148 – Irrationalité, quand tu nous tiens !

Posted on juillet 6, 2011 par

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Aujourd’hui, petit billet d’humeur…

Première cliente de la journée (magasin Espace Renaissance, Morges), et je reçois de front, voire en miroir, l’irrationalité propre à chacun de nous. Surtout, l’exemple m’est donné une fois de plus que la communication est difficile lorsque deux individus ne fonctionnent pas sur le même registre. Mes cours d’analyse transactionnelle me l’avaient bien fait comprendre, mais j’avoue être toujours surpris quand cela se joue devant moi.

Je vous résume la pièce dont je suis un des deux acteurs : Madame recherche un gel douche, mais la douzaine proposée se révèle à son nez délicat avoir des parfums odieusement trop forts ! Les goûts et les couleurs… Je n’insiste pas… Enfin, un produit trouve grâce à son épithélium olfactif ! « Mais qu’est-ce que la silice qui se trouve dedans ? » me demande-t-elle inquiète ? « C’est un composé minéral présent dans notre corps et qui, utilisé en cosmétique, aide entre autre à faire pénétrer d’autres principes actifs » dis-je alors. Trop technique comme réponse, me dit intérieurement une petite voix. Et manifestement, oui: « Ah, mais ça pénètre dans le corps alors ?!? Mais je ne veux rien qui rentre dans mon corps !!! », etc.

Je vous passe mes pénibles tentatives d’explication, pour rassurer (du moins, c’est mon but conscient). Mais rien n’y fait, bien au contraire. Expliquer que se mettre un produit sur le corps implique en général qu’une part de celui-ci pénètre dans notre organisme, que même le parfum qu’elle porte s’inhale et par conséquent voit ses molécules chimiques s’inviter dans notre sang via les bronches… Je m’enfonce à vue d’oeil. Nous nous arrêtons là. Nos intuitions respectives sentent la tension s’installer et recommande de s’arrêter là.

Cette expérience m’enseigne une nouvelle fois ses leçons: communiquer, c’est ajuster et harmoniser nos « longueurs d’ondes »; la rationalité n’est en rien gage d’une bonne communication si l’un des acteurs fonctionne sur un autre registre; la différence de registre alimente doutes, peurs et suspicions. Cette cliente avait besoin d’être rassurée et j’ai alimenté ses craintes.

Autre prise de conscience que je fais chaque jour: de tous les rayons du magasin (santé, livres…), celui de la cosmétique stimule le plus la subjectivité et l’irrationnel. Pourquoi me direz-vous ? Mon hypothèse est la suivante: la cosmétique est l’industrie nous inondant sans doute le plus de « communications » en tout genre. Observez la prédominance de la cosmétique dans les espaces publicitaires TV, journaux ou internet ! C’est sans aucun doute l’industrie déployant le plus grand budget publicitaire au monde ! Cette force de frappe est considérable et imprègne fortement nos esprits. Et de quoi ? De pseudo discours scientifiques mensongers. Si, si, mensongers. Me souvenant de discussions avec un collègue psychologue travaillant dans le domaine publicitaire, j’en ai retenu que tout est fait pour stimuler justement notre irrationalité. Avez-vous remarqué à quel point la présentation des publicités TV de bon nombre de marques cosmétiques prennent des allures de science-fiction ? Nouvelle molécule, termes techniques et abscons,etc. Cette forme pseudo scientifique est en réalité là pour nous duper. Ce simulacre de rationalité ne sert en fait qu’à encourager nos penchants narcissiques et egotiques: c’est donc bien une manipulation (comme toute publicité me direz-vous). Du coup, quand je présente des arguments plus « objectifs » et scientifiques, dans le domaine cosmétique, cela induit souvent défiance et dénégation. Ce n’est en effet pas sur ce registre que nous avons appris à fonctionner dans ce domaine !

Je ne peux que vous inviter à prendre conscience et décrypter les différents registres sur lesquels nous fonctionnons et nous communiquons: c’est passionnant et très instructif ! Et cela nous permettra peut-être de mieux comprendre notre irrationalité, et relativiser celle des autres…

Au fait, la cliente a choisi d’acheter un gel douche qu’elle n’a pas pu sentir, mais dont elle a trouvé l’emballage rassurant… Irrationalité, quand tu nous tiens !