130 – LA ROSE ET LE RONCIER …

Posted on mai 25, 2011 par

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Un jour une belle rose,
Dont la graine fut plantée
Par un jeune amant,
Grandit dans le lit
D’un roncier.
Celui-ci la couva,
Comme une mère aimante,
Jouant le jardinier
Pour sa belle invitée.
 Tige et feuilles
Tendaient leurs museaux
Vers le ciel,
Ombragé
Par le roncier.
 Nul prédateur
N’osait franchir
La ligne d’épines !
 Monsieur Roncier
Devint l’enclos
De damoiselle la Rose. 
 Tout allait bien et,
Quoique manquant
De belle lumière,
La jeune tige
Donna bouton :
 Un magnifique
Petit bouton
Doux et coloré ...
Monsieur Roncier,
Pourtant piquant,
Pour ce petit bouton
Devint charmant.
 «Ma douce, mon aimée,
J’aime te protéger.
Quand de petit bouton,
Rose éclose tu seras,
Accepteras-tu
De t’unir avec moi ?»
   Mais ...
Damoiselle la Rose
Rêvait de liberté
Et de jardins ensoleillés.
 Elle voulait être butinée
Par des bourdons énamourés.
Elle voulait être admirée,
Choisie, puis cueillie,
Par un amant charmant
Qui l’offrirait
 à son élue.
 Elle trouverait ainsi
Le sens de sa vie ...
 Monsieur Roncier
N’aima pas
Cette belle tirade.
Traitant sa jeune amie
De sotte et d’ingrate :
 «Comment ?
Je t’offre mon amour,
Te protège et t’élève,
Et tu préfères
Que l’on t’enlève ?
 Je te garderai
Au creux de mes épines
Et jamais regards, ou
Mains avides,
N’écourterons ta vie.
 Ta fleur pourra éclore,
Mûrir et même flétrir,
Toujours je serais là
Jusqu’au dernier soupir»
 «Mais, monsieur Roncier,
Vous qui dites m’aimez,
Comprenez-vous
Que je suis une rose ?
 Le but de ma beauté,
Qui donne sens à ma vie,
Est d’être le symbole
De l’amour des amants !
    Je vis si peu de temps,
Comparée à vous-même,
Eternelle je deviens
Lorsque je suis choisie
 Comme offrande du coeur ...
 Merci, monsieur Roncier
Des bons soins apportés
Mais si vous acceptiez
D’écarter vos épines
Vous m’offririez la joie
De pouvoir être "Moi"".
 Monsieur Roncier écoutait
Et, fronçant ses grosses branches,
Petit à petit étouffait
Celle qu’aimer il clamait.
 «Je t’aime, tu es à moi
Jamais tu ne me seras ravie
Par un jeune étourdi.
Je préfère te garder,
T’étouffer, et te tuer.
 Je t’ai protégée, 
Pour seul savourer
Ta grande beauté.
Toujours je te garderai,
Et petit à petit,
Poussière tu deviendras
Nourrissant mes racines.
Ainsi est mon amour :
Exclusif et très fort,
Je t’aime
A la vie à la mort».
 Damoiselle la Rose
Compris que jamais
Le soleil ne la dorerai ...
Recluse sous les épines,
Dans une cage sombre,
Son tendre bouton
Tomba silencieusement 
Comme une larme rose.
 Jamais monsieur Roncier
Ne vit sa grande beauté.
Sa possessivité
Tua la belle,
Le laissant amer et solitaire.
 Aimer sans faire d’ombre
Aimer et laisser libre
L’amour vrai est l’acte
Le plus désintéressé
Au monde ...
Posted in: Poésie