153 – LE NOEUD COULANT

Posted on juillet 18, 2011 par

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ETAT PROVIDENCE

            Les nations occidentales sont ruinées et obligées de quémander de l’aide à la Chine. L’Etat-Providence, la fierté de l’occident, nous a mis sur la paille. Nous avons commis l’erreur fondamentale de croire que nous étions encore riches et nous avons continué à dépenser comme du temps de notre splendeur. 

J’ai connu, dans mon enfance, quelques vieilles familles aristocrates dont la fortune avait été laminée par les guerres, les dévaluations et les impôts. Néanmoins elles continuaient à vivre grand train, comme si les temps n’avaient pas changés, refusant obstinément de voir la réalité en face. Naturellement elles finirent complètement ruinées et démunies. Nous considérons comme naturel de commencer par être pauvre puis de devenir aisé, mais il nous est très difficile d’accepter que nous pouvons devenir pauvre après avoir été riche. De même, certains n’acceptent pas de vieillir après avoir été jeune.

La splendeur de l’occident a pris fin dans les années 80, lorsque nous avons commencé à perdre en compétitivité face aux pays émergents. En même temps, au cours des trente dernières années, les démocraties occidentales se sont mises à distribuer des subsides tout azimut. Les partis politiques se sont lancés dans une surenchère démagogique pour acquérir les voix des électeurs afin d’accéder au pouvoir. Ainsi, gouvernement après gouvernement, les promesses étaient de plus en plus mirifiques. Pour prendre la place de celui qui est au pouvoir, il faut promettre plus. Le peuple n’avait pas de soucis à se faire, puisque l’Etat prétendait tout prendre à sa charge, comme si l’argent coulait de source : l’éducation, la santé, le chômage, les handicaps, les retraites, sans compter une pléthore de fonctionnaires, souvent aussi inutiles qu’inefficaces.

Pour financer toutes ces dépenses, il fallut augmenter les impôts et les cotisations de toutes sortes auprès de ceux qui travaillaient. Mais bien vite les recettes furent insuffisantes pour satisfaire toutes les promesses et les citoyens ne tardèrent pas à ployer sous le poids des charges. La première conséquence fut une augmentation vertigineuse du coût du travail. Ce n’était pas tant les salaires qui augmentaient que les charges et impôts afférents. Il s’en suivit une hausse des coûts de production, à tel point qu’il devint plus économique pour chacun d’acheter des produits fabriqués à l’étranger. Ce fut le début de la fin : nos entreprises perdirent leur compétitivité et, pour survivre, durent aller elles-mêmes faire fabriquer à l’étranger. Profitant de l’aubaine, de nombreux pays émergents se sont rapidement industrialisés et sont devenus des compétiteurs redoutables. Nous avons ainsi généré un chômage de masse qui obère d’autant les budgets sociaux, en même temps que nous assistons à un vieillissement de la population et un allongement de la durée de vie. Il en a résulté un cercle vicieux qui fait donc que les charges induites par la baisse de la compétitivité entraînent une nouvelle baisse de compétitivité.

 Face à cette situation alarmante, il eut fallu redresser la barre et prendre des mesures énergiques d’économie. Au lieu de cela, les gouvernants ont volontairement caché au peuple la gravité de la situation et ont comblé les déficits publics en recourant à l’emprunt.

Emprunter pour investir peut constituer une excellente stratégie pour préparer l’avenir, mais emprunter pour financer les dépenses de fonctionnement est une attitude suicidaire et irresponsable. Chaque année le budget des principaux Etats devint lourdement déficitaire, de l’ordre du tiers des recettes, comme nous l’avons vu pour la France dans la chronique libre 150. Après 30 ans de déficits chroniques, le cumul atteint des sommes astronomiques qu’il devient impossible de rembourser. Nous en sommes arrivés au point où il devient de plus en plus difficile de trouver des prêteurs. Ceux qui prennent le risque de prêter le font avec des taux d’intérêt  plus élevés : c’est le nœud coulant qui se resserre.

Bien entendu, ceux qui se sont fait élire sur des promesses trompeuses ne font pas leur mea culpa. Au bord de la catastrophe, ils accusent en vrac : le capitalisme, l’économie libérale, les agences de notation, les financiers ou le précédent gouvernement. Tout cela est grossier et puéril. La responsabilité fondamentale est double : elle incombe en premier lieu à l’irresponsabilité des hommes politiques qui ont dépensé l’argent qu’ils n’avaient pas ; elle incombe également aux électeurs qui ont succombé aux charmes des mensonges et des promesses inconsidérées. Cet état de fait remet fondamentalement en cause le système de la démocratie représentative qui, d’une part, déresponsabilise le peuple et, d’autre part, conduit à la surenchère démagogique. C’est une des raisons pour laquelle nous plaidons pour la démocratie directe qui consiste à consulter les électeurs sur les grandes questions de société.

Citation du Jour :

« Ne soyez ni un emprunteur, ni un prêteur ; car souvent on perd le prêt et l’ami, Et l’emprunteur…

William Shakespeare ; extrait d’Hamlet

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