La carte et le territoire

Posted on septembre 8, 2010 par

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Sur le point de savoir si Michel Houellebecq est un grand écrivain ou non, les français sont divisés aussi sur ce sujet. Je vous conseille à tous néanmoins la lecture de son dernier roman pour en juger vous même. C’est un livre symptôme : symptôme de la désespérance de l’auteur et de notre époque.

Lors de la première leçon en PNL on apprend que « la carte n’est pas le territoire » : Ce que nous montre Michel Houellebecq c’est que notre représentation du monde n’est pas la réalité. Il y a donc diverses façons de voir le monde selon les illusions que l’on se crée, comme il y a diverses façons de comprendre l’auteur, surtout si l’on en juge par la critique ! Mais finalement, selon le point de vue de l’auteur, le monde se présente « comme un dispositif rationnel, dénué de magie, comme d’intérêt particulier ».

Ma lecture de La carte et le territoire sera donc aussi assez personnelle. J’ai vu émerger deux thèmes, scandés par quelques phrases percutantes, souvent difficiles à contredire et qui peuvent choquer les biens-pensants :

1-     Tout est supercherie, mensonge et illusion, donc les activités humaines sont dérisoires.

La presse, « d’une stupidité et d’un conformisme insupportable ». Les théories économiques, « inconsistantes, hasardeuses, assimilées à du pur charlatanisme ». La sexualité, « la source de tout conflit et de toute souffrance ». Nous avons abandonné nos rêves et nos illusions dans les années 60, en même temps que Le Corbusier « construisait inlassablement des espaces concentrationnaires, divisés en cellules identiques tout juste bonnes pour une prison modèle ».

Bref le bonheur est tout à fait aléatoire et la vie faites d’occasions manquées : « La vie vous offre une chance parfois, mais lorsqu’on est trop lâche ou trop indécis pour la saisir la vie reprends ses cartes…S’il on veut y revenir plus tard c’est tout simplement impossible, il n’y a plus de place pour l’enthousiasme, la croyance ou la foi ; demeure une résignation douce, la sensation inutile et juste que quelque chose aurait pu avoir lieu, qu’on s’est simplement montré indigne du don qui vous avait été fait ». Cette seule remarque amère mérite méditation.

2-     Nous sommes les témoins du délitement individuel et collectif.

Ce roman est aussi « une méditation nostalgique sur la fin de l’âge industriel en Europe, et plus généralement sur le caractère périssable et transitoire de toute industrie humaine ». Michel Houellebecq se met lui même en scène dans son roman et devance le travail des critiques littéraires en se qualifiant de « vieux décadent fatigué » et plus loin de « débris torturé ». Le seul destin de l’humanité comme de toute vie, c’est la décrépitude et la mort ; tel ce mantra bouddhiste qu’il faut répéter inlassablement face à un cadavre en décomposition : «  Ceci est mon destin, le destin de l’humanité entière, je ne peux y échapper ». Tel est « ce sentiment de désolation » qui habite La Carte et le territoire.

Pour conclure « il ne faut pas chercher de sens à ce qui n’en a aucun ». A la lecture de ce qui précède vous pourriez penser que le dernier roman de Michel Houellebecq est particulièrement déprimant. Pas du tout, car il nous réveille de nos torpeurs et il nous montre ce que nous pourrions devenir si nous nous laissions tomber dans cette « résignation douce ».

Par une sorte de synchronicité, le livre de Michel Houellebecq sort en même temps qu’une chorégraphie de Guilherme Botelho au forum Meyrin à Genève et intitulée : La vie qui file à tombeau ouvert vers l’abîme. Quand je vous dis que tout est symptôme.

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