Futurs pays pauvres

Posted on octobre 15, 2010 par

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Futurs pays pauvres

Notre esprit dualiste et simplificateur  a tendance à séparer le monde en deux, d’un côté les pays riches que nous estimons arrogants et de l’autre les pays pauvres que nous imaginons humbles. Nous méprisons volontiers les premiers et sommes plein d’attention et de sollicitude pour les seconds.

Il est vrai que lorsque le pays riche est une grande puissance, il devient souvent impérialiste  et dominateur comme on l’a vu avec les puissances coloniales européennes à une époque, comme on le voit aujourd’hui avec les Etats-Unis et comme on le verra demain avec la Chine.

Mais il est bon de rappeler que l’on ne devient pas riche par hasard. La richesse ne tombe pas du ciel, elle est le fruit de cette trilogie qui se décline ainsi : travail, bonne gestion et bonne gouvernance. Nous avons donc tort de mépriser les pays riches: au contraire nous devrions les admirer et s’en inspirer comme modèles.

Le modèle que je cite souvent en exemple est celui de la Suisse. Un pays dont la seule ressource naturelle est l’eau, un pays couvert au 2/3 par des montagnes, une agriculture particulièrement défavorisée et difficile. Pendant longtemps la Suisse a été un réservoir de mercenaires pour les armées des pays limitrophes. La Suisse moderne est riche car elle a su conjuguer à merveille les trois clés du succès :

–       Le travail y est encore une valeur fondamentale, soutenue par un système éducatif de qualité formant des techniciens d’une grande compétence et des ingénieurs orientés vers les technologies de pointe. 42 heures de travail par semaine jusqu’à l’âge de 65 ans.

–       Une bonne gestion, basée sur cet axiome fondamental : on ne dépense jamais plus que ce que l’on gagne ; ceci est vrai pour toutes les institutions comme pour tous les citoyens.

–       Enfin, une bonne gouvernance, appuyée sur un fédéralisme qui respecte les langues, les religions et les cultures. Mais surtout une démocratie directe qui consulte régulièrement le peuple par voie référendaire pour toute question au niveau communal, cantonal ou fédéral. Inutile de faire grève et de brailler dans les rues, il suffit de voter.

Cette conjonction de facteurs a fait de la Suisse un des deux ou trois pays les plus riches du monde par habitant. Les salaires y sont en moyenne le double que chez ses voisins immédiats. La compétitivité a reçu cette année le prix d’excellence. Ses écoles d’ingénieurs sont en tête des classements internationaux. Le chômage est très faible et l’économie hautement performante. De ce fait la Suisse est jalousée car nous n’aimons pas le premier de la classe. Il conviendrait en fait de l’admirer et d’en tirer des leçons.

Selon le principe fondamental de cause à effet, les pays pauvres ne sont pas pauvres par hasard. Regardez autour de vous. Ils allient en général manque de travail, mauvaise gestion et gouvernance calamiteuse. L’Union Soviétique s’est effondrée pour ces trois raisons. Les pays pauvres, d’Afrique et d’ailleurs pèchent en général dans ces trois domaines. Les pays d’Europe à la traîne sont tombés dans les mêmes écueils et pas seulement la Grèce ou l’Irlande.

Il faut en général le travail de plusieurs générations pour qu’un pays devienne riche. Mais il peut devenir pauvre beaucoup plus rapidement, surtout à une époque où tout change très vite et où il faut sans cesse s’adapter. Aujourd’hui plusieurs pays européens sont confrontés à ce problème : le travail y est insuffisant ;  les Etats et les institutions  publiques sont endettés au-delà de leurs capacités de remboursement ; enfin les gouvernements sont prisonniers d’une démagogie chronique qui les empêche de dire la vérité au peuple et les oblige à continuer à verser des subsides tout azimut. Ces pays-là  sont de futurs pays pauvres et cela n’arrivera pas par hasard, c’est pourquoi ils risquent sans doute d’être traités comme la cigale de Jean de la Fontaine !

Que chacun veuille bien se reconnaître dans ce qui précède. La liberté est celle de pouvoir choisir son destin. Mais quand les nouveaux pays pauvres, après avoir dilapidé  la richesse de leurs aïeux et s’être endettés au nom de leurs enfants, viendront frapper à la porte des pays riches, nul ne devra se sentir coupable de ne pas leur ouvrir.

Sur le même thème vous pourrez lire la chronique intitulée « la fin du travail » et publiée ici le 22 septembre.

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Posted in: Economie