152 – LE MAÎTRE ET L’ÉLÈVE

Posted on juillet 15, 2011 par

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Êtes-vous du genre consensuel, respectueux des règles ou plutôt du genre contestataire, insoumis, indigné, voire révolté ? Remettez-vous en question ce que vous avez appris ou bien avez-vous tendance à conserver les valeurs et les idées de votre culture ou de votre éducation? Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour contester l’ordre établi, braver les interdits ou les idées à la mode partagées par le plus grand nombre ? Pour répondre à ces questions, il est peut-être nécessaire de repenser à votre enfance et à votre éducation.

Ce sont souvent les films les plus simples et les plus dépouillés qui sont les plus riches en contenu. Nous avons vu récemment un film d’Abbas Kiarostami dénommé « Où est la maison de mon ami ? » qui retrace la journée d’un jeune garçon de 8 ans dans un petit village isolé d’Iran. La beauté se trouve dans la simplicité du thème, sans aucun artifice, sans effets spéciaux et sans stars du cinéma. Mais c’est souvent dans les sujets les plus modestes que l’on puise les plus grandes leçons de vie.

Ce qui m’a frappé, c’est la sévérité avec laquelle cet enfant et ses camarades sont élevés. A l’école, le maître est respecté et craint ; il représente l’autorité dans toute son étendue. Lorsque le maître entre dans la classe les élèves se lèvent et plus personne ne bronche. Il est exigeant mais juste et n’hésite pas à punir. Aucun garçon n’ose défier son autorité. Disons que cette relation du maître à l’élève est représentée telle qu’elle pouvait être encore en occident dans les années 50. En famille on retrouve la même crainte de la mère ou du père et une obéissance sans protestation ni murmure qui nous étonne. On surprend même le grand père qui explique à un vieil ami comment il faut être exigeant avec les enfants et leur apprendre à obéir et, les battre si nécessaire ! Jamais nous ne voyons le moindre mouvement d’impatience ou d’agacement chez ce jeune garçon qui obéit à chaque exigence des adultes. Bien sûr, selon les critères d’aujourd’hui, ce type d’éducation nous paraît tout à fait excessif. Nous sommes aux antipodes de l’enfant-roi, il s’agit davantage de l’enfant-valet.

Il me paraît évident qu’un peuple d’enfants obéissants, respectueux des adultes, génère inévitablement un peuple d’adultes soumis à l’autorité quelle qu’elle soit. Des enfants élevés dans la crainte deviennent des adultes qui respectent toute représentation de l’autorité, qu’il s’agisse du chef de village, du représentant du gouvernement ou de la religion. Tant que la structure traditionnelle est en place, aucune contestation n’est possible ni aucun mouvement de révolte. J’en conclus que les sociétés, dans lesquelles l’éducation est basée sur l’obéissance et le respect, sont des sociétés dites « traditionnelles » et peu évolutives mais d’une grande stabilité. Il est plus facile donc d’établir un régime politique autoritaire ou bien oligarchique dans des pays où les enfants sont élevés dans l’obéissance et la soumission. Telle fut la situation en Europe pendant des siècles et tel est, aujourd’hui encore, le système éducatif dans les sociétés traditionnelles.

J’en viens même à penser que la démocratie est la résultante d’une éducation moins contraignante et moins « castratrice ». Les peuples s’éveillent lorsque les enfants commencent à désobéir ! C’est dans l’enfance que l’on apprend à briser les tabous et à critiquer les ordres. Cela serait donc une éducation plus souple et plus permissive qui aurait permis aux démocraties d’éclorent. Mais aujourd’hui, en occident, il est devenu évident à tous les éducateurs que la jeunesse est hors de tout contrôle. Elle refuse a priori toute règle et tout interdit et ne semble pouvoir s’épanouir que dans la transgression. Il en résulte, comme chacun peut le constater, des démocraties ingouvernables dans lesquelles le peuple fait sans cesse des caprices d’enfants. Pour combler ces insatisfactions permanentes les politiques en viennent à pratiquer une démagogie ruineuse dans laquelle nous sommes en train de sombrer. Lorsque nous voyons le comportement des enfants d’aujourd’hui et le laxisme des parents et des maîtres, nous pouvons être légitimement inquiet pour demain….

Ce film dont je viens de parler date de 1987, après la révolution Islamique de 1979 qui n’a été possible que parce qu’elle était dictée par le Guide Suprême auquel il fallait obéir. Le régime mis en place après le Shah fut beaucoup plus totalitaire car personne n’avait appris à désobéir. Les temps changent et les choses bougent, surtout à Téhéran, car il est de plus en plus difficile d’élever les enfants dans la crainte de l’autorité, fut-elle ecclésiastique.

Citation du jour :

« Par toute son éducation, par tout ce qu’il voit et entend autour de lui, l’enfant absorbe une telle somme de sottises, mélangée à des vérités essentielles, que le premier devoir de l’adolescent qui veut être un homme sain est de tout dégorger. »

Romain Rolland, dans Jean Christophe