311 – DEPENSER PLUS POUR OBTENIR MOINS

Posted on juillet 23, 2012 par

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Plus les organisations humaines se hiérarchisent et se complexifient, moins elles sont efficaces. La tendance universelle consiste à suppléer un manque d’organisation par un supplément d’effectif.

Chacun sait, d’expérience, que les grandes organisations et administrations sont des hauts-lieux d’inefficacité et de gaspillage. Pour comprendre le phénomène, il faut faire appel à la « loi des rendements décroissants » qui déroule ses méfaits en plusieurs étapes :

1- Une grande organisation se caractérise par une forte dose d’irresponsabilité de la part de ses membres, puisque, in fine, on ne sait jamais qui décide. Les ordres et contre-ordres se font par voie de circulaires, généralement abscondes, à double sens et aux contours imprécis. Ces circulaires émanent souvent d’un comité dans lequel chacun donne son avis et qui finit par accoucher d’un texte obscur qui veut ménager le point de vue de chacun. S’il s’agit d’une administration publique, la rédaction sera elliptique et utilisera des mots hermétiques. Ceci complique considérablement la tâche des employés qui doivent « interpréter » les textes en fonction de leur humeur.

2- Cette première inconséquence génère un surcroit de travail, un ralentissement, voire un arrêt complet du fonctionnement du système, « dans l’attente d’un éclaircissement de la part de la hiérarchie », ce qui peut demander du temps. Car il est une chose que les responsables détestent le plus, c’est précisément d’exercer leurs responsabilités. En effet, qui dit « responsabilité », dit aussi risque d’erreur, de mauvaise décision, ou pire, risque d’être désavoué pas ses supérieurs !

3- Tout service administratif d’envergure, court donc le risque permanent d’être embourbé et de crouler sous le travail, par manque d’organisation au départ. Dans ces conditions, la solution simpliste, qui prévaut toujours, consiste à demander davantage d’effectif, davantage de moyen, davantage de budget etc…, sans jamais tenter de remédier au problème de base. Un service de 10 personnes qui n’a pas su s’organiser, deviendra une pétaudière, dès lors que les effectifs auront doublé. Ceci aura pour effet de ralentir et de diminuer d’autant la productivité du service. Le responsable demandera aussitôt davantage de personnel… C’est cela la loi des rendements décroissants : plus on dépense, moins on obtient !

 Vous connaissez assez d’administrations pour comprendre ce que je veux dire : dans les mairies, dans les services d’assurance maladie, dans les ministères ou tout autre organisme publique. Il faut en outre savoir qu’un chef de service mesure son importance dans l’organigramme, et donc son salaire, en fonction des employés qu’il a sous ses ordres. Jamais aucun chef de service n’a jugé qu’il avait assez d’employés ou qu’il en avait trop. Cette tendance existe aussi dans les grands groupes privés, mais réussit généralement à être maîtrisée, car les coûts sont suivis avec attention et les actionnaires guettent ! La notion de rentabilité, totalement absente du cerveau d’un fonctionnaire, conduit de ce fait, inévitablement, à la loi des rendements décroissants.

Les immenses progrès qui ont été faits ces dernières années en matière d’informatique et de simplification du travail ont conduit à une diminution des effectifs des entreprises commerciales et industrielles. A l’inverse, les effectifs de la  fonction publique, dans de nombreux pays, ont continué à croitre et à prospérer. A cet égard, l’exemple le plus caricatural, en Europe, est celui de la France qui a perdu tout sens de la notion même d’organisation du travail dans sa fonction publique, devenue pléthorique et inefficace. Ce pays vient même de se payer le luxe d’élire un gouvernement issu exclusivement de l’administration ! Pas un seul membre qui ait la moindre idée de ce que veut dire efficacité, productivité, compétitivité. Ils utilisent les mots sans en connaître la signification…

 L’armée donne souvent l’image d’une telle organisation et décline dès lors qu’elle a dépassé le point de l’utilité marginale. Vaut-il mieux une armée restreinte, mais conquérante, dynamique, très technique et super-entrainée, qu’une armée craintive et désorganisée, constituée d’innombrables traine-savates ? Les gouvernements occidentaux sont aujourd’hui confrontés à ce choix crucial vis à vis de leur fonction publique. Les pays qui ne sauront pas couper drastiquement dans leurs dépenses sont appelés à faire faillite dans les mois et les années qui viennent. Plusieurs candidats sont déjà sur les rangs!…

Posted in: Economie, Sociétés