203 – EXISTE T-IL UNE MORALE UNIVERSELLE ?

Posted on novembre 11, 2011 par

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Il est probable que l’un ou l’autre d’entre vous ait eu un jour 4 heures devant lui, à un examen, pour répondre à cette épineuse question : « Existe t-il une morale universelle ? », c’est à dire valable pour tous, en tout lieu et en tout temps.

"Le penseur" - Auguste Rodin

Ce questionnement a animé les débats de toutes les générations de philosophes occidentaux depuis Platon. Disons que globalement, comme pour toutes les grandes questions philosophiques, deux camps s’opposent et sont apparemment irréconciliables. D’un côté ceux qui affirment qu’il n’y a pas une seule et unique vérité morale, mais au contraire la morale est fondamentalement relative et dépend des points de vue et de la culture. D’un autre côté, d’autres pensent qu’il existe une morale objective, vraie et universelle. Pour ceux-là, une morale qui ne serait que relative, c’est-à-dire à géométrie variable, ne serait plus une morale mais un arrangement assujetti aux convenances personnelles et aux modes. Le Pape Benoit XVI est intervenu récemment dans le débat pour affirmer qu’une morale relativiste conduit « à une confusion morale et intellectuelle, à un abaissement des standards, à une perte du respect de soi et même à une désespérance ». Qui a raison ? Qui a tort ? Nous sommes tous tiraillés car nous n’avons pas de réponse claire.

Or, il existe aujourd’hui une nouvelle génération de philosophes qui ne se contentent pas de pensées profondes et de réflexions obtuses. Ils pratiquent une « philosophie expérimentale », avec une approche scientifique. Comme l’astronome et le biologiste s’interrogent sur la fiabilité de leurs télescopes ou de leurs microscopes, les philosophes expérimentaux portent leurs investigations sur leur outil privilégié : l’esprit humain. Le centre d’intérêt de la philosophie expérimentale concerne les cas litigieux comme celui de la morale absolue ou du libre-arbitre qui font encore l’objet de débats dans les salles de classe ou même le soir en famille. Sur de nombreux problèmes, notre esprit est en effet appelé par deux voix qui nous donnent deux réponses opposées à la même question. Si nous pouvions avoir une meilleure connaissance du processus psychologique qui est en jeu derrière nos intuitions philosophiques, nous pourrions mieux savoir si ces points de vue sont dignes de confiance ! 

C’est avec cet état d’esprit que les philosophes expérimentaux abordent la question de la morale absolue ou relative. John Darley, de l’Université de Princeton, a soumis un groupe important de sujets à un test qui consistait à arranger de façon très particulière les éléments d’un puzzle. Ce test, d’apparence simple, était en fait assez futé et nécessitait d’être appréhendé de multiples points de vue. Certains ont donc réussi le test et d’autres pas. L’ensemble des participants a ensuite été classé en deux catégories : ceux qui étaient en faveur d’une morale universelle et ceux qui, au contraire, penchaient pour une morale relative. Étrangement, les chercheurs ont constaté que ceux qui avaient effectué le test correctement étaient généralement ceux qui étaient en faveur d’une morale relative. En conclusion, il apparaît que ceux qui sont capables d’ouvrir leur esprit à d’autres possibilités et points de vue sont enclins au relativisme.

Les philosophes expérimentaux n’en sont pas restés là. Avec d’autres approches, ils ont mis

"Les carabiniers" - Jean Luc Godard, 1962

en évidence que si le problème de la morale est abordé de façon abstraite et éloignée de la réalité concrète, nous avions tendance à privilégier la morale relative. Mais, dès lors que le problème est posé de façon réelle, proche de nous et concrète, nous prônons une morale plus absolue. Si, par exemple, nous parlons d’un inconnu qui a tenté d’abuser d’une femme de chambre dans un hôtel de New York, pour pouvons relativiser l’événement et être compréhensif. Mais si l’homme en question nous est bien connu et s’il s’agit de la fille de notre voisin, nous abandonnons le point de vue relativiste. Dès que notre émotion entre en jeu et que nous sommes concernés de près, notre morale devient plus absolue.

Il apparaît donc que les cas abstraits nous donnent une largeur de vue et un recul suffisant pour envisager plusieurs points de vue. C’est alors notre cerveau droit qui fonctionne, celui qui donne de la souplesse à notre pensée et nous permet de résoudre des situations complexes. Lorsque les cas deviennent concrets et que notre émotion est touchée, le cerveau gauche prend le pouvoir pour rétablir des règles strictes et intangibles. La leçon que nous avons à tirer de cette histoire, c’est qu’il nous appartient de réconcilier les contraires et de vivre avec les deux parties de notre cerveau. Mais cet exercice est particulièrement difficile pour un esprit occidental qui a toujours tendance à opposer les contraires comme le montre le débat sur la morale relative ou absolue. Il convient sans doute de nous rapprocher de la pensée Taoïste qui, précisément, sait faire vivre ensemble les deux faces de la dualité…

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