année, l’élève va passer dans une classe supérieure, de façon égalitaire. Peu importe si les élèves non motivés n’ont pas le niveau suffisant, ils sont assurés de monter dans « l’ascenseur social » chère à la république, sans qu’elle ne dise jamais où conduit cet ascenseur ! Les initiateurs de cette pensée croient que l’homogénéisation des talents et compétences conduit à l’égalité des chances !

Il conduit au baccalauréat, sorte de pochette surprise remise presque systématiquement et de façon très égalitaire à 90% de chaque génération. Mission accomplie : les enseignants qui ont procédé à ce canular se congratulent, en oubliant de dire que ces jeunes qui sont restés sur les bancs de l’école pendant 12 ou 13 ans, matin et soir, ne savent rien faire. Ils n’ont ni métier, ni compétence particulière, mais ils sont égaux. Nos intellectuels, qui ont pensé ce système, oublient aussi de dire que c’est de cette égalité factice que va naître la plus grande des inégalités. C’est à ce moment là qu’il n’y a pas de place pour tout le monde dans le même ascenseur !

Une culture indifférenciée

De leur côté, la mondialisation et la libération des échanges agissent dans le sens de l’égalité, de l’homogénéisation. Nous mangeons tous plus ou moins la même chose, nous portons les mêmes vêtements, sans aucune élégance, nous regardons les mêmes séries à la télévision et nous avons tous quantité d’amis interchangeables sur Facebook. Nous sommes des citoyens du monde et nous pensons tous la même chose puisque nous avons tous les mêmes sources d’information et les mêmes références.

 Le citoyen occidental moyen du 21ème siècle voyage beaucoup grâce aux compagnies d’avion dites low cost, anglais oblige, puisque c’est désormais le langage commun qui favorise les mélanges, les mixages, les brassages et finalement le métissage, c’est-à-dire ce que l’on fait de mieux dans le domaine de l’égalitarisme. On finira par tous se ressembler.

C’est partant de ce principe que les communautés nouvellement arrivées en Europe sont instamment priées de « s’intégrer », c’est-à-dire de se fondre dans la masse, de fusionner, de ressembler aux autres et de penser comme eux. Depuis la révolution française, les intellectuels ont toujours été des Jacobins et l’on sait ce qu’ils faisaient des têtes qui dépassent ! La culture égalitaire est la même pour tous, une sorte d’œcuménisme laïcque.

Dictature de la bienveillance

Selon ces mêmes penseurs, un gouvernement idéal serait celui qui compte autant d’hommes que de femmes, de jeunes que de vieux, un pourcentage représentatif de noirs et d’arabes, d’homosexuels, de transexuels, de divorcés, de chasseurs et de joueurs de pétanques, etc. Bref, l’égalitarisme, c’est la dictature de la bienveillance.

Les mêmes qui militent pour le maintien de la diversité naturelle et la sauvegarde des espèces, militent aveuglément contre la diversité culturelle, religieuse et raciale, au nom d’un principe d’égalité mal digéré qui se transforme en son côté sombre : l’égalitarisme. Combien de langues disparaissent chaque année, combien de communautés sont rattrapées par la « civilisation », combien de cultures sont sacrifiées sur l’autel de l’égalité ? La moindre différence devient une offense à la norme sociale et lorsque la tyrannie du politiquement correct prend en charge l’égalitarisme, la pensée est anesthésiée et la liberté menacée. Alexis de Tocqueville eut de profondes réflexions sur la difficulté de concilier liberté et égalité : « Les français veulent l’égalité, et quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l’esclavage ».

Telle est l’œuvre d’extermination en cours, sous la houlette des intellectuels bien-pensants. Au nom de l’égalité ils fabriquent de l’indifférencié, sans goût et sans saveur. Même les différences sexuelles les dérangent, ils plaident pour le neutre. En Occident, le 20ème siècle se déroula sous le signe de la mort de Dieu et du désenchantement, annoncé par Nietzche, après 15 siècles de christianisme triomphant. Le 21ème siècle sera celui de la mort de la richesse inestimable de l’humanisme, de la mort de l’Homme, annoncée par Michel Foucault, après 5 millénaires de progrès collectifs, pour rendre le monde meilleur, plus libre et plus heureux.

Nous entrons dans l’ère de l’absence de sens, de la techno-idolâtrie, l’ère du vide. Dans le domaine du transhumanisme, au-delà de l’homme, de l’homme-machine, du progrès technique sans dessein autre que le progrès lui-même, sans valeurs hautes, sans buts élevés, sans transcendance. Et pourtant, malgré tout, nous devrons trouver des moyens d’espérer et d’être heureux….