L’Europe est devenue un musée où les étrangers viennent humer le parfum du bon vieux temps. L’Europe regarde son passé avec complaisance et nostalgie, mais elle oublie de porter son regard en avant. L’Europe est déclassée, mais il s’agit d’un suicide collectif, en toute connaissance de causes !…
Au cours des multiples chroniques écrites depuis plus de quinze ans, j’ai longtemps plaidé pour un renouveau de l’Europe. La construction d’une Europe forte fut le rêve auquel les gens de ma génération (dite « génération silencieuse ») ont participé avec ardeur et foi. J’ai longtemps cru que ce projet ambitieux pouvait permettre à l’Europe de conserver le rang qui fut le sien au cours des siècles passés. (1)
Hélas, le projet européen fut confié à une armée de fonctionnaires de Bruxelles, sans vision d’avenir et dont le projet était aussi étriqué que leur esprit. Sur le plan politique le résultat est calamiteux et l’Europe est à la veille de son éclatement, comme je l’ai expliqué dans une récente chronique : N°1118 « L’enterrement de l’Europe ». Elle fut incapable de trouver sa place et son autonomie parmi les grandes puissances.
Nous allons voir que l’insignifiance de l’Europe dans les nouvelles technologies constituera le facteur qui la fera sortir de l’Histoire et la rangera dans le peloton des pays dits « en voie de développement », ce qui veut dire en langage clair, « en voie d’appauvrissement, sans espoir de retour à moyen terme ».
Le coût de l’énergie
L’énergie, c’est le nerf de la guerre économique et donc de la saine concurrence entre les nations. La folle implication de l’Europe dans la guerre en Ukraine, décidée par les USA seuls, fut une erreur qui lui sera fatale. Son incapacité à se désolidariser de l’Amérique a conduit à une augmentation considérable des prix de l’énergie, dès lors que nous renoncions volontairement et consciemment au pétrole et au gaz Russe, bon marché !
Ce simple fait constitue une prime accordée, de facto, aux industries concurrentes américaines, chinoises ou autres… aux détriments de ce qui reste de l’industrie européenne ! Donald Trump est peut-être un voyou, mais il est beaucoup plus malin que nos dirigeants…Finalement, la guerre en Ukraine qu’il laisse trainer en longueur, lui sert à affaiblir l’Europe, avant de l’éliminer !
Le Président Américain a poussé la cruauté jusqu’à subventionner les entreprises européennes qui déménagent aux USA ! Tout ce beau projet avec la bénédiction de ses groupies Van der Layen, Macron et quelques autres… Nous devrons boire le calice jusqu’à la lie. Mais, il faut accepter que nous ayons les dirigeants que nous méritons !
L’Europe fut tout aussi incapable de réagir à la suite de l’expédition guerrière américaine en Iran, ni face aux nombreux crimes de guerre Israéliens au Liban et à Gaza. Tout cela ne fait que faire monter un peu plus le prix du pétrole, au point que l’Europe est désormais exsangue…
Panneaux photovoltaïques
La France jouissait d’un important avantage compétitif avec l’énergie nucléaire, mais il fut sabordé volontairement par Emmanuel Macron, qui maintenant essaie timidement de le ressusciter ! C’est terrible pour un chef d’État d’être à ce point sans vision d’avenir, aveugle à la marche de l’Histoire et ignorant du fait que l’énergie bon marché fut toujours le fer de lance des nations industrielles !…
La meilleure alternative aux énergies fossiles réside principalement dans l’installation de panneaux photovoltaïques, mais l’Europe a tout simplement oublié de se doter d’industries performantes dans ce domaine. Elle veut installer des panneaux à marche forcée, mais elle doit les acheter à la Chine, beaucoup plus prévoyante et qui maitrise toute la filière, y compris l’approvisionnement en silicium et terres rares !
Autant dire que l’Europe ne maitrise rien dans ce domaine ; elle est donc en totale dépendance du bon vouloir de nos amis chinois qui en font une arme politique redoutable.
Automobiles électriques
Nos experts et nos politiciens plaident et légifèrent pour imposer la voiture électrique à leurs concitoyens. Mais ne croyez pas qu’ils aient incité les industriels à se convertir à l’électrique. Ils n’ont fait que d’imposer des normes et de pondre des directives !
Pas d’incitation fiscale, pas de subvention pour accompagner la transition, rien que des belles paroles et des lois contraignantes. Il ne fait pas de doute que l’industrie automobile européenne va lourdement en pâtir, au profit des industries équivalentes aux USA et en Chine !
Il se peut que, d’ici dix ans, l’industrie automobile européenne ne soit plus que l’ombre d’elle-même. Déjà les Chinois s’installent en France, dans les anciennes usines qui furent jadis des fleurons industriels dont le pays était fier ! Grandeur et décadence…
Voitures autonomes
Tout le monde en est persuadé, l’avenir est aussi à la voiture autonome. Mais tout se passe ailleurs, encore une fois aux USA et en Chine où la voiture autonome est déjà opérationnelle dans plusieurs villes.
En Europe, on se contente d’observer et de s’émerveiller en regardant leurs performances sur YouTube ! En attendant mieux, les politiciens légifèrent, instituent des règles strictes, des normes si contraignantes que les progrès se réalisent ailleurs. Il n’est même pas prévu de date pour les premières voitures autonomes en Europe…
Par conséquent, les industriels européens attendent et regardent. Dans quelques années les utilisateurs n’auront donc qu’à choisir entre un modèle américain ou un modèle chinois, selon les affinités de chacun … Tout est déjà programmé !
La souveraineté numérique
« Depuis des décennies, l’Europe consomme des technologies qu’elle ne produit pas, stocke des données sur des serveurs qu’elle ne contrôle pas et fait fonctionner ses administrations en achetant des logiciels dont elle ne fixe pas les règles ». Telle est la constatation lucide et douloureuse qui figure en tête d’un récent article du journal Le Monde (6/6/26).
Cet aveu est lourd de menaces car il nous montre à quel point l’Europe est vulnérable et soumise aux diktats étrangers, mais surtout américains. Cette dépendance est à la fois économique, industrielle et stratégique, dépendante du bon-vouloir, des pressions, des menaces et des chantages de l’administration américaine.
Une indépendance numérique est sans doute un vœu pieux car il faudrait consentir une augmentation probable des prix des services numériques, il faudrait imaginer une entente, plus que cordiale, entre les différents acteurs européens et il faudrait que les gouvernements consentent d’importantes subventions pour mettre sur pied des entreprises performantes et compétitives… Autant dire un travail de Titans dans une Europe émiettée, dispersée, sans gouvernance centralisée.
L’Europe voudrait sortir de sa léthargie coupable, c’est l’ultime sursaut, mais il se peut que le train du progrès soit déjà si rapide qu’il sera bien difficile de monter en marche !…
Robots industriels
Il ne fait aucun doute pour personne, les usines de demain, et déjà d’aujourd’hui, seront des usines de robots, fonctionnant jour et nuit, sous l’œil vigilant… d’un super-robot intelligent. Qui peut me citer une entreprise européenne réellement performante dans ce domaine ?
Faisons d’abord une parenthèse sur les robots humanoïdes en plein essor, chouchous d’Elon Musk avec ses robots Optimus et nombre d’autres sociétés chinoises qui ne cessent de nous étonner avec des robots boxeurs, coureurs de marathons, etc… dans un marché annoncé à 5.000 milliards de dollars ! … Sans compter les chiens robots capables d’explorer les souterrains dangereux ou les sites pollués. La France avait son Aldebaran qui a dû cesser ses activités en 2025 par manque d’investisseur… L’Europe est trop frileuse !
L’Allemagne avait la pépite Kuka, qui fabriquait des robots industriels performants, mais la firme fut vendue aux Chinois, sans que les politiciens européens ne lèvent le petit doigt ! Honte à eux sur plusieurs générations…
Les Allemands furent à l’avant-garde de la technologie, mais ils ont trop misé sur leur réputation au lieu d’innover. Une phrase extraite de la revue Swissquote illustre parfaitement la situation : « Les Allemands ont d’abord voulu se protéger du monde numérique plutôt que de l’exploiter ». (2)
Puces électroniques
Tout le monde le sait, la maitrise de la fabrication des puces électroniques constitue un avantage technologique primordial, on nous dit même que « les puces sont le pétrole du XXIème siècle ». Dis autrement, les nations qui ne possèdent pas ce savoir-faire resteront sous la dépendance et le bon-vouloir de ceux qui le possèdent, ouvrant la porte à tous les chantages !
Le leader incontesté demeure la firme californienne Nvidia dont le chiffre d’affaires atteint 130 milliards de dollars et dont le monde entier dépend, à commencer la Chine et, bien sûr, l’Europe. Comble de l’ironie, Nvidia est toujours dirigé par le créateur d’origine Chinoise Jensen Huang, sorte « d’agent double », défenseur des Chinois parce qu’il veut vendre ses circuits intégrés à la Chine !
Dans ce domaine, l’Amérique est fabless, comme disent les experts, c’est-à-dire qu’elle ne fabrique rien. Toutes les puces électroniques les plus sophistiquées proviennent de la firme Taïwanaise TSMC, le plus grand fabricant de puces au monde, en particulier les puces ultrafines de 3 nanomètres, et bientôt de 2nm ! (Voir photo de première page).
L’Europe peut cependant se féliciter de posséder la firme Néerlandaise ASML qui fabrique les machines les plus complexes au monde, vendues plus de 200 millions pièce, et capables de graver des sillons toujours plus fins.
Pour se défaire de la dépendance aux puces Taïwanaises, les Chinois comptent sur le navire amiral Huawei, sous sanction américaine et donc aussi taïwanaise, et qui court pour rattraper son retard. La route est encore longue, mais personne ne doute qu’ils y parviendront.
En face, l’Europe fait pâle figure et conserve quelques sociétés qui fabriquent des puces électroniques de l’ancienne génération. C’est le cas du franco-italien STMicroelectronics qui est en cours de licenciement massif, sans moyen suffisant pour investir et symbole de la stagnation de l’Europe. On peut citer encore l’allemand Infineon, pas beaucoup plus gros, et le néerlandais NXP, tous fabricants de dispositifs intégrés.
En note de bas de page, nous pouvons citer la micro-entreprise grenobloise Kalray, mais néanmoins pépite française fabless, seul acteur européen positionné dans le DPU (processeurs de traitements de données) …
L’Europe ne pèse que 4% des investissements mondiaux dans la production de puces ! Pendant ce temps-là, nos technocrates et politiciens se gargarisent de mots et nous ressortent, à intervalle régulier, un « chips act » qui n’est jamais suivi d’effet par manque de moyens. L’Europe préfère envoyer son argent, à fonds perdus, en Ukraine ou pour subventionner l’immigration massive des incompétences !…
L’Intelligence artificielle
Vous connaissez tous ChatGPT, Claude d’Anthropic, Gemini, Grock et même le français Mistral avec son agent conversationnel LeChat, sans oublier le Chinois Deepseek, dont les performances des uns et des autres ne cessent de nous étonner, dues précisément aux performances des puces électroniques dont nous venons de parler.
L’intelligence Artificielle est, sans doute, la plus grande révolution technologique que l’humanité ait connue. Les conséquences sociétales sont immenses, autant positivement que négativement. Quoiqu’il en soit l’usage de l’IA va devenir massif et indispensable, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises, les administrations ou les chercheurs.
Une fois de plus l’Europe est aux abonnés absents, ou presque. Les IA européennes sont généralement spécialisées dans des domaines restreints. Ce n’est pas faire injure à l’IA généraliste Mistral que de dire qu’elle n’atteint pas encore les performances des IA d’outre atlantique. Deux d’entre-elles vont faire, très prochainement, des entrées en bourse fracassantes avec des évaluations stratosphériques qui marqueront l’Histoire (OpenAI et Anthropic). L’Europe ne sera que spectatrice !…
Que dire de plus après ce sombre et triste panorama européen ? Chronique après chronique, je ne fais que soulever les points faibles de l’Europe dans tous les domaines et je cherche en vain un domaine d’excellence. La déliquescence semble générale, à tous les niveaux, sociétal, éducatif, politique, économique, industriel, technologique… Il est vrai qu’il nous reste le football dans lequel nous excellons, ce qui semble suffire au bon peuple…
Néanmoins, ce que je retiens surtout, c’est que les peuples sont généralement directement responsables de leur propre déclin !
- (1) – L’appellation“Silent Generation” (La génération silencieuse) vient d’un article du magazine Time en 1951. Elle désignait des jeunes gens nés avant ou pendant la guerre, perçus comme prudents, conformistes et peu enclins à la rébellion. Donc, en un sens, “travailler et ne pas se plaindre ! »
- (2) – Lire « KAPUT, the end of the German miracle» de Wolgang Münchau