158 – LE BONHEUR A-T-IL UN PRIX ?

Posted on juillet 29, 2011 par

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Dans notre monde occidental, nous avons appris à tout mesurer, à tout comparer. Notre civilisation est celle du quantitatif. La valeur de toute chose ne s’apprécie que si on peut la mesurer ou la peser. Ainsi en est-il de la valeur des hommes.

Vous avez remarqué comment nous nous définissons les uns et les autres. Nous parlons de niveau de vie, de quantité d’argent, de la cylindrée de notre voiture, de nos performances sportives, du poids de nos diplômes, de notre quotient intellectuel, etc. Nous allons jusqu’à nous définir en fonction du nombre de nos amis, comme sur facebook ! Tout se quantifie et se mesure, croyons-nous, comme tout s’achète. Des experts prétendent mettre en chiffres le bonheur des gens. Finalement, dans notre monde, l’argent demeure la mesure de toute chose. Nous finissons par croire que toute valeur est nécessairement marchande. Nous voudrions acheter notre bonheur, mais il nous file sans cesse entre les doigts. Pendant une grande partie de notre vie, nous courons après cette illusion que tout s’achète.

Puis, nous réalisons enfin que ce qui a le plus de valeur, c’est tout ce qui est gratuit. Mais nous avons pris l’habitude de mépriser ce qui est gratuit. Regardez le sommeil, le plus réparateur des cadeaux de la nature, nous n’avons pas toujours su profiter de ses bienfaits et nous l’avons souvent négligé. C’est comme l’eau de source ou l’air que nous respirons. C’est vital, c’est gratuit, et c’est sans doute la raison pour laquelle notre génération a pollué l’eau que nous buvons et l’air que nous respirons. Nous ne respectons pas ce qui est gratuit. Le chant des oiseaux, n’est-il pas léger et merveilleux ? Mais nous avons laissé polluer la terre, au point qu’en certaines régions il n’y a plus d’oiseaux qui chantent.

Le rêve et l’imaginaire sont gratuits, mais à l’école on fait la chasse aux rêveurs et aucune place n’est prévue pour laisser s’exprimer notre imagination. Nous sommes notés sur ce qui est juste ou faux. Le « programme » a été fait par des Messieurs très sérieux pour lesquels  2 et 2 font toujours 4 ; un point c’est tout. Il faut avoir les pieds sur terre et pour décrocher les diplômes, il faut savoir compter.

Et l’amour ? N’est-il pas gratuit? L’amour entre les êtres, l’amour des autres ou l’amour du beau ou du vrai. Mais qui nous apprend que l’amour est fragile et qu’il mérite toute notre attention ? Jamais personne ne nous explique que l’amour est un cadeau précieux, un don du ciel dont il faut prendre un soin quotidien. Nous expliquons aux jeunes la physiologie de l’amour, réduit à une libération d’hormones et à l’acte sexuel. Mais qui leur enseigne sa beauté, sa valeur profonde, son aspect sacré ? Non, pour notre société, l’amour coule de source ; il suffit de se servir et nous pouvons même le gaspiller, comme nous gaspillons l’eau de la terre : c’est gratuit, et nous croyons que l’un et l’autre sont inépuisables.

Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que nous courions toute notre vie à la recherche du bonheur. Plus nous y mettons le prix, plus il s’éloigne. Plus nous montons les enchères, plus il nous échappe. Jusqu’au jour où nous réalisons que le bonheur est gratuit et qu’il ne s’achète pas. Il est intimement lié à l’amour de la vie, à la joie de vivre, à l’émerveillement permanent que procure la vie. Le bonheur ne se mesure pas, sa valeur est immatérielle, il suffit de l’accepter comme on accepte le jour qui se lève. Le bonheur, comme l’amour, ne se développe que si on sait l’apprécier.

Lorsque l’on a atteint cet état d’esprit dans lequel nous savons mieux apprécier ce qui est gratuit, ce qui ne se mesure pas, comme la vie elle-même, nous approchons le sacré. Nous sommes prêts pour découvrir que le bien le plus sacré et le plus précieux se situe en nous, au niveau de l’âme. Ce cadeau gratuit, si spécifique de l’espèce humaine, c’est notre dimension spirituelle. A ce moment -là, aucun de nos actes n’est dérisoire car il s’inscrit dans un cadre plus vaste qui dépasse notre esprit de boutiquier qui mesure, pèse et sous pèse. Nous quittons la quantité pour la qualité.

Citations du jour :

« Celui qui sait une chose ne vaut pas celui qui l’aime. Celui qui aime une chose ne vaut pas celui qui en fait sa joie. »

Confucius – Entretiens, VI- 20

« Ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux ».

Mère Térésa