5 – Pratique de la Démocratie

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Les vacances en famille permettent parfois de faire l’apprentissage de la démocratie. On se retrouve réunis pour quelques jours ou quelques semaines avec de grands enfants et leur conjoint, parfois avec des petits enfants, avec des frères et soeurs, des beaux-frères et des belles-soeurs. Comme nous sommes biens élevés, nous recherchons un certain consensus dans les petites décisions quotidiennes et nous voudrions instituer un espace assez grand de liberté et de démocratie. C’est ainsi que se trouvent soumises au débat des questions qui, en temps ordinaire, ne se posent pas:

– A quelle heure déjeune t-on?

– Où allons- nous cet après-midi?

– Qui fait la cuisine aujourd’hui ou qui fera la vaisselle ?

– Qui est d’accord pour aller au restaurant ce soir ? Que voulez-vous manger à midi ? Qui vient au marché avec moi ?

– Etc

Ainsi la moindre question pratique est soumise à discussion et chacun a voix au chapitre. Le débat s’anime dès la première suggestion. Si quelqu’un propose d’acheter du poisson, aussitôt un autre préfèrera des pâtes ou des saucisses au barbecue. Quand il s’agit de la vaisselle personne ne prends la parole !

Hier matin j’ai proposé que nous allions tous faire un tour à Gordes et visiter la magnifique Abbaye cistercienne de Sénanque, blottie dans un frai vallon du Lubéron. Fallait-il partir le matin même et passer la journée complète là-bas ou bien partir après déjeuner ? Certains préfèraient remettre à l’après-midi, d’autres préconisaient d’attendre le lendemain. La discussion était vive et chacun avait ses arguments. Le temps passait et l’on s’est rapidement retrouvé à l’heure du déjeuner, éliminant ainsi la première option…A quinze heure rien n’était encore tranché car si chacun avait son point de vue bien étayé, il était néanmoins soucieux de l’avis des autres ! Comme nous nous enlisions dans le ridicule j’ai fini par sonner le branle-bas et décider de partir à l’instant vers Sénanque: qui m’aime, me suive! Tout le monde a suivi, Dieu merci.

Nous sommes arrivés à Sénanque juste avant la dernière visite de 17 heures,puis nous avons traîné dans la librairie. Chacun ayant soif, nous avons réussi assez rapidement à obtenir une majorité pour aller boire un verre à Gordes. Sur place il a fallu choisir un café; les uns plaidaient pour la place du village, les autres préfèraient la terrasse de la Bastide de Gordes : sous mon injonction ce sont ces derniers qui emportèrent le scrutin.

La soirée était douce, Chantal émis l’idée de rester dîner sur place, sur la somptueuse terrasse. La discussion était relancée au point que nous avons oublié de remarquer la beauté du lieu et de profiter de la vue paisible sur la campagne du Lubéron alors que le soleil déclinait. D’autres alternatives furent ainsi proposées: rentrer à la maison ou aller dîner sur la place du village de Faucon dans le restaurant dont nous affectionnons la féerie des soirs d’été. Mais, n’ayant pu se décider à temps, il devint vite évident que nous arriverions trop tard. Finalement nous avons quittés Gordes et sommes arrivés à la maison après 21 heures pour finir les restes de midi !

Pendant que certains discutaient encore de l’avantage que nous aurions tiré des options que nous n’avions pas choisies, je méditais déjà sur les bienfaits et les méfaits de la démocratie en me promettant d’être beaucoup plus directif la prochaine fois. Je m’étais essayé au jeu de la démocratie et ce ne fut pas un succès! Je me suis souvenu de la fable: « mais il jura un peu tard qu’on ne l’y reprendrait plus ».

Il en est de même de nos dirigeants; il y a longtemps qu’ils ne croient plus à la démocratie, mais ils ne le disent pas. Ils se font élire avec des promesses qu’ils ne peuvent tenir. Puis ils ne nous demandent notre avis que sur des sujets futils. Aucune décision d’importance n’est jamais prise de façon démocratique. En France le mot « démocratique » n’est qu’un slogan marketing qui pare des plumes du paon un pauvre coq tout déplumé….

2 comments

  1. bonjour yves,

    A la lecture de cette journée, alors que j’ai toujours été pour la démocratie totale, je me dis « aïe », elle peut aussi avoir ses dérives et pour finir être une empêcheuse de réalisation.

    C’est beau, c’est noble de vouloir que tout un chacun puisse s’exprimer, donner ses besoins et envies, mais pour finir, l’essentiel à mon sens à force de tergiversations est un peu tombé à l’eau. C’est à dire : passer un bon moment tous ensemble à la découverte d’un lieu nouveau, de belle architecture et au diable l’heure du souper, etc…

    En politique, je maintiens qu’il faut une certaine démocratie, car autrement nous dériverions très vite vers une dictature. Il faut et ce n’est pas toujours évident puisque chaque politicien est à la base un homme, une femme avec son histoire trouver un juste milieu. Juste milieu entre ce que l’on demande aux gens de s’exprimer et entre ce que l’on impose. Nous devons aussi être gouverné par des gens qui n’ont pas peur parfois de s’imposer, de mettre un cadre, mais avec des vraies considérations pour le peuple et non pas par une simple histoire carriériste et d’ego personnel.

    C’est à mon sens l’exercice le plus difficile. Si je peux me permettre, ne laisse pas tomber entièrement le jeu de la démocratie, même si le premier essai ne fut pas concluant. Elle a aussi à mon sens un côté plus humaniste, moins dirigiste, même si on peut le voir, tout un chacun a aussi besoin d’un cadre sécurisant pour évoluer en toute liberté.

    Cela faisait bien longtemps que je n’étais pas repartie sur un discours politique et je dois dire que même si nous ne sommes pas forcément d’accord, nos joutes oratoires sur le domaine m’ont bien fait avancer.

    Merci à toi

  2. la leçon à tirer est qu’une décision trop rapidement prise peut amener la chienlit, voilà pourquoi une majorité élit des gens sur un programme que la minorité conteste après ensuite on construit un autre programme à la va vite et papatras, c’est la catastrophe pour tout le monde, personne n’est content et cela crée des discussions à n’en plus finir. Pourquoi ? parce que l’être humain n’est pas encore abouti pour savoir prendre des décisions fédératrices

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