170 – MÉFIEZ-VOUS DES DOGMES

Posted on août 26, 2011 par

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Nous avons, les uns et les autres, hérité de quelques croyances qui proviennent de notre culture familiale et de notre éducation. Ensuite, l’expérience de la vie nous a permis d’acquérir quelques certitudes. Mais globalement nous ne sommes sûrs de rien.

Malgré cela, autour de nous, les gens qui « savent » ne manquent pas. Pourtant, j’ai souvent constaté que, individuellement, nombreux sont ceux qui doutent. Mais curieusement, dès qu’ils adhèrent à un groupe, une association, un parti ou une chapelle, ils commencent à affirmer. Ils répètent les slogans du groupe, sans aucune discrimination. Or, les humains sont des animaux sociaux qui cherchent à former des groupes. Ceci fait qu’ils se trouvent souvent en situation de répéter des phrases toutes faites. Tout se passe comme si le groupe pensait à notre place. Nous avons ainsi facilement tendance à déléguer notre jugement et notre bon sens. Il existe une sorte de loyauté vis à vis du groupe qui nous interdit de penser par nous-même. Les membres du groupe sont liés entre eux par une sorte de ciment qui donne la cohérence au groupe. Nous perdons ainsi une partie de notre individualité pour le meilleur et pour le pire.

Nous avons tous vécu l’expérience de se sentir « avalé » par un groupe et de s’y perdre. Nous avons tous connu des situations dans lesquelles, « penser par soi-même » était vécu comme une trahison. Pour que les membres du groupe soient soudés, il est impossible d’avoir un jugement critique, sinon nous sommes exclus. Le groupe est une entité plus forte que chacun des membres et il exerce son pouvoir et parfois sa tyrannie. Je n’ai personnellement jamais rencontré des exceptions à cette règle. Nous sommes donc obligés d’aboutir à cette conclusion : le groupe rend fort et c’est pourquoi nous avons besoin de lui, mais le groupe rend bête car il interdit à notre intelligence de s’exercer. Les groupes de supporters sportifs illustrent à merveille mon propos en atteignant le degré le plus élevé de la stupidité.

Pour consolider sa cohésion, le groupe édicte généralement des règles, il rédige une profession de foi, il se fixe des objectifs et il établit des dogmes. Les religions sont parmi les groupes les plus puissants et leurs dogmes sont capables de traverser les millénaires. Nous arrivons à cette constatation que la pérennité des groupes est assurée par les dogmes les plus intangibles et qui sont défendus avec le plus d’intolérance. Il se peut que, sans les persécutions qui ont émaillé son histoire, sans les guerres de religion, sans l’inquisition, sans l’extermination des Cathares et des Vaudois, sans la Saint Barthélemy et sans les croisades, l’Eglise Catholique aurait disparu depuis longtemps. Les dogmes n’ont permis aucune critique et aucune discussion, mais ils ont rigidifié et consolidé la religion en assurant sa longévité. Ainsi, des générations de croyants, de toutes les confessions, récitent les mêmes litanies, sans protestation ni murmure.

Les groupes humains, dès qu’ils se structurent, deviennent vite totalitaires, exclusifs,  intolérants, dogmatiques. Ainsi en va t-il du communisme, du socialisme, du féminisme, du libéralisme, du scientisme, de l’islamisme et de bien d’autres. Les partis politiques sont aussi des groupes fermés dans lesquels il faut répéter des slogans vides auxquels personne ne croit. Il s’agit de constructions mentales qui imaginent un monde virtuel, coupé de la réalité. Ils érigent des théories qui deviennent la bible de chacun des membres. Et, in fine, l’on en vient à demander à la réalité de se conformer aux théories. Il n’est pas étonnant donc que nous soyons collectivement si mal gouvernés.

Nous sommes tous confrontés à ce dilemme qui nous offre deux possibilités : soit nous nous engageons en faveur d’une cause et nous adhérons à un groupe dans lequel notre intelligence sera annihilée à force de répéter des phrases toutes faites ; soit nous choisissons de rester frileusement et lâchement en retrait, sans engagement fort, en regardant le monde comme au spectacle. Notre situation est donc tragique car nous avons à choisir entre la bêtise et la lâcheté.