75 – La Violence au coeur des Hommes

Posted on janvier 17, 2011 par

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      L’agressivité est la composante indispensable qui accompagne nécessairement la sélection naturelle. Toutes les espèces doivent leur survie à une agressivité instinctive. Qu’il s’agisse de se défendre des prédateurs ou de s’emparer d’une proie, l’agressivité est la dynamique du développement de chaque espèce, y compris l’espèce humaine, ne serait-ce que pour défendre son territoire.

Il suffit d’observer le monde animal pour constater que l’agressivité est intimement liée avec la peur. Du point de vue physiologique, l’agressivité fait suite à une réaction de stress qui, à partir de l’hypothalamus, génère une cascade de réactions métaboliques. Sous l’effet du stress aigu l’organisme provoque un afflux d’hormones qui préparent au combat ou à la fuite. Les cellules musculaires reçoivent soudain un apport de glucose afin d’avoir plus de force pour lutter. Globalement donc, l’agressivité est une réaction de défense.

Mix&Remix, l'Hebdo

  Si le stress est permanent, il épuise rapidement l’organisme et l’agressivité devient chronique. Un climat permanent d’insécurité peut donc répandre un sentiment de peurs latentes qui rend les citoyens agressifs entre-eux comme on peut le constater dans certaines grandes villes. Cette peur peut être celle de perdre son emploi ou celle d’être attaqué au coin de la rue ou bien encore la peur de voir sa culture bafouée par d’autres ethnies. Les gouvernements ou ceux qui postulent pour gouverner auraient grand tort de sous estimer cette peur qui pourrait dégénérer en violence aveugle.

Comment passe-t-on de l’agressivité à la violence ? On peut dire d’une façon générale que l’animal est agressif sans violence. Seul l’homme serait capable de violence, c’est à dire de capacité de destruction au-delà de la simple défense et jusqu’à la folie. Je ne vais pas énumérer ici les innombrables violences que l’humanité a exercé depuis son origine. Elles sont toutes plus horribles et abominables les unes que les autres. Il semblerait que la violence soit enfouie au cœur de l’homme et qu’elle peut se réveiller à tout instant, même chez celui qui se croit le plus grand des pacifistes. A-t-il jamais existé une civilisation qui soit épargnée par la violence extrême ? Cette question me terrifie tant la violence est universelle.

Tout reposerait sur l’ambivalence fondamentale qu’il y a entre le Maître et le disciple, disons-le entre le père et le fils ou bien entre Caïn et Abel. Nous sommes tous mus par le processus d’identification et de mimétisme. Nous voulons, consciemment ou inconsciemment, ressembler à ceux que nous aimons, que nous admirons. Après s’être identifié nous devenons rival. La rivalité fait le va et vient entre la fascination et la haine. Finalement les rivaux désirent le même objet ou la même femme, comme dans les romans. Ils sont d’abord vaniteux, puis deviennent possessifs et orgueilleux. Le paroxysme de l’orgueil conduit à la violence et à la destruction. L’obstacle fait grandir la passion et « Iseult serait moins aimable si elle n’était pas la femme que l’on destine au roi ; c’est à la royauté, au sens le plus absolu du terme, qu’aspire au fond Tristan », comme le fait remarquer René Girard. Ainsi donc, tel serait le cheminement qui, de la vénération du disciple pour le Maître, conduit par étape à la violence réciproque. C’est pourquoi sans doute tant de guerres sont fratricides. La violence ne s’exerce jamais mieux que contre son semblable : les catholiques et les protestants, les français et les allemands, les israéliens et les palestiniens, les sunnites et les chiites, etc.

La violence que l’on ressent aujourd’hui au sein de monde musulman à l’encontre de l’occident et de ses symboles est une illustration de ce qui précède. On y retrouve tous les ingrédients : fascination exercée par le modèle occidental, rivalité mal vécue parce que le désir mimétique n’est jamais assouvi. Le disciple est frustré car il ne parvient pas à atteindre le même degré de jouissance matérielle que son modèle. Cette frustration se transforme en haine qui ouvre la porte à la violence : violence réciproque, violence unanime et finalement violence sacrée lorsque la violence se transforme en guerre de religion ou en affrontements culturels.

   Si les pays musulmans s’organisaient, se structuraient et travaillaient mieux, ils arriveraient au même degré de développement économique. Mais pour l’instant nous observons deux rivaux inconciliables, globalement le monde musulman et le monde judéo-chrétien. Le rêve enfoui au fond de chaque musulman serait de surpasser l’occident ; le rêve de chaque occidental serait de maîtriser le monde musulman. Les deux peuples sont dominateurs et l’un et l’autre rivalisent pour le même objet de désir : la domination. C’est pourquoi la présence occidentale en Irak et en Afghanistan ou l’appui inconditionnel à Israël contre les palestiniens est vécue comme une provocation permanente et inacceptable. De même, l’afflux incontrôlé de citoyens d’origine musulmane en Europe et leur refus de respecter les lois et coutumes locales sera de plus en plus inacceptable par les peuples. Ceux qui ne comprennent pas les enjeux en cours et les risques de violence que ces situations contiennent, ne sont ni dignes, ni compétents pour nous gouverner.

Citation du jour :

« Tout ce qui est commun dans le désir, ne signifie non l’harmonie mais le conflit…Plus la rivalité tragique se prolonge, plus elle favorise la mimesis violente, plus elle multiplie les effets de miroirs entre les adversaires ».

René Girard, La violence et le sacré.