251 – PACHAMAMA, TERRE-MERE SACREE

Posted on mars 2, 2012 par

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Les valeurs sacrées, fondatrices de l’occident, furent pendant longtemps le travail, la patrie, la famille, l’honneur et la religion Chrétienne. De tout cela, il ne reste pas grand-chose.

Un simple fait divers illustre parfaitement cet abandon de nos valeurs traditionnelles : un enseignant de l’école primaire de Sorel-Tracy, au Québec, a fait chanter à ses élèves, pour la Saint Valentin, le très bel « hymne à l’amour » d’Edith Piaf. Or, cet enseignant, sans doute un laïc intégriste comme on en rencontre tant, a cru bon de raccourcir le texte et de caviarder la belle phrase : « Dieu réunit ceux qui s’aiment ». Le mot Dieu était intolérable aux chastes oreilles des enfants ! (cliquez ci-dessus et écoutez)

 Dans notre précédente chronique 248 intitulée « Vicissitudes du sacré » nous avons insisté sur le fait que les sociétés humaines ne sauraient survivre sans notion du sacré. Les nouveaux temples se sont toujours construits sur les ruines des anciens et chaque époque vénère ses propres valeurs. Quelles nouvelles valeurs pourraient nous fédérer, à l’heure de la mondialisation et des réseaux planétaires ?

Ce qui caractérise nos sociétés contemporaines est la primauté de l’individu sur le groupe, du « je » sur le « nous ». La société n’est plus désormais pyramidale, avec des ordres venus d’en haut et un sacré officiel, mais nous évoluons maintenant dans une société avec une ramification horizontale, dans laquelle chaque individu est un centre, émetteur et récepteur. Dans cette société de l’ego, ma vie, ma santé, ma beauté, ma forme, ma sexualité, mon développement personnel, mon confort, mon niveau de vie, sont sacrés. Les peuples descendent dans la rue pour défendre leur régime de retraite ou les assurances santé. Mais nous ne lèverons pas le petit doigt pour sauvegarder nos croyances, notre culture, notre ethnie ou notre patrie ! Notre autoportrait sur facebook supplante tous les sanctuaires et tous les lieux Saints. L’argent est le nouveau dieu que l’on vénère car lui seul peut servir les exigences de notre petit moi. « L’argent maître met les marchands du temple, non plus sur les parvis, mais dans le saint des saints, avant de vendre le temple lui-même, à la découpe. C’est une première historique », ironise régis Debray dans son livre récent « Jeunesse du sacré ».

Néanmoins, une nouvelle génération surgit des décombres et renoue avec les valeurs les plus ancestrales, les plus primitives et aussi les plus universelles : le culte de la nature. Non seulement la nature met de la poésie au cœur de nos détresses, mais elle y ajoute la confiance au renouveau, comme un printemps qui refleurit. Ainsi, un nouveau sacré s’enracine et nous redonne espoir. Les quatre éléments, l’eau, la terre, l’air et le feu deviennent le creuset d’un renouveau spirituel que certains esprits chagrins dénomment avec mépris le « new-âge ». Couper un arbre est désormais une profanation, comme polluer une rivière ou menacer l’écosystème.

–       L’eau du baptême est devenu l’eau de vie et la fontaine de Jouvence. Le culte à Neptune s’est transformé en bains de mer en famille, mais aussi en défense des thons ou des baleines.

–       La terre-mère, notre pachamama nourricière, est devenue un symbole sacré : planète sacrée dans laquelle on plante des arbres avec recueillement lors de cérémonies annuelles où les enfants des écoles sont conviés.

–       L’air est symbole de pureté, de transparence, de nourriture spirituelle : les exercices de respiration sont désormais partie intégrante d’un renouveau sacré que l’on pratique en cercles d’initiés. Nous avons ressuscité le dieu Eole en captant son souffle ?

–       Le feu est celui du renouveau, « il brille et il brûle. Il purifie et il consume ». C’est le dieu solaire que nous vénérons au solstice d’été  en dansant sous les lampions et c’est lui que nous allons adorer en foule compacte, sur les plages chaque été. C’est l’énergie inépuisable que la technologie moderne cherche à capter.

PACHAMAMA

  « Le sacré, c’est l’autodéfense d’une société ». Le caractère sacré de la nature est devenu aujourd’hui, en occident, une valeur mobilisatrice, notre point d’honneur. Nos nouvelles croisades se feront pour la protection de la nature, c’est à dire, finalement, pour notre propre sauvegarde. Les nouvelles guerres sacrées se feront contre les pollueurs.  La défense de Pachamama est un retour aux sources. C’est pragmatique, mais c’est sage.