44 – La liste Noire des Sectes et Gourous

Posted on novembre 4, 2010 par

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Lorsqu’un groupe d’individus professe des idées qui ne sont pas les vôtres, la plus perfide des attaques consiste à répandre l’idée qu’il s’agit d’une « secte ». Les églises de toutes les paroisses ont, à travers les siècles, usé de cette exclusive qui fait mouche. Jésus lui-même a été accusé de faire partie d’une secte et nous savons ce qu’il lui en a coûté !

Plus près de nous les Vaudois, adeptes du fameux Valduz, furent estampillés  du mot de l’infamie. De même, plus tard, les Cathares … Les uns et les autres furent consciencieusement exterminés par une Sainte Eglise qui n’aime pas la contestation. Ensuite, les Protestants ont payé cher leur insoumission, mais ils ont survécu et proliféré au point qu’ils ont eux-mêmes essaimé en une multitude de sectes, en particulier dans les pays plus libéraux d’Amérique du Nord et du Sud.

L’Europe reste la grande spécialiste de la lutte contre les sectes, la France étant en ce domaine à la pointe du progrès, une fois n’étant pas coutume ! Elle a même créé une commission parlementaire qui œuvre tout azimut avec des méthodes que n’auraient pas reniés les bolcheviques ou le tribunal de l’Inquisition. De nombreux mouvements paisibles et inoffensifs  ont ainsi vu arriver chez eux, au petit matin, une patrouille digne de la gestapo qui cerne la maison, entre en force, saisit documents et ordinateurs puis embarque tout le monde pour un interrogatoire, sans oublier de priver l’association de tout moyen de subsistance en bloquant ses comptes en banque. Ceci est encore arrivé récemment à la remarquable association Terre du Ciel.

Peuvent être estampillées  « sectes » toute une palette de groupements qui ne sont pas dans la droite ligne de l’idéologie dominante telle qu’elle est diffusée à la fois par les « médias officiels » et par l’école obligatoire et laïc. Les cercles de spiritualité, les ateliers de développement personnel, les écoles aux méthodes alternatives et novatrices, les apôtres du végétarisme, les adeptes de la pensée symbolique ou les tenants des médecines douces sont tous des candidats potentiels pour figurer sur la liste noire des sectes. C’est ainsi que fut condamnée l’église de Scientologie dont je ne fais pas l’apologie mais dont je respecte les idées. Il est vrai que son slogan, Penser par vous-mêmes, était devenu particulièrement provocateur et insupportable aux oreilles des biens-pensants. Il est tout à fait intéressant de constater que les plus grands pourfendeurs des sectes se recrutent dans les milieux les plus intolérants comme les églises officielles, les partis politiques et même certains cercles scientistes.

Cela dit, ne soyons pas candides, il existe réellement des sectes qui peuvent être dangereuses. D’un point de vue psychologique, il est tout à fait intéressant d’étudier les mécanismes de dépersonnalisation qui permettent à un individu « normal et équilibré » d’être happé par une secte au point de perdre tout bon sens et tout contrôle de soi-même. L’erreur serait de croire que ce processus ne peut arriver qu’à des individus faibles, fragiles ou déstabilisés. Il est en fait assez facile de reconnaître une secte potentiellement dangereuse grâce à trois critères fondamentaux :

–       Tout d’abord la présence d’un leader intelligent, homme ou femme, habituellement vénéré par ses ouailles  pour ses « connaissances supérieures »et un savoir inaccessible  au commun des mortels. Le critère essentiel étant en général que le gourou reçoit des informations sous forme de songes, de rêves, de voix ou de médiumnité qui lui dictent ce qu’il convient de faire. Le gourou est méprisant pour ceux qu’il domine. Si le leader en question est friand de jeunes garçons ou de jeunes filles (ou bien les deux), c’est un indice supplémentaire.

–       Ensuite, quand un nouvel adepte arrive, on lui fait comprendre qu’il était « attendu » et qu’il est « appelé » à une grande mission. La secte a besoin de lui,  il y occupera un poste important, et le gourou se chargera en personne de son initiation.  A ce moment-là, l’ego du postulant se gonfle et il se fait piéger comme le corbeau de la fable.

–       Puis, étant devenu un « élu », le nouvel arrivant doit entreprendre une opération de purification qui consiste avant tout à couper les contacts avec ses anciens amis et sa famille accusés de le « polluer ». Il peut également lui être demandé de se déposséder de son argent, considéré comme un attachement matérialisme méprisant, mais ce critère n’est pas obligatoire car la gourou peut préférer le sexe à l’argent.

C’est ainsi que l’on devient facilement un zombie ayant perdu tout contrôle sur soi-même et « habité » par le gourou. Ce processus très simple est plus courant qu’on le croit et peut même très bien fonctionner  avec seulement deux personnes, un gourou et sa chose. La personne sous influence est généralement motivée par son ego, à la fois persuadé d’être indispensable et d’avoir accès à un niveau de d’élévation au-dessus des autres. Ce phénomène peut même survenir au sein d’un couple qui finit par vivre coupé de tous, en particulier de la famille  du conjoint sous influence car elle est supposée maléfique; il perd ainsi son autonomie et son libre-arbitre. Dans ce processus de dépersonnalisation il devient un véritable zombie, c’est à dire qu’il n’a plus son libre arbitre comme s’il n’habitait plus son corps. Le conjoint gourou décide de tout et sait tout à sa place et mieux que lui parce qu’il a des intuitions et des ressentis qui font qu’il « sait » certaines choses que le conjoint non initié ne peut connaître car, lui –bien entendu- il n’a pas encore l’élévation suffisante !  Ces gourous familiaux pourraient figurer sur la liste noire des sectes et gourous …

Le gourou n’est pas un tyran ou un véritable dictateur, c’est davantage un manipulateur qui cherche avant tout des admirateurs à sa dévotion; c’est souvent un individu à tendance paranoïaque qui se pare de toutes les vertus et doit se mettre à l’abri du monde pour ne pas être perverti ou persécuté. Le personnage « gouroutisé » serait en quelque sorte l’image du gourou dans un miroir; il est fasciné par le gourou car il lui ressemble. Il rêve aussi d’un destin au-dessus du commun des mortels; il n’est donc pas la pauvre brebis perdue, comme on le croit trop souvent, mais il est mû par son ego et fier d’avoir été choisi. On pourrait dire pour résumer que le personnage « gouroutisé » est un gourou en formation.

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