143 – LA LOI DU PLUS FORT

Posted on juin 24, 2011 par

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«  Nous le savons- et vous le savez aussi bien que nous- la justice n’entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d’autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder. »

Cette phrase célèbre  a été écrite par Thucydide, il y a 2400 ans, dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte. Rappelons les faits : une délégation Athénienne a débarqué sur l’île de Mélos, alliée de Sparte, mais qui désirait rester en dehors du conflit. Les Athéniens veulent exercer leur domination sur les Méliens et, dans ce texte cité plus haut, affirment le droit du plus fort à dominer. Devant le refus des Méliens, les Athéniens insistent et développent l’argument définitif et superbe : « Les dieux d’après notre opinion, et les hommes d’après notre connaissance des réalités, tendent, selon une nécessité de leur nature, à la domination, partout où leurs forces prévalent. Ce n’est pas nous qui avons  établi cette loi et nous ne sommes pas non plus les premiers à l’appliquer. Elle était en pratique avant nous ; elle subsistera à jamais après nous. Nous en profitons, bien convaincus que vous, comme les autres, si vous aviez notre puissance, vous ne vous comporteriez pas autrement ». Finalement les Méliens furent écrasés et massacrés et, peu après, Athènes fut défaite par Sparte et commença son déclin.

  Ce texte résume à lui seul toute l’histoire de l’humanité : c’est la loi du plus fort qui prédomine, en droit comme en pratique. Tous les Empires, sans exception, se sont édifiés sur cette doctrine depuis l’aube des temps jusqu’à aujourd’hui. En ce moment même se sont à nouveau les Grecs qui sont en état de faiblesse et les autres nations lui font bien sentir. La Grèce est sous la triple tutelle de l’Allemagne, du FMI et de la Banque Centrale Européenne et doit accepter toutes les contraintes qui lui sont imposées. Si elle refuse cette humiliation, elle retombera pour longtemps dans le sous-développement. Personne ne veut aider la Grèce, mais chacun veut sauver sa peau. Les plans mis en place n’ont pas d’autres buts que de se sauver soit même de la faillite générale. Les habitants de Mélos pensaient que Sparte enverrait des vaisseaux pour les sauver de l’attaque d’Athènes. Mais Sparte ne pensait qu’à lui-même et resta sagement dans les eaux du Péloponnèse à attendre les Athéniens.

  Depuis près d’un siècle, c’est l’Amérique qui est dominatrice et cherche à imposer son hégémonie sur le reste du monde. Il y a peu, elle intervint en Irak, puis en Afghanistan. Elle n’a de cesse de menacer l’Iran. Mais la domination coûte cher et tous les Empires finissent ruinés par leurs rêves de grandeur. Aujourd’hui la démocratie Américaine est menacée dans son hégémonie par l’oligarchie Chinoise. N’oublions pas que les déficits américains utilisés au service de sa grandeur, sont financés par la Chine qui possède la plus grande réserve de dollars. Nous verrons demain les Chinois imposer un plan d’austérité aux USA et les contraindre à la modestie, voire à l’humiliation. Il y a une analogie entre la démocratie Athénienne qui fût vaincue par l’oligarchie de Sparte. C’est en effet sans doute la faiblesse des démocraties en temps de crises qui les rend si vulnérables.

Pendant ce temps-là, l’Europe est hors-jeu car elle est sans force et sans ambition. Ce n’est pas son désir hégémonique qui la menace mais son absence de désir, son manque de vision. Est-ce de la sagesse ou le signe du renoncement ? Elle est même incapable de venir à bout de l’armée Libyenne. Quel aveu de faiblesse ! Non seulement l’Europe ne suscite plus l’admiration, mais elle se méprise elle-même. Qu’on le veuille ou non, que cela plaise ou que cela déplaise, nous ne respectons que la force. La vie, à tous les niveaux de son expression, n’est qu’une lutte pour l’excellence.

Citation du jour :

« Quand on voit celui qui pourrait le plus abuser de sa puissance rester fidèle à la modération, cela dispose les moins puissants à ne commettre ouvertement aucun excès ».

Xénophon (IV ème siècle avant JC), à propos de Cyrus