77 – La Voix de son Maître

Posted on janvier 21, 2011 par

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L’Europe voudrait parler d’une seule voix afin d’être entendue. L’Europe a une monnaie commune mais parle presque 27 langues ! Comment peut-elle être comprise ?

Tous les empires se sont construits autour d’une culture dominante et d’une langue commune. Le Grec est resté mille ans langue internationale, après le règne d’Alexandre. L’Empire romain s’est imposé avec le latin utilisé par l’administration et les lettrés d’un bout à l’autre de l’Empire. Lorsque Charlemagne a constitué le saint empire romain germanique, c’est à nouveau le latin qu’il a imposé pour unifier l’empire. C’est encore le latin qui était parlé dans toutes les universités d’Europe jusqu’à la Renaissance. L’Empire Britannique s’est étendu sur tous les continents en même temps que l’anglais, symbole de l’unification. L’Union Soviétique a imposé le russe dans l’ensemble du territoire, y compris dans les pays satellites d’Europe de l’Est. Le mandarin est la langue officielle dans l’ensemble de la Chine et assure son unité. De même la langue anglaise est ce qui rassemble le plus la diversité du peuple américain.

Peut-on imaginer qu’un peuple puisse s’imposer et faire entendre sa voix sans langue officielle ? Il existe des pays avec plusieurs langues officielles comme au Canada, en Belgique ou en Suisse et cela peut fonctionner. Mais on constate en Suisse, par exemple, combien ce n’est pas simple d’avoir trois langues officielles. A moins d’être trilingue, ce qui n’est pas rare, mais néanmoins très minoritaire, c’est finalement une quatrième langue que l’on utilise le plus souvent lorsque l’on voyage en Suisse. Au sein même des sociétés de plus en plus internationales, c’est l’anglais qui devient la véritable langue véhiculaire.

  Mais au sein de l’Union Européenne, qu’elle est la langue officielle ? Officiellement il y aurait quasi 27 langues officielles ! Dans la pratique il y a trois langues de travail : anglais, allemand et français. Mais néanmoins il est nécessaire de traduire dans chacune des langues, les avis, délibérations, recommandations et décisions des innombrables commissions. Imaginez les armées de traducteurs, sans compter les erreurs de traduction et donc d’interprétation. On le sait, chaque mot a plusieurs sens, tout est dans la subtilité. Finalement donc l’Europe est soumise aux aléas de traduction de milliers de fonctionnaires apatrides !  Mesure t-on la stupidité et l’inefficacité d’une telle situation ? Il est de plus en plus évident qu’il faut à l’Europe une langue officielle. Mais laquelle ? Le plus simple serait de choisir l’anglais, mais c’est aussi hélas la langue du moins européen des pays de l’Union, et en outre cela accentuerait le poids de la culture anglo-saxonne. Le français, l’ancienne langue diplomatique, pourrait être candidat. L’allemand, la langue du Maître de l’Europe, serait une possibilité, si ce n’est la proximité de trop cuisants souvenirs. Faudrait-il revenir aux origines, à la langue source, au latin, si l’on suit la devise latine de l’Union Européenne : « In varietate concordia », c’est à dire, unie dans la diversité ?

 

Quoi qu’il en soit il est urgent de choisir et d’en tirer les conséquences. La langue officielle est celle qui doit être enseignée en priorité en tant que langue véhiculaire à l’école. On peut imaginer un enseignement totalement bilingue tel qu’il se pratique actuellement au Luxembourg. Chaque pays peut ainsi avoir deux langues officielles parlées par tous : la langue européenne commune et la langue nationale.

Tant que cette réforme linguistique n’est pas entreprise, l’Europe n’existera pas, ni dans nos têtes, ni dans celles des habitants de la planète. Si les 27 nations disparates poursuivent dans cette direction, nous resterons des pays confettis, sans voix, en marge du monde.

Citation du Jour :

« Mon destin est lié au verbe. Pour moi, la tâche de l’homme est d’accomplir une noce entre le verbe et la chair ».

Lorette Nobécourt

En nous la vie des morts.

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