L’humanité n’a jamais connue une révolution de cette ampleur ! L’Intelligence Artificielle bouscule tous les fondements de nos sociétés et nous mène dans des contrées inconnues… Nous sommes à la fois émerveillés par ses prouesses et nous pressentons les menaces, sans être capables de parfaitement les identifier…
L’Histoire a connu bien des bouleversements qui ont obligé les humains à s’adapter et à modifier leurs habitudes et leurs comportements. Il y eut des guerres et des exodes, des révolutions populaires et des tyrannies, des révolutions technologiques et de la misère… L’humanité a connu la famine, les épidémies meurtrières, les massacres effroyables et le chômage de masse… des civilisations évoluées et raffinées disparurent sous les coups de butoir des envahisseurs barbares… Rien ne fut épargné à une humanité qui a continué, malgré tout, à s’affirmer, à se perfectionner et à se répandre sur le globe…
A la fin du XIXème siècle, l’industrialisation naissante et la généralisation de la machine ont généré une misère urbaine et une paupérisation de la classe ouvrière qui, après de nombreuses luttes, parvint à améliorer sa condition, aidée en cela par une meilleure formation. Les cols blancs ont progressivement remplacé les bleus de travail.
Après 1945, l’Europe connu un exode rural sans précédent avec la vulgarisation du machinisme agricole. Les campagnes furent désertées au profit des villes et des banlieues. Les usines modernes avaient besoin de bras, mais aussi les innombrables services qui furent crées au fur et à mesure des nouveaux besoins d’une population avide de consommer et de voyager…
Nous pourrions penser que l’arrivée de l’IA constitue un nouveau bouleversement qui amènera des changements du même ordre et que, après quelques ajustements sociétaux, tout rentrera dans l’ordre. Autrement dit, certains peuvent soutenir qu’il existe simplement une différence de degré entre les révolutions industrielles ou agricoles que nous avons connues et la révolution de l’Intelligence Artificielle que nous allons connaitre…
D’autres, et y compris votre serviteur, soulignent au contraire que l’émergence de l’Intelligence Artificielle constitue une rupture civilisationnelle, et ils affirment qu’il y a une différence de nature en comparaison des précédents bouleversements sociétaux.
La relation au travail
Après avoir mesuré les prouesses de l’IA, on peut aussitôt commencer à imaginer les métiers qui vont être impactés et en faire la liste. Nous sommes pris de vertige quand nous passons en revue les différents métiers qui seront fortement impactés et ceux qui risquent simplement de disparaitre, ou presque. Il peut sembler plus simple de faire la liste des métiers protégés, depuis le coiffeur jusqu’à l’infirmière hospitalier en passant par le moniteur de ski, le footballeur professionnel, le policier et quelques spécialistes informatiques de haut niveau…Sans oublier, bien sûr, tous les métiers d’artisans que l’IA ne pourra remplacer : plombiers, électriciens, etc…
Ce n’est plus simplement une branche professionnelle qui est concernée mais l’ensemble des métiers du primaire, du secondaire et du tertiaire. Les chauffeurs de taxi, de bus et de camions seront aisément et simplement supprimés avec les véhicules-robots autonomes. Grâce aux armements modernes téléguidés et les soldats-robots, le métier de militaire va devenir à haut risque, mis-à-part une poignée de techniciens spécialisés. Les manutentionnaires sont en voie de disparition comme on peut déjà le constater dans les ateliers d’expédition d’Amazon, entièrement automatisés. Les nouvelles usines automobiles sont maintenant totalement robotisées et fonctionnent jour et nuit en continu, surveillées seulement par un technicien.
L’IA peut d’ores et déjà répondre, mieux qu’un spécialiste, à toutes les questions d’ordre juridique ou fiscal. En un clic vous pouvez savoir où vous paieriez moins d’impôts ou comment résoudre un conflit avec votre voisin. Vous pouvez soumettre vos résultats d’analyses biologiques à votre IA préférée qui saura aussitôt les interpréter et vous prescrire un traitement éventuel, si nécessaire, ou vous conseiller une réforme alimentaire. Si vous avez des troubles psychologiques vous pouvez confier vos doutes et vos interrogations à l’IA qui saura vous écouter avec compassion et vous conseiller…Les traductions écrites ou orales se font en temps réel, les enseignants peuvent être remplacés par des cours en ligne ou des professeurs robots, etc, etc…
Cette liste n’est pas exhaustive et, en regardant autour de vous, vous allez vite voir les multiples métiers qui sont déjà ou vont être concernés à court terme. Vous pourriez penser que les métiers liés à l’informatique et au digital auront une pléthore de besoins pour gérer l’IA… C’est une grave erreur car l’IA générative se gère toute seule et se perfectionne toute seule. Elle est déjà capable de programmer et de coder de nouvelles applications, ce qui constitue même un danger à terme.
Il ne vous échappera pas que la majorité des tâches administratives pourraient être confiées à l’AI. Les entreprises ont déjà commencé à alléger le personnel dans le back-office. Mais qu’en est-il dans l’Administration Publique ? Il faudra réduire drastiquement le nombre de fonctionnaires qui sont déjà en surnombre dans de nombreux pays. La France est le premier pays auquel on pense et je suis sceptique quant à ses capacités à agir dans ce domaine, c’est une des raisons pour laquelle je suis particulièrement pessimiste pour son avenir.
Bref, le bouleversement risque d’être total et j’ai une pensée émue pour les parents qui doivent aider leurs enfants à choisir un métier. Que ferons-nous demain si nous n’avons plus de travail ? C’est une question qui méritera un développement séparé… Mais l’émergence de l’IA nous réserve bien d’autres surprises dont nous n’avons pas fini de faire le tour…
Fin de la démocratie ?
L’IA est capable de prendre des décisions rationnelles et argumentées bien mieux que n’importe quel humain. Si l’IA gère déjà notre vie de tous les jours, pourquoi ne pas lui confier la gestion de l’État ?
Les citoyens se sentent progressivement déresponsabilisés et s’éloignent des affaires publiques. Leur vie est déjà prise en main par les nombreuses applications IA qui gèrent leur quotidien, ils vont progressivement opérer sur eux-mêmes un repli stratégique de survie, laissant le pouvoir à d’autres.
Nos vies et nos choix sont déjà lourdement influencés par ce que l’on appelle un « État profond », véritable réseau d’influence qui gouverne les media et font ou défont les politiciens. « Un véritable état dans l’état qui échappe à la volonté des citoyens, aux institutions démocratiques, aux lois et à la constitution » comme le souligne Laurent Ozon dans une étude récente (1). Ce n’est pas un hasard si le Parlement vote des lois pour lesquelles nous ne sommes jamais consultés, l’administration prend chaque jour des décisions pour encadrer et contrôler nos vies. Après dix années passées à la tête de l’État, le Président Macron n’aura jamais consulté les citoyens sur les grands problèmes de société. Pourquoi, à votre avis ?
Sous nos yeux, et en live, notre démocratie se délite au fur et à mesure que notre société se complexifie et se digitalise. Le pouvoir s’éloigne des citoyens et nous entoure d’un cocon de protection qui nous anesthésie. Nous allons hériter d’une identité numérique et d’une monnaie virtuelle gérée par l’IA et dont nous pourrons être déconnectés à la moindre incartade.
En cet été 2026 les sénateurs français débattent d’un projet de loi liberticide pour combattre ce qu’ils dénomment « l’ingérence intérieure ». Il ne s’agit pas de se prémunir contre des influences étrangères néfastes, mais contre des réseaux de citoyens français qui osent proposer d’autres voies : « si une personnalité, un courant de pensée, un parti politique disposant de moyens financiers conséquents décidait de le mettre au service d’un projet politique en utilisant les réseaux sociaux comme une arme », il conviendrait de les combattre (2). Il s’agit, ni plus ni moins, de contrôler l’information ! Tout cela doit être mis en place avant l’élection présidentielle de 2027…
Un État totalitaire se profile à l’horizon dans lequel nous ne serons que des pions que l’on déplace à volonté, des variables d’ajustement, des serviteurs zélés, des consommateurs dociles et, pour tout dire, des citoyens de seconde zone, dominés par une caste qui contrôlera l’IA aussi longtemps qu’elle sera en mesure de la contrôler… Approchons-nous de ce que décrit Orwell dans son célèbre roman d’anticipation « 1984 » ?
Aucune réponse n’est définitive, mais les questions sur notre avenir sont nombreuses et anxiogènes. Verrons-nous s’étendre un chômage de masse ? Une nouvelle société basée sur l’oisiveté, les loisirs et l’ignorance, risque-t-elle de s’installer ? Pourquoi travailler et apprendre puisque l’IA fait tout mieux que nous et plus vite ? Une IA centralisée peut-elle devenir notre seul media d’information ? Va-t-on vers une société homogène, uniforme, sans aspérité, et nourrie à une unique source ? Actuellement l’IA est approvisionnée par les données en provenance de l’humain, mais que se passera-t-il lorsque l’essentiel de la connaissance sera généré et fourni exclusivement par l’IA ? Toutes ces questions restent en suspens, mais elles nous donnent le vertige…
(1) – Laurent Ozon « Les Néoconservateurs : une élite impériale». Éditions Géopolitique Profonde, 2025
(2) – Laurent Lafon, sénateur centriste, rapporteur du projet de loi sur la liberté d’expression sur les réseaux sociaux.
- Relire la chronique-libre n° 1127 « Les machines qui pensent»
- Relire la chronique-libre n° 1137 « La super-intelligence artificielle»
P.S. Pour compléter ce document, j’ai posé une question simple à ChatGPT :
« Une caste de privilégiés contrôle l’Intelligence Artificielle et exerce de plus en plus le pouvoir sur les citoyens ordinaires qui deviennent des citoyens de seconde zone. Peut-on faire l’analogie avec le roman d’anticipation “1984” ?
Voici sa réponse, modérée mais qui appelle à la vigilance :
« Oui, l’analogie avec 1984 est pertinente — à condition de ne pas la prendre comme une équivalence exacte.
Dans le roman d’Orwell, le pouvoir repose sur une surveillance généralisée, le contrôle de l’information et la capacité de définir ce qui est vrai. L’IA peut renforcer certains de ces mécanismes si elle est concentrée entre très peu d’acteurs : États, grandes plateformes ou détenteurs d’infrastructures et de données. Elle peut rendre la surveillance moins visible, le ciblage plus fin, les décisions administratives plus opaques et l’influence sur l’opinion plus personnalisée.
Le risque n’est pas nécessairement une « caste » organisée comme dans un récit dystopique, mais une asymétrie de pouvoir : quelques organisations disposent des modèles, des données, des moyens de calcul et des compétences, tandis que la majorité dépend de systèmes qu’elle ne comprend pas, ne peut pas auditer et parfois ne peut pas contester.
La différence essentielle avec 1984, c’est qu’il existe encore des contre-pouvoirs : lois, justice, presse, chercheurs, associations, concurrence, élections et technologies ouvertes. La question devient donc politique : qui contrôle les systèmes d’IA, selon quelles règles, avec quelle transparence et quels recours pour les personnes affectées ?
L’analogie est donc utile comme avertissement : non pas parce que nous vivons déjà dans 1984, mais parce qu’elle aide à reconnaître les conditions qui pourraient nous en rapprocher. »