293 – LES FAUX REMÈDES POUR LA CROISSSANCE

Posted on juin 11, 2012 par

6


Chacun recherche le chemin de la croissance, mais personne ne crée les conditions de la croissance et beaucoup proposent de faux remèdes qui aggravent la situation…

Mix&Remix, l’Hebdo, Lausanne

 Dans notre précédente chronique (N°290) nous avancions l’idée que la croissance économique ne se décrète pas. En France, un nouveau gouvernement a été élu sur le thème de la croissance, ce qui a fait briller les yeux des électeurs. Comme souvent en politique, il s’agit d’une promesse électorale qui n’engage que ceux qui y croient. Comme l’écrivait récemment le président de la Bundesbank : « Être favorable à la croissance, c’est comme être partisan de la paix dans le monde». Autrement dit, c’est une idée creuse ou un vœux pieux ! La croissance est possible mais elle se prépare et, compte tenu de la situation mondiale actuelle, elle passe par une plus grande compétitivité ce qui exige de très importants sacrifices en termes de dépenses étatiques. Mais, actuellement, les pays endettés ne veulent faire aucun sacrifice et attendent que la situation soit devenue dramatique, c’est-à-dire que le noeud coulant se resserre, pour agir sous la contrainte. La Grèce et l’Espagne illustrent parfaitement la situation.

Le premier subterfuge pour stimuler la croissance et permettre de s’endetter davantage, à bon compte, consiste à baisser les taux d’intérêts. C’est ce qu’à fait le Japon depuis les années 1990 passant d’un taux de 6.7% à 0.9%. Aujourd’hui le Japon est super endetté et son économie totalement atone. L’Europe et les Etats-Unis ont suivi le même chemin. Les Etats en ont profité pour augmenter considérablement le niveau de leurs dettes et les particuliers se sont rué sur l’immobilier, créant dans certains pays comme l’Espagne une bulle immobilière monstrueuse. Nous avons suivi le modèle du Japon qui conduit nulle part et, maintenant, c’est toute l’économie mondiale qui est à l’arrêt. Les taux d’intérêts sont tellement bas qu’ils ne peuvent plus baisser.

IMPRIMER DE L’ARGENT
ACHETER DES DETTES
« Cette année nous retournons au coeur de notre boulot »

  Le prix Nobel d’économie, Paul Krugman, se répand dans la presse et sur les ondes pour nous expliquer que, pour stimuler la croissance, il suffit de laisser la FED et la BCE imprimer des dollars et des euros en quantité suffisante pour éponger les dettes des Etats et relancer la consommation. Cette technique, héritée du fameux économiste John Maynard Keynes, fonctionne assez bien lorsqu’il s’agit de stimuler un peu l’économie en période molle. Mais ce qu’oublie Krugman, c’est que la situation actuelle est exceptionnelle en gravité car ce sont les Etats qui sont surendettés et qui absorbent l’essentiel des richesses des pays en question!

C’est ce thème qui occupe actuellement les Européens autour des fameux « Eurobonds ». Pour bien comprendre, rappelons qu’actuellement chaque pays Européen emprunte sur les marchés à des taux différents suivant le niveau de confiance des investisseurs. Pendant que les Allemands empruntent à 1%, les Portugais ne trouvent pas un kopeck à moins de 6 ou 7%. C’est donc une terrible distorsion de concurrence qui, dès le départ, handicape fortement les pays mal notés. Mais, ainsi, chaque pays est responsable de ses dettes. L’idée consiste à permettre à la BCE d’émettre des obligations, c’est-à-dire des emprunts, à un taux moyen Européen (Eurobonds). Chaque pays viendrait donc s’approvisionner auprès de la Banque Centrale Européenne en fonction de ses besoins. Mais dans cette hypothèse c’est la BCE qui supporte tous les risques, c’est-à-dire l’ensemble des pays Européens solidairement. Dans la pratique, c’est l’Allemagne qui supporterait un double fardeau : non seulement elle emprunterait à un taux plus élevé, mais surtout elle deviendrait la garante de toutes les dettes Européennes. Il est bien évident qu’en l’état actuel des choses l’Allemagne ne peut accepter les Eurobonds, sauf à prendre une décision suicidaire. Pour mettre en place des Eurobonds, il faut au préalable avoir une vraie gouvernance européenne : nous en reparlerons. Créer des Eurobonds reviendrait à confier votre carte de crédit à quelqu’un dont vous ne contrôlez pas les dépenses !

Mix&Remix, L’Hebdo, Lausanne

 Créer de l’argent à partir du néant, sans contre partie réelle, a un effet pervers immédiat comme on le voit depuis cinq ans en Europe et aux Etats-Unis. Cet argent ne va pas dans l’économie car on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, il va donc s’investir dans les actions à la bourse et dans les matières premières. Ce sont donc les spéculateurs et les actionnaires qui s’enrichissent et l’écart se creuse entre les riches et les pauvres. Les prix montent, les salaires ne suivent pas et, ensuite, l’inflation s’installe. Cette technique a déjà permis de multiplier par treize la valeur relative des biens des classes riches, au détriment des classes moyennes. Voilà ce qui attend ceux qui veulent créer la croissance artificiellement. La croissance se mérite et ne se trouvera pas dans un tour de passe-passe.

La deuxième recommandation de Krugman consiste à augmenter les impôts pour alléger les dettes de l’état. C’est la leçon qu’ont retenu les Français qui ont déjà le taux de prélèvement le plus élevé du monde ! Comment consommer lorsque l’état confisque les revenus des citoyens et des entreprises ? Je ne connais aucun exemple d’un pays qui se soit enrichi en augmentant les impôts. Plus d’impôts, c’est moins de consommation et donc moins de rentrées fiscales. C’est le cercle vicieux parfait.

Création monétaire, relance de la consommation via plus d’endettement, Eurobonds, fiscalité confiscatoire, voilà un certain nombre de fausses pistes qui immanquablement mèneront les pays qui suivent ces voies vers la catastrophe économique. Comme l’écrivait récemment Bill Bonner, « les vrais producteurs sont punis, à coup de taxes et de réglementations, tandis que les activités improductives sont récompensées par des renflouages, des subventions et des faveurs. »

 

NB. Puisque le thème de la croissance économique n’est pas épuisé, je vous propose un nouveau rendez-vous avec la chronique 296 « Les chemins de la croissance ».

Restez à l’écoute.

Posted in: Economie