171 – COMMENT L’OCCIDENT S’EST ENRICHI ?

Posted on août 29, 2011 par

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Généralement, on ne devient pas riche par hasard ! Les facteurs qui ont permis à l’occident de s’enrichir pendant des siècles méritent d’être analysés, à une époque où il apparaît que ce cycle d’enrichissement soit arrivé à son terme.

Lorsque l’on survole rapidement l’histoire de l’occident, nous constatons que trois facteurs importants ont dominé son développement : tout d’abord le goût de l’aventure, de la

aujourd'hui, la main d'oeuvre abondante et bon marché est en asie

découverte, de l’invention, c’est-à-dire le goût de s’enrichir ; ensuite, la présence d’une main d’œuvre abondante et bon marché ; et enfin, l’accès  à des matières premières et des sources d’énergie à bas prix. Les premières sociétés organisées européennes, à Athènes et à Rome, ne manquaient pas d’ambition, disposaient d’une grande quantité d’esclaves prélevés sur les territoires conquis. Ceux-ci constituaient à la fois la main d’œuvre et la source d’énergie avec l’âne. Rome n’a pas hésité à dérober l’or des Gaulois. Puis vint la maîtrise de l’énergie de l’eau et du vent. Par ailleurs les métaux étaient abondants dans la nature. Ce fut le début de l’enrichissement au profit exclusif d’une oligarchie.

Dans ces conditions les sociétés européennes se sont lentement développées jusqu’à la chute de l’empire romain. Puis vint la longue parenthèse du Moyen-âge qui se trouva privé de l’esclavage et des conquêtes. L’émiettement politique de l’Europe à cette époque conduisit à une grande instabilité et à une suite permanente de guerres civiles qui ne favorisent pas l’enrichissement. Les richesses produites étaient en outre accaparées par les seigneurs et le clergé dont les dépenses n’étaient guère productives : construction de châteaux forts, de cathédrales, de monastères, sans compter les ruineuses croisades…

Le premier grand boom économique de l’Europe survint aux 16ième siècle, lorsque les conquistadors ont ramené du nouveau Monde des tonnes d’or et d’argent dérobés aux Aztèques, aux Incas et aux Mayas. Cette richesse nouvelle a irrigué l’Europe et l’a fertilisée. L’or était la monnaie commune dont les galions espagnols et portugais revenaient chargés. Un nouvel état d’esprit traversa le continent, esprit d’aventure et d’invention qui se traduisit par une formidable suite d’améliorations techniques dont tout le monde profita. Les moulins à eau et à vent se développèrent partout, source inépuisable d’énergie renouvelable bon marché. Le bois et le charbon étaient abondants et pas cher. Ainsi marcha l’Europe, à petites enjambées, jusqu’à l’aube du 20ième siècle.

La conquête de l'Ouest

Puis, dans le même temps, vint la colonisation de nouveaux territoires en Amérique du Nord qui a fait le lit d’un nouveau peuple. Des étendues immenses se sont offert au travail des pionniers américains et européens qui ont avancé vers l’Ouest de façon inexorable. « Faire fortune » consistait à travailler dur au défrichement des terres et à la mise en culture d’espaces immenses. Alexis de Tocqueville, qui fut en 1830 un témoin attentif et perspicace de cette avancée vers l’Ouest, écrivit à propos des américains : « Peuple immense qui, comme tous les grands peuples, n’a qu’une pensée, et qui marche à l’acquisition des richesses ». Il note que la terre, matière première de base, peut s’acquérir à vil prix. Ainsi, dans le Michigan, une acre de terre se vend « à peu près le prix d’une journée de travail », c’est-à-dire que la terre était à la portée de toutes les bourses ! De Tocqueville eut cette extraordinaire lucidité d’ajouter : « Nous, enfants d’un vieux peuple, nous étions conduits à voir le berceau encore vide d’une grande nation ». Et il était « convaincu que l’une des conditions premières de la prospérité de L’Amérique est l’immensité de ses espaces non encore occupés ». Le bois et le charbon constituaient les deux sources d’énergie abondantes. Remarquons que les peuples Premiers ne se sont pas enrichis car ils n’avaient pas ce désir : « L’Indien est le plus philosophe de tous les hommes. Il a peu de besoins, et partant peu de désirs. La civilisation n’a point de prise sur lui. Il ignore et il méprise ses douceurs ». Ainsi s’exprime Alexis de Tocqueville dans le même document. (1)

Les choses auraient pu en rester là. L’Amérique et l’Europe se seraient lentement développées. Une fois tous les territoires conquis, nous aurions assisté à une sorte de statu quo en Amérique, un état stable, évoluant avec lenteur. Mais survint un événement inattendu : l’utilisation du pétrole comme source d’énergie dans un nouveau type de moteur, le moteur à explosion, à la fin du 19ième siècle. Ce fut le départ d’une formidable expansion de plus d’un siècle sur les deux rives de l’Atlantique. Il a suffi de puiser sans compter dans les réserves d’énergie bon marché pour permettre à la société industrielle de se développer. L’abondance de matières premières et de métaux furent le complément indispensable à un enrichissement extraordinaire de l’occident qui disposait de régimes politiques libéraux. Cet environnement favorisa le goût du risque et de l’aventure, ingrédients indispensables pour s’enrichir.

Mais nous constatons que l’occident s’est enrichi en puisant dans les réserves de l’humanité et en exploitant de grands espaces nouveaux. L’or des Amériques, la mise en culture de nouvelles terres, le pétrole et toutes les matières premières bon marché qui étaient à notre disposition constituaient notre capital commun. En fait, nous ne nous sommes pas réellement enrichis, nous avons seulement puisé dans notre capital et nous l’avons dilapidé. Aujourd’hui, ce capital est en voie d’épuisement, l’énergie est chère, les matières premières sont rares et chères, la main d’œuvre est hors de prix à cause de l’Etat Providence, il n’y a plus de territoires à conquérir et plus d’or à voler, enfin nous avons perdu le goût de l’aventure et du risque. Notre jeunesse manque d’audace et beaucoup rêve de devenir fonctionnaires !

Telles sont les raisons pour lesquelles l’occident ne peut plus s’enrichir. D’une certaine façon nous revenons au Moyen-âge, nos cathédrales sont des stades olympiques géants et des hôpitaux gigantesques. Nous partons en croisades contre la maladie ou contre le terrorisme et nous avons peur de l’avenir. Tout cela ne va pas nous enrichir mais nous ruiner. Citons cependant deux pays occidentaux qui auront un meilleur avenir car ils regorgent encore de matières premières qu’ils vendront cher : Le Canada et l’Australie. Ajoutons que le pays qui réussira à maîtriser l’énergie solaire à bas coûts changera une nouvelle fois la face du monde. C’est là que réside notre futur…

(1) Quinze jours au désert

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