FAUT-IL S’ENGAGER ?

S’engager, c’est prendre le risque de se tromper ! S’engager en amour, s’engager en politique, s’engager professionnellement, c’est prendre le risque d’être trompé, trahi ou déçu… Mais peut-on ne jamais s’engager ?

Le principal risque que je vois dans l’engagement, c’est l’aveuglement, le fanatisme et l’intolérance. D’une certaine façon, l’engagement est totalitaire, il n’accepte pas la demi-mesure. Quand on aime, cela ne peut être à moitié. Dire « je l’aime bien », c’est une restriction telle que ce n’est pas de l’amour… De même, l’expression « je l’aime beaucoup » contient un adverbe de trop.

L’engagement en amour

Le verbe aimer se suffit à lui-même et dire « je t’aime » suppose un engagement total qui nous rend vulnérable face à celui ou celle auquel cela s’adresse. C’est un mot que l’on ne prononce pas souvent car il implique tout notre être, sans restriction. Derrière l’engagement en amour se cache toujours la peur d’être rejeté, cela peut même être ressenti par certain comme un aveu de faiblesse, une mise en dépendance…

De son côté, l’être aimé n’est pas partageur et peut même être tyrannique, comme un enfant face à ses parents. Nous avons tous, au fond de nous, ce fantasme et cette illusion d’être le seul aimé ou d’être le plus aimé de tous, comme on le voit dans les fratries. Derrière l’amour, se cache la jalousie, expression de notre peur la plus fondamentale qui est de ne pas être aimé ou de devoir partager cet amour.

Nous percevons bien que s’engager en amour, c’est prendre le risque de souffrir. La tentation, pour certains, peut consister à ne jamais s’engager. C’est ce que l’on observe chez les libertins et les séducteurs. Ils restent sur le seuil de l’engagement, ils peuvent prononcer des mots s’amour, mais qui sont sans signification pour eux. Ils peuvent partager la jouissance mais jamais les sentiments, comme si le risque était trop grand …

Le séducteur se protège et peut se vanter de n’être jamais vraiment malheureux en amour, précisément parce qu’il n’ose pas ou il a peur d’aimer. Mais finalement, ce manque d’engagement le laisse seul et l’empêche de connaitre le bonheur et la plénitude d’un amour partagé. Pour eux, l’amour est une prison dans laquelle ils ne veulent pas entrer…

L’engagement en politique ou en religion

L’engagement commence par un partage, par une sorte de communion dans les idées, dans les paroles et dans les actes. S’engager dans un parti politique ou dans une religion, c’est perdre une partie de son autonomie de penser, c’est abandonner volontairement son sens critique. Ici aussi l’engagement est une prison dans le sens où l’on ne doit plus penser par soi-même.

S’engager, c’est alors déléguer notre liberté de penser à un chef, à une organisation, à un parti, à une église, à un syndicat, peu importe l’instance supérieure qui devient vite totalitaire ! Qui peut citer un parti ou une religion au sein desquels il est autorisé de penser par soi-même ? Par définition, cela ne peut pas exister, car l’engagement nécessite un abandon de soi-même au profit d’une idéologie ou d’une croyance qui ne se discute plus.

Toute organisation religieuse, politique, syndicale, ou autres, pense à notre place et nous dicte des slogans, des dogmes et des croyances auxquels on ne peut déroger sous peine d’exclusion, c’est-à-dire d’être rejeté. Comme en amour, le rejet nous ramène à notre plus grande peur, celle d’être abandonné par papa et maman.

Comme l’amour, l’organisation nous emprisonne mais nous protège, car l’union fait la force. Nous y perdons une partie de notre individualité, mais nous y gagnons la protection du groupe. Nous avons entrevu ici l’éternel débat des êtres humains qui ont sans cesse à choisir entre la prison qui protège du doute et la liberté qui nous laisse seul au milieu des bourrasques de la vie.

Pour sortir des slogans, des dogmes et des idées toutes faites, nous pouvons choisir le non-engagement. On peut ainsi rester en marge des organisations humaines, simple observateur passif, témoin d’une époque sur laquelle on demeure sans prise. On analyse, on dissèque et on critique la société dans laquelle on vit, mais les mains vides, sans levier pour peser sur son destin. Tel le libertin qui ne parvient pas à s’engager et observe ses conquêtes sans être concerné…

L’engagement professionnel

Il y a ceux qui s’engagent à fond dans leur métier jusqu’à en perdre leur âme. Le boulot est la mission de leur vie et l’on dit d’eux qu’ils sont esclaves de leur travail. Ils peuvent être totalement identifiés à la société dans laquelle ils travaillent. Le travail devient pour eux à la fois un refuge et une prison. La structure de la société ou de l’organisation dans laquelle ils travaillent les protège et les aide à tenir le cap.

Comme pour tout engagement, on peut dire qu’un engagement professionnel fort constitue un refuge, une protection, une structure qui aident à tenir debout. Nous pouvons même dire, comme pour l’amour, que seul un engagement fort et exclusif conduit au succès et à la réussite. Mais, comme toujours, l’engagement rend vulnérable face à la direction de la société. S’il perd son travail, cela devient un drame personnel et… passionnel ! La déprime est au bout du processus.

Nous buttons toujours sur le même dilemme : devoir choisir entre l’engagement qui emprisonne et protège, et le non-engagement souvent peu efficace, voire stérile ! Celui qui refuse l’engagement professionnel fort sera plus libre mais moins efficace. Sa carrière sera entravée et il peut devenir amer ou jaloux de ceux qui ont su s’engager et qui ont « réussi », comme l’on dit…

Il préserve ses valeurs, il reste indépendant, libre d’esprit, non-engagé, mais plus vulnérable face aux aléas de la vie. Il peut travailler à son compte, jardinier, comptable ou informaticien, mais toujours modeste, suivant la devise « vivons heureux, vivons cachés » …

Comme je le dis souvent, à propos de bien des sujets, nous avançons dans la vie sur la lame d’un couteau. Les écueils sont à droite et à gauche, il faut jouer les funambules et ne pas tomber, avancer pas à pas… Mais, malgré nos prudences, il faut finir par choisir, l’engagement OU le non-engagement. Il n’y a pas de demi-mesure. Bien sûr, s’engager c’est prendre le risque de se tromper, mais ne pas s’engager, n’est-ce pas fuir, n’est-ce pas refuser les responsabilités, n’est-ce pas lâche ? J’ose une analogie : décider d’élever un enfant, c’est prendre un grand engagement, long, risqué, difficile et sans garantie de succès, mais c’est aussi ce qui donne du sel à vie … Une œuvre qui nous dépasse ! Osons nous engager…

Mais, attention, s’engager c’est aussi choisir, faire le bon choix et être vigilant !…

Par ailleurs, l’un pourra s’engager dans sa relation amoureuse et y mettre l’essentiel de son énergie, parfois aux dépens de son travail… Et vis-versa… On peut s’engager davantage en politique qu’à la maison !

 

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