Quand le voile se déchire

Posted on septembre 23, 2010 par

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Il y a une semaine, Chantal s’est faite opérer d’un œil. Puis hier de l’autre œil. Aujourd’hui le voile s’est déchiré, elle a, prouesse technologique, retrouvé une  vision claire et multicolore.

Chantal promène désormais sur le monde un regard étonné comme une petite fille dans le palais des glaces. Elle s’émerveille de tout et principalement des couleurs et de la lumière. Elle s’est ainsi longuement extasiée sur les reflets de la lumière sur la peau lisse d’une prune bleue. Oui, sur une modeste quetsche, comme si elle eut trouvé une pièce d’or. Elle va donc de merveilles en merveilles et m’a fait découvrir la beauté des reflets sur une casserole en inox, puis la lumière prisonnière dans un verre d’eau ! Faites l’essai, je suis sûr que vous n’avez jamais regardé vraiment un simple verre à pied plein d’eau, ou alors il y a bien longtemps. Imaginez que vous êtes un peintre qui veuille représenter tous les mystères des jeux de l’eau et de la lumière….

Je me trouve soudain un abominable blasé qui ne sait même plus s’extasier devant les reflets de la lumière sur les objets. Chantal me fait voir ce que je ne voyais pas. Je me sens comme un malvoyant ; j’étais supposé avoir une bonne vue et aujourd’hui j’en doute. Son émerveillement est tel que je me demande si elle ne voit pas une beauté des couleurs qui ne m’est pas accessible. J’en éprouve une sorte d’handicap. Je croyais être un amoureux passionné de la beauté du monde, mais brusquement cet amour apparaît dans toute sa tiédeur : j’ai tout à réapprendre. Quand je lui ai dit que je la trouvais belle, elle m’a répondu: » Tu ne sais pas, tu ne t’es pas fait opéré! »

La lumière est un rayonnement dont la bande de longueurs d’ondes est extrêmement étroite sur la gamme de tous les rayonnements existants. Et c’est pourtant ce mince rayonnement là qui permet la photosynthèse. Sans elle nous ne serions pas là : la lumière, c’est la vie.

En déchirant le voile grisâtre de la cataracte Chantal a aussi retrouvé une nouvelle force, une nouvelle joie de vivre. Il faut dire que la lumière stimule l’humeur. Il suffit d’observer la fuite éperdue de nos concitoyens vers le sud chaque été pour s’en convaincre. En effet la lumière régule notre troisième œil, cette glande pinéale située dans l’axe du milieu du front. Cette glande sécrète la mélatonine qui préside à notre sommeil. Le manque de lumière conduit à la léthargie et à la déprime.

Grâce à l’expérience que vient de vivre Chantal, je prends conscience combien je me limitais, par paresse, par habitude. Je me suis laissé usé par la routine. Ce n’est sans doute pas par hasard (car il n’y a pas de hasard) si j’avais placardé sur ma porte il y a quelques mois cette phrase d’Arthur Schopenhauer qui m’avait interpellé : « Chaque homme prends les limites de son champ de vision pour les limites du monde ».

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Posted in: Psychologie, Santé