1141 – ÊTES-VOUS TACTICIEN OU STRATÈGE ?

Avant d’entreprendre des études ou de choisir un métier, il est important de savoir si vous êtes davantage stratège ou tacticien. Le stratège voit loin et a des idées vastes, le tacticien a l’esprit pratique et concret. L’un a une vision globale et une approche mentale, l’autre passe à l’action et réalise. La grande erreur serait de confondre stratégie et tactique, l’idéal étant de posséder les deux talents afin de suivre la trilogie efficace suivante : objectif > stratégie > tactique.

J’aime bien cette citation de Sun Tzu dans son « Art de la guerre » qui résume tout à fait la situation : « La stratégie sans tactique est le chemin le plus lent vers la victoire La tactique sans la stratégie est le bruit qui précède la défaite ».

Nous avons tous en mémoire le nom de grandes figures de l’Histoire qui surent allier la vision stratégique et le sens tactique, avec des objectifs clairs. On peut citer, pêle-mêle, Jules César, Napoléon, Charles de Gaulle. A l’époque contemporaine, il saute aux yeux que le chinois Xi Jinping et le russe Poutine possèdent l’un et l’autre ce double talent.

Que dire de Donald Trump ?

A moins d’être un aficionado invétéré, nous avons de la peine à discerner sa stratégie, sauf celle qui consiste à flatter son ego ! il aime à répéter « C’est moi le boss ! » Côté tactique, c’est aussi flou et brouillon. Comment ? Le maitre du monde n’aurait ni stratégie, ni tactique ? Il se contenterait de gérer le pays le plus riche et le plus puissant en montrant ses muscles ? Est-ce à dire que Trump se contente de s’abriter derrière la puissance de son armée et de son économie, en guise de stratégie ? Son objectif serait donc de faire état de sa force et de s’approprier la puissance de son pays, condition nécessaire et suffisante pour gouverner.

On peut synthétiser la situation en concluant que Trump s’appuie sur le premier terme de la trilogie : l’objectif. En effet, il ne peut y avoir ni stratégie, ni tactique efficace, s’il n’y a pas au départ des objectifs clairs. L’objectif de Trump consiste à affirmer aux yeux du monde qu’il est « The boss » du pays le plus puissant du monde, et cela lui suffit comme stratégie !

Il peut changer d’avis, cela n’a pas d’importance car l’on pardonne tout aux puissants. A chaque changement de cap, il y aura toujours ceux qui admirent le coup de génie. Il peut imposer sa loi au monde entier car il est craint, comme nous avons pu le voir avec la nébuleuse affaire des droits de douane. En réalité, sa force ne provient que de la faiblesse de ses adversaires. D’ailleurs, les européens ont rampé à Washington, Van der Layen en tête, pour implorer ses bonnes grâces qu’il distribue avec parcimonie, au gré de ses humeurs, comme des miettes que l’on laisse aux mendiants…

Là est son génie ! Le mépris total des autres qui doivent être à son service. Montrer à tous qu’il est le plus fort et qu’il n’est pas nécessaire de discuter son bon plaisir, tel le Roi Soleil à Versailles !… Une sorte de démocratie totalitaire. Son plus grand talent finalement serait de bien connaitre la nature humaine, de ne se faire aucune illusion à son égard. Il sait d’instinct que les citoyens ne respectent que la force, tout le reste est du bla-bla-bla… Les règles, les lois, les us et coutumes, ne sont que de la poudre aux yeux pour faire plaisir au bon peuple…

Puis, il y eut l’épisode Iranien qui n’est pas terminé et dans lequel s’illustre à merveille le manque d’objectif, de stratégie et de tactique. C’est au milieu du gué que Trump en a pris conscience, après avoir été manipulé par Israël. Les Iraniens ont senti la faille. Une autre phrase de Sun Tzu, datant de plus de 25 siècles illustre la situation : « Il est de la plus haute importance dans la guerre d’attaquer la stratégie de l’ennemi plutôt que ses armées. » Ceci était d’autant plus facile que la stratégie était faible, voire inexistante. Donald Trump peut aussi méditer cette phrase : « Si tu te connais mais ne connais pas ton ennemi, pour chaque victoire tu subiras une défaite. »

Le but des Iraniens consiste à faire croire à Donald Trump qu’il est le vainqueur afin qu’il cède sur tous les autres sujets. En outre, qui se soucie en Amérique de l’Iran ? La majorité n’ont aucune idée de sa position géographique… Nous pouvons imaginer le sourire moqueur du stratège Xi Jinping qui, à l’autre bout du monde, observe la situation sans faire de commentaire… Le stratège sait attendre…

« Dans la tête de Macron »

Les grands dirigeants sont rares, car les trois qualités indispensables pour réussir sont rarement réunies chez une même personne. C’est bien d’avoir des objectifs, à condition qu’ils soient en adéquation avec les moyens disponibles. On peut avoir des visions grandioses, ambitieuses et très disruptives, mais c’est stérile si l’on n’a pas les capacités de les mettre en œuvre concrètement. Au contraire, l’on peut avoir le talent de la mise en œuvre, mais être à court d’idées neuves et originales.

Les Français ont eu le privilège d’observer en live la stérilité et l’incapacité de leur dirigeant à mener son pays vers un succès quelconque, qu’il soit, économique, industriel, sociétal ou diplomatique. Cet échec sur tous les fronts, après 10 ans de règne, est un cas d’école. Une catastrophe globale dont le pays aura des difficultés à se remettre.

Emmanuel Macron est un homme intelligent, diplômé, cultivé. Il a hérité d’un pays convalescent, après l’épisode médiocre de François Hollande, et une majorité de citoyens ont beaucoup espéré d’un jeune homme brillant et ambitieux. Après 9 ans de règne nous serions bien incapables de citer un seul succès, une seule réalisation notable, à mettre à son actif. Ce constat affligeant donne le vertige, d’autant qu’il est facile de citer tous ses échecs et tous les domaines dans lesquels la situation s’est beaucoup détériorée.

Comment expliquer ce phénomène, compte tenu de la personnalité du personnage ? Quelle qualité lui a-t-il fait défaut ? Il sait manier les grandes idées et ne manque pas d’objectifs ambitieux. C’est sur la base de ces objectifs et de ces promesses qu’il a été élu. Il sait faire rêver, tirer des plans sur la comète, il sait dire ce que chacun veut entendre, en bref il sait endormir le public. Comme tous les séducteurs, il peut dire aujourd’hui le contraire de ce qu’il disait hier, l’important étant de plaire et l’intendance suivra !

Ses objectifs sont donc confus et contradictoires. Comment, dans ces conditions, mettre en musique une stratégie cohérente ? Il navigue à vue et change de cap sans cesse. Il croit que les bonnes paroles et les belles phrases suffisent à endormir le peuple. Mais le peuple finit par se réveiller et ouvre les yeux. Il s’aperçoit, un peu tard, qu’il a été berné. Ayons recours une nouvelle fois à Sun Tzu : « Si les ordres que vous donnez à vos hommes sont clairs et cohérents, ils seront obéis. »

Donc, sans objectifs clairs, pas de stratégie efficace possible. Il reste la tactique à court terme, mais Emmanuel Macron ne semble pas avoir l’esprit pratique ni le sens du concret. Il est plus à l’aise dans les grandes idées pour pérorer dans les salons. Il a le sens des relations et Il aurait pu faire un bon diplomate, un bon ministre des Affaires étrangères.

C’est l’apanage des démocraties que de mettre au pouvoir des personnages qui n’ont pas les qualités pour diriger. Ils savent plaire pour être élu, mais n’ont pas la force de caractère pour gouverner. Ils sont capables de faire des promesses qu’ils ne savent mettre en œuvre. Ce dilemme constitue la grande fragilité des démocraties, car il conduit aux désillusions et aux déceptions qui nourrissent les futures dictatures.

Peut-on imaginer que Macron suive l’exemple de Zelenski dont la guerre lui permet de rester au pouvoir sans mandat démocratique ? Il aime les discours guerriers et se verrait bien en chef de guerre. C’est l’hypothèse analysée par Michel Fize, dans son livre qui vient de paraitre sous le titre « Dans la tête de Macron ». (1)

Entreprendre

Les grands entrepreneurs qui réussissent de façon éclatante, savent allier les trois talents, comme nous le démontrent chaque jour les pionniers de l’IA : Elon Musk à la tête de SpaceX, Sam Altman avec OpenAI, Jensen Huang chez Nvidia ou Dario Amodei dirigeant d’Antropic. Ce sont les noms les plus célèbres aujourd’hui, mais des milliers d’autres dirigeants d’entreprises qui réussissent savent fixer des objectifs, mettre en place une stratégie et planifier des tactiques.

A cet égard, Elon Musk, pionnier dans de nombreux domaines, constitue le modèle type du parfait entrepreneur sur le plan de la réussite. Il est capable d’objectifs extrêmement ambitieux, mais assortis de stratégies globales visionnaires et d’une capacité à mettre en œuvre plusieurs projets à la fois. C’est un cas exceptionnel et ce n’est pas étonnant qu’il ait donné à une de ses sociétés le nom d’un très brillant devancier Nikolas Tesla !

C’est cette capacité de jouer avec ces trois qualités qui devrait constituer le critère de base pour la sélection des futurs dirigeants. Les diplômes et le niveau d’intelligence ne sont que des outils au service de la trilogie entrepreneuriale. Nous avons tous connu des camarades brillants intellectuellement, avec des utopies plein la tête, mais sans aucun sens pratique.

Je pose comme hypothèse que le système de sélection des jeunes français, basé presque exclusivement sur la renommée des diplômes académiques, sans tenir compte des qualités personnelles intrinsèques, est à l’origine du déclassement industriel du pays et de son manque de dynamisme.

La renommée de l’école et les notes à la sortie déterminent la carrière. C’est ainsi que l’on retrouve à la tête de grands groupes industriels des patrons sans aucun sens stratégique, ou au contraire sans intelligence tactique. Les uns et les autres ne peuvent conduire leur société qu’au déclin.

Prenons quelques minutes d’introspection lucide. Regardons en face nos forces et nos faiblesses. Sommes-nous capables de fixer des objectifs clairs, d’élaborer une stratégie globale pour les atteindre et une tactique efficace pour les mettre en place ? Avons-nous la capacité de vision sur le temps long en fixant des objectifs clairs et, dans le même temps, savons-nous mettre en œuvre et contrôler les étapes pour y parvenir ? Cette prise de conscience va nous aider à mettre de l’ordre dans notre vie, à palier nos carences, et d’être plus efficace pour réussir …

  • Michel Fize, « Dans la tête de Macron», éditions Géopolitique Profonde

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