132 – LE PRIVILÈGE DE L’ÂGE

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                             Faut-il avoir 20 ans pour être heureux ? Il nous arrive à tous d’avoir quelques instants de nostalgie sur tout ce que nous pouvions faire à cet âge. Nous étions beaux et forts, c’est le privilège de l’âge, mais étions-nous réellement plus heureux qu’aujourd’hui ?

 De retour en Suisse, Chantal et moi avons profité du beau temps pour faire une promenade en montagne. Le spectacle était si beau que nous nous sommes assis dans une prairie de narcisses en fleurs. Imaginez le silence, le doux soleil de Mai et les champs de fleurs à l’infini. Une photo de champ de narcisses ne traduit pas toute la beauté. Il vous manque les odeurs et la douceur de l’air. Mais ce qui manque surtout, c’est le mouvement. Les milliers de narcisses ondulent au vent, les tiges s’inclinent l’une vers l’autre, comme si elles avaient quelque chose à se dire. C’est cela le murmure des narcisses : d’une infinie beauté.

Nous étions dans cette contemplation lorsque survinrent soudain deux jeunes hommes, la tête baissée sur leur « mountain bike ». Pas le temps de jeter un coup d’œil sur les prairies en fleurs. Ils n’étaient pas dans la contemplation mais dans la compétition. Le chronomètre ne permet pas la flânerie. A cet âge on recherche la performance comme si nous avions quelque chose à se prouver. Il faut avancer assez loin dans la vie pour comprendre qu’il n’y a rien à prouver, mais simplement à vivre.

Ainsi, pendant une grande partie de notre vie, nous avons besoin de quantifier, c’est à dire de mesurer. Nous

speed dating

 passons notre vie à mesurer le temps qu’il nous faut pour accomplir une tâche. La mesure d’une journée s’apprécie par la somme des tâches que nous pouvons réaliser. La performance consiste à faire beaucoup de choses en peu de temps. A l’école, au travail, et dans la pratique du sport, nous regardons sans cesse notre montre. Comme si la vie consistait à courir toujours plus vite. C’est ainsi qu’une partie de campagne peut se transformer en performance sportive. Deux jours de libre se traduisent par un week-end à New-York. Huit jours de vacances peuvent facilement contenir un trekking dans l’Annapurna ou un voyage itinérant en Chine. Cette génération pressée se dénomme des « city breakers », c’est à dire des citadins stressés qui voyagent comme ils feraient du zapping en regardant la télévision. Du fast-food au speed-dating, toute activité doit se faire dans le minimum de temps. Nous pourrions imaginer que ce gain de temps, hérité de la vitesse, permette un certain relâchement, mais en fait il ne sert qu’à entasser davantage d’activités dans la même période de temps.

La sagesse survient lorsque nous prenons conscience que nous n’avons rien à prouver, ni à soi-même, ni aux autres. Nous basculons alors du quantitatif vers le qualitatif et nous commençons seulement à apprécier la vie : c’est le privilège de l’âge. Un pique-nique dans un champ de narcisses devient la plus belle et la plus importante chose qui soit.. Nous ne mesurons rien et nous nous contentons d’apprécier le moment présent. Nous sommes alors capables d’entendre le murmure des narcisses.

citation du jour:

« La précipitation vient du diable; Dieu travaille lentement »

Proverbe Persan

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One comment

  1. Mon cher Yves;

    Je ne suis qu’à moitié d’accord: durant la premiére moitié de sa vie, on est condamné à prouver, et c’est trés bien ansi; c’est d’ailleurs comme ça que les choses avances (pas toujours comme il faut certe, mais enfin…) et c’est d’ailleurs ce qui nous donne les meilleurs satisfactions: penses a l’immense plaisir qu’on a eu à 10 ans à remporter , si je puis dire haut la main, le concours de celui qui fera pipi le plus loin,à 20 ans d’épater une copine en faisant crisser les pneus de sa 2CV dans un virage, à 30 de laisser bouche bée un importun par une saillie bien sentie….

    Ah ,que sont devenue tous ces plaisirs à la fois dérisoires et incommensurables? Et puis enfin, immagines-tu un jeune contempler un champs de narcisse(tu serais d’ailleurs le premier à lui faire remarquer qu’il ferait mieux de réviser son bac!), préferer un poisson cuit à la vapeur avec des broccolis, en lieu et place d’une bonne vieille ration de spaghettis carbo?

    D’ailleurs, observe bien qu’un enfant ne marche pas à 1 an ou 14 mois comme on le croit habituellement, mais disons à 6 ou 7 ans: avant , il saute, il se mets a 4 pattes, il court, bref il fait tout ce qu’on veut sauf marcher ou s’asseoir….

    J’ai compris l’immense plaisir que donne la vitesse et le mouvement en les perdant momentannément: suite à une piqure de tique, j’ai attrapé ce que l’on appelle communément la maladie de Lyme (méningo-radiculite pour les initiés), ce qui m’a quasiment paralysé pendant un mois: je connais donc parfaitement bien la contemplation et ne suis pas mécontent d’être passé à autre chose.

    Mais, tout propos excessifs mis à part, je comprends bien ce que tu dis, car le médecin à qui je disais que j’avais beaucoups de mal à marcher , à monter à escalier et à fortiori à courrir m’a dit etonné : « d’accord, vous ne pouvez pas courrir mais franchement , à votre âge et dans votre métier?…  »

    Bref il m’a fait comprendre qu’il était plus que temps de m’arréter de faire le con.

    Et bien de toutes mes forces je réponds :Non!!!!

    Cela dit je te rassure maintenant ça va à peu pres.

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